LES GLANDES GÉNITALES MALES
Immédiatement derrière l'ovaire, sur les côtés du septième anneau thoracique et un peu vers le haut, se trouvent, comme nous l’avons vu deux petits tubercules géminés, sphériques et d’un blanc mat. (PI. IV, fig. 3,4, 5, et PI. VIL, fig. 5, rs). Rappelons d’abord ce que nous avons dit plus haut de la constitution de ces tubercules. On observe de l'extérieur à l’intérieur : 1° une cuticule hérissée de petites soies épineuses ; 2° une couche sous-cuticulaire conjonctive à trabécules disposés radiairement ; 3° un contenu d'aspect granuleux, variable avec l’âge de l’animal et le moment où on l’examine. Sur les animaux adultes, mais dont la ponte n’est pas encore effectuée, le contenu des vésicules latérales est formé par des corpuscules agiles qui ne diffèrent en rien des spermatozoïdes obtenus par la dilacération du mâle.
Nous avons sur nos planches désignés les vésicules par les lettres rs et nous les avons appelés Receptacula seminis (XIV, p. 2). Nous croyons maintenant plus exact de les considérer comme des vésicules séminales en rapport avec des glandes testiculaires qui ne fonctionneraient plus que chez l’Ænfoniscus encore jeune, c'est-à-dire avant la ponte.
GrarD, dans son premier mémoire (IX, pl. XLVI, fig. 2), a considéré les vésicules seminales comme une troisième paire d’éminences ventrales et émis avec doute l'hypothèse que ces éminences représentaient les rudiments des membres thoraciques. L'erreur de Giarp vient de ce qu'il a étudié un Grapsion Cavolinii contourné comme celui figuré PI. IV, fig. 4, puis qu'ayant, pour faire les coupes, séparé le tronc de la tête, il a ensuite rajusté celle-ci à l'envers. Cette erreur, que KossmaNN a parfaitement expliquée et corrigée, ne pouvait avoir d'influence sur les coupes dont l'orientation était suffisamment indiquée par la position du vaisseau dorsal et du système nerveux. La contradiction sur laquelle insiste Kossmanx (XI, p. 165) pour nier l'existence des ouvertures des glandes collétériques figurées par Giarp dans le voisinage des vésicules séminales n'a donc aucune importance. Les coupes ont bien été faites, comme le suppose KOSSMANN sur un Entoniscien relativement jeune et c’est justement ce qui a permis de voir les ouvertures des glandes soit disant collétériques (en réalité les testicules) qu'on ne retrouve plus chez les individus plus âgés.
Ni FriTz MUELLER, ni FRAISSE, ni KossmanN n’ont vu les vesicules séminales. Cependant FRaisse a figuré (X, PI. XXI, fig. 16 et 17) des coupes qui ont dù être faites tout à fait dans le voisinage de ces organes. Voici comment il décrit ce qu'il a vu dans cette région située derrière l'ovaire et vers le milieu de la longueur du COTPS :
« Après l'ovaire se trouvent les testicules qui se présenteut sous forme de culsde-sac glandulaires qui commencent à peu près au point où le tube digestif se divise en deux grosses masses, et suivent les deux côtés du corps sur une longueur de 2°" environ, vers la partie postérieure avant de déboucher au-dehors. Chaque testicule est recourbé et pelotonné un grand nombre de fois sur lui-même de sorte qu'on croirait d’abord qu'il existe plusieurs culs-de-sac. L'intérieur de la glande est tapissée par un épithélium d’où dérivent vraisemblablement les spermatoblastes. La lumière est remplie d’un grand nombre de cellules libres qui ne paraissent pas rondes mais plutôt aplaties. Elles ont un diamètre de o 50"", et ne sont pas mobiles. »
Les éléments que FRAIsse figure comme spermatozoïdes (PI. XXI, fig. 18) n’ont rien de commun avec les spermatozoïdes mûrs des Bopyriens tels qu’on les trouve dans le mâle ou dans les vésicules séminales de la femelle des Entonisciens.
Nous décrirons plus loin ces éléments tels qu’on les trouve chez le mâle ordinaire ou chez les mâles complémentaires. Chez la femelle, dans les vésicules séminales, les spermatozoïdes sont en pleine regression , bien que par l'aspect général le contenu de ces vésicules rappelle absolument ce que l’on voit à certains moments de l’évolution dans les glandes génitales des mâles. II ne peut rester aucun doute sur cette similitude lorsqu'on étudie comparativement et sur le frais l’une et l’autre de ces formations.
GiaRD a, comme nous l'avons dit, signalé et figuré les testicules (IX, p. 69, PI. XLVI, fig. 2 et 7), mais frappé de leur ressemblance avec certaines glandes décrites par BucHHoLz chez //emioniscus Balani, il les a nommésglandes collétériques (1).
GiaRD a signalé de plus l'ouverture de ces glandes 07 loin de celle des ovaires. Cela tient à ce que pour voir convenablement les testicules il faut couper des animaux jeunes chez lesquels les ouvertures des ovaires ne sont pas encore bien visibles. Les ouvertures ovariennes sont situées sur le cinquième anneau, et par suite, pas très éloignées de celles des testicules qui se trouvent sur le septième. Mais sur les femelles müres le développement de la deuxième bosse ventrale amène dars cette région une déformation considérable et écarte beaucoup ces ouvertures les unes des autres.
C'est tout à fait sans raisons sérieuses que Kossmanx (XI, p. 164 et 166) identifie les glandes testiculaires décrites par FRAISSE avec les oviductes et les glandes collétériques décrites par GiaRD avec les ovaires.
« Je n'ai trouvé, dit KossmanN, aucune autre ouverture latérale que celle des oviductes et comme FRAISSE n’a pas vu cette ouverture, j'en conclus que celle qu'il a décrite comme ouverture mâle n’est que l'ouverture femelle et qu'il a pris les oviductes pour les testicules. »
FRAISSE n’a pas vu les oviductes parce qu'il examinait une jeune femelle, et KossmanN n’a pas vu les testicules parce qu'il étudiait une femelle adulte. La critique que ce dernier adresse à GARD, à savoir que les glandes collétériques ne devaient pas être développées dans une femelle jeune, était beaucoup plus juste ; mais cette critique n’a plus de raison d’être maintenant que nous savons que les glandes collétériques de GiaRD ne sont que les testicules.
(1) Ces glandes collétériques de Giarb n’ont, cela va sans dire, rien de commun avec les organes désignés par FRAISSE sous le même nom. Celles-ci seraient situées dans le voisinage de la tête et on comprend difficilement quels rapports elles pourraient avoir avec les produits génitaux.
Nous pouvons d’ailleurs invoquer le témoignage de KossmanN lui-même à l'appui de l’opinionque nous défendons. Kossman (Neueres über Cryptonisciden, p. 8, [464]) a donné d'excellents arguments pour prouver que la glande collétérique décrite par BucHHozz chez Aemioniscus n’est qu'un testicule qui ne fonctionne plus. Or, dès 1878, Giarp signalait les analogies de cette glande avec celle qu’il nommait également glande collétérique chez les Entonisciens et que nous appelons aujourd'hui le testicule. La démonstration donnée par Kossmann de l'hermaphrodisme des Cryptonisciens nous paraît donc s'appliquer également aux Entonisciens. Nous reviendrons d’ailleurs plus loin sur cette intéressante question.