LES GLANDES GÉNITALES FEMELLES
Les ovaires apparaissent chez la femelle jeune, au stade figuré PI. V, fig, 1, comme de petites masses opaques et arrondies situées à la face ventrale du cinquième segment thoracique, là où se trouveront les ouvertures génitales femelles. Ces masses se développent rapidement en une paire de glandes qui forment, toujours à la face ventrale, au milieu du tissu conjonctif, deux culs-de-sac glandulaires minces et contournés sur eux-mêmes ; elles s'étendent depuis le premier jusqu’au cinquième segment thoracique. Les glandes ovariennes s’accroissent rapidement et finissent par remplir toute la cavité des cinq premiers anneaux du thorax; puis cette cavité devenant trop petite, le thorax se déforme et suit toutes les mo:ifications des glandes génitales. Celles-ci sont maintenant constituées par deux amas de culs-de-sacs glandulaires contournés et pelotonnés sur euxmêmes; les deux moitiés, accolées parallèlement sur la face ventrale se recourbent deux fois sur elles-mêmes au niveau du quatrième et du cinquième segment thoracique en formant deux bosses très proéminentes dont l'inférieure est la plus longue. Les extrémités supérieures de ces deux portions latérales s'étendent à droite et à gauche du cephalogaster au niveau du deuxième segment thoracique et forment les bosses latérales. Les ovaires avant d’arriver à leur entier développement laissent encore apercevoir la région médiane de la face dorsale (comme dans la fig. 5 de la pl. IV).
A maturité les glandes ovariennes remplissent toute la cavité thoracique en recouvrant les autres organes internes sauf l'organe de RATHKE et le vaisseau dorsal. Même à cette phase, il est encore facile de se rendre compte de la structure des deux glandes que l'on peut séparer par un plan médian sagittal en deux parties égales et symétriques.
Les ovaires débouchent, comme nous l'avons dit, au niveau du cinquième
anneau, par deux petites ouvertures ventrales très difficiles à mettre en évidence sur l’animal vivant même chez la femelle adulte : ces ouvertures se trouvent à l'intérieur de la chambre incubatrice, près de l’insertion des oostégites de la cinquième paire; elles sont entourées d’un rebord chitineux solide.
Les oviductes sont courts et tapissés par un épithelium cylindrique bien décrit par KOSSMANN.
Quant à la-structure histologique des glandes ovariennes, elle rappelle celle des ovaires des Isopodes typiques. Dans le fond des culs-de-sac se trouvent des cellules en voie de formation de tailles différentes tandis que la partie centrale est bourrée d’ovules typiques présentant un noyau très net, et qui, par pression réciproque , prennent des aspects réguliers figurés dans notre PI. VIT, fig. 3 et 4.
Coupe transversale d'une jeune femelle de Portunion Mænadis, au niveau du cinquième segment thoracique.
pl, patte thoracique de la cinquième paire.
oos, oostégite,.
he, cavité hépatique.
cg, corps graisseux.
0, ovaire.
ov, oviducte et ouverture génitale.
vd, vaisseau dorsal.
m, muscles sous cutanés.
n, système nerveux.
rv, raphé ventral.
La forme extérieure de l'ovaire a une grande importance dans la morphologie de la partie thoracique de la femelle adulte ; c’est elle qui détermine la configura-
tion extérieure de cette partie du corps. La croissance exagérée des glandes ovariennes détermine probablement par une action mécanique la courbure dorsale du parasite. Elle permet de plus de caractériser par la forme spéciale du thorax les divers genres d’Entonisciens.
Dans notre PI. IV, nous avons disposé aux angles quatre types de genres différents : dans les trois premiers , nous n'avons figuré que la première paire d’oostégites; par la comparaison de ces dessins, on se rend facilement compte des différences que présente la forme du thorax.
Dans le genre Portunion (PI. IV, fig. 3) type de notre description, sur la ligne médiane ventrale sont situées deux bosses dont l’inférieure br° est beaucoup plus allongée et recourbée que la première #v'. Sous le cephalogaster se trouvent de part et d'autre deux éminences Ÿ/ qui naissent latéralement, puis sont repoussées vers la partie dorsale : ce sont les bosses latérales.
Dans le genre Grapsion (fig. 4), les deux bosses ventrales bz', by? sont à peu près de mème grandeur et remontent vers la partie antérieure; sur la partie dorsale , il y a deux paires de bosses ovariennes : la première #d' qui correspond à celle des Porfunion , est située un peu plus bas que celle-ci, mais acquiert un plus grand développement. La deuxième paire bd, se trouve plus en arrière. et au lieu d'avoir une forme allongée comme les précédentes, constitue deux masses arrondies tangentes sur la ligne médiane dorsale. Entre ces prolongements volumineux , se trouvent de part et d'autre de la ligne médiane deux paires de petites éminences arrondies qui ne sont plus que des tubercules (#4).
Dans le genre Cancrion (fig. 5), la forme de l'ovaire est absolument différente. Il n’y a plus trace de bosses ventrales, mais, par contre, il y a deux paires de bosses dorsales 4d', bd? situées l’une et l’autre à la partie antérieure du thorax.
Le seul exemplaire d'Entoniscus Mülleri (fig. 6) que nous ayons trouvé était encore jeune , aussi ne pouvons-nous parler de la forme de l’ovaire chez l’adulte. Dans notre unique échantillon, la glande ovarienne ne présentait pas de bosse ventrale. Sur la partie dorsale, sous le céphalogaster et de part et d'autre de la ligne médiane, se trouvait une paire de bosses latérales ; puis, entre les deuxièmes et troisièmes oostégites deux bosses médianes inégales, l’inférieure étant la plus réduite, et enfin au milieu des dernières lames incubatrices une autre bosse peu saillanie.
Par une deplorable méprise, que Kossmaxn a d’ailleurs corrigée avec soin (XI, p. 162 et suiv.), FRAISSE a pris les corps graisseux pour les ovaires et les a figuré comme tels sur toutes les coupes de sa PI. XX. Au point de vue histologique la confusion était peut-être excusable, car les éléments jeunes des corps graisseux
ressemblent assez à des ovules, mais on ne comprend pas que la dissection de l'animal n’ait pas immédiatement empêché FRaisse de tomber dans cette erreur qui en a fatalement entrainé plusieurs autres.
Ainsi, FRAISSE considère les véritables culs-de-sac ovariens comme de longs fourreaux dans lesquels les œufs plus âgés sont déposés (lange Blindschlaüche in welche die aelteren Eier abgelegt werden) et il rattache cette idée fausse à la conception non moins fausse d’une chambre incubatrice interne formée par le refoulement du tissu conjonctif de la cavité du corps dans laquelle s'’amasseraient les œufs. Nous avons déjà réfuté cette singulière opinion (voir p. 117).
D'autre part , ayant admis par suite de la confusion de l'ovaire avec les corps graisseux que la glande génitale femelle s’étendait en avant jusque dans la région du céphalogasier, FRAISSE a déerit comme glandes collétériques deux masses cellulaires (X, p. 21, PI XX, fig. 4, #) qu'ilest difficile de rapporter sûrement à un organe connu.
La comparaison qu'il établit entre ces glandes collétériques et les soi-disant glandes salivaires de Gyge et d’/one tendrait à les faire considérer comme une portion des corps graisseux. Mais ceux-ci sont nettement figurés un peu plus haut sur les coupes de FRAISsE et désignés par les lettres oy. La masse glandulaire k, nous paraît plutôt correspondre comme l'a supposé Kossmann (XI, p. 166) à une coupe transversale de la partie des lames incubatrices qui avoisine la bouche. En ce point, ces lames sont fortement plissées et forment, comme nous l'avons dit, une sorte de corps spongieux dont les circonvolutions donnent bien l'aspect de culs-de-sac glandulaires à revêtement épithélial.