ÉVOLUTION DE LA FEMELLE
Tout ce que nous savons de l’évolution de la femelle, depuis le stade le plus jeune jusqu'à la forme aduite , est résumé dans la planche V, sur laquelle nous avons figuré, aux quatre angles, les quatre formes principales qui caractérisent cette évolution.
Premiére phase. — Le stade le plus jeune que nous ayons trouvé (PI. V, f.1) rappelle assez bien la forme d'un asticot ou d’une chenille. L'animal est courbé ventralement, la partie abdominale repliée sur eile-même. Ses mouvements sont alors très vifs et, comme la plupart des chenilles, il se courbe tour à tour ventralement et dorsalement par une brusque contraction de tout le corps. La taille de l’Entoniscien, à cette phase de son existence, est très réduite : il ne dépasse pas trois millimètres d'ordinaire ; sa couleur est d’un blanc transparent qui laisse apercevoir la trace jaune du foie et la masse opaque des Fertkôrper. Dans certains cas semi-pathologiques, l'animal prolonge cette phase larvaire bien au delà de sa durée normale, qui doit être très brève; 1l acquiert alors, tout en gardant la forme d’asticot, une taille très considérable, égalant mème parfois celle d’un adulte ordinaire.
Le cephalogaster est parfaitement formé, les antennes présentent déjà leur déformation si singulière, ce qui se comprend d’ailleurs facilement, car cette déformation dépend du rôle physiologique que doivent accomplir ces organes, dès la pénétration du parasite dans son hôte. Sous les antennes externes setrouvent les yeux rudimentaires dont on ne trouvera plus trace dans la suite. Les pattes mâchoires ont, dès ce stade, la forme qu'elles garderont chez l'adulte.
Le thorax, irrégulièrement cylindrique, est formé de sept segments, bien séparés, dont le premier est beaucoup plus réduit que les suivants. A la face ventrale du premier anneau se montrent les premiers oostégites encore très petits, mais ayant déjà leur division caractéristique en deux parties, lamelle ascendante et lamelle récurrente. Les autres lames incubatrices , beaucoup moins développées,
sont cependant visibles sur les segments suivants sous forme de petites lames parallèles situées sur les bords de la face ventrale. A la face inférieure du cinquième sesment l'ovaire commence à faire saillie sous la forme d’une petite masse proéminente.
Les six anneaux du pleon sont aussi parfaitement distincts et montrent très nettement le mode de formation des lames pleurales, si compliquées chez l’adulte ; elles ne sont encore à ce stade que des replis latéraux des bords de la face dorsale qui, dans les premiers segments où ils sont plus développés, se recourbent sur eux-mêmes vers la face ventrale.
L'anatomie interne (Pl. VI, fig. 7) ne diffère guère de celle de l'adulte : le cephalogaster présente un nombre moindre de villosités internes, l'organe de RATHKE est moins fortement développé, et les Æef{korper remplissent presque fout le reste de la cavité du corps avec les cœcums hépatiques. Le cœur, déjà muni de ses quatre valvules, se prolonge antérieurement par le vaisseau dorsal. Quant au système nerveux, ce n’est que sur une femelle à ce stade, exceptionnellemeut développée, que nous avons pu le disséquer ; tout ce que nous en avons dit plus haut convient donc à la première phase.
Nous n'avons pu relier cette forme, déjà nettement modifiée par le parasitisme, aux formes larvaires encore libres. Aussitôt que la larve cryptoniscienne pénètre de la cavité branchiale dans la cavité du corps de son hôte, elle doit modifier sa forme avec une extrème rapidité, pour s'adapter à son nouveau genre de vie. 11 sera donc très difficile de saisir ce rapide passage; un heureux hasard et des recherches incessantes permettront seuls de combler cette lacune de nos observations. (Deplorabile lacutra, CoRNaALIA et PANCERI).
Deuxième phase. — Quand le parasite arrive à la phase suivante (PI. V, fig, 2), ses dimensions sont à peu près doublées : il conserve encore sa forme allongée de chenille à segments bien visibles, mais la courbure générale commence à changer et l'abdomen montre une tendance marquée à se replier dorsalement; tous les mouvements deviennent moins vifs.
La chambre incubatrice est presque fermée ; les premières lames, toujours bien reconnaissables, sont, en partie, engagées dans le capuchon antérieur formé par la réunion des oostégistes de la deuxième paire ; les lames des trois autres paires fusionnées l’une avec l’autre, circonscrivent , sur la face ventrale, la base d'insertion de la cavité. Les lames pleurales se sont bien développées et ont presque acquis leur complication et leurs dimensions définitives. Les pleopodes , très réduits, ne se rejoignent pas encore sur la face ventrale. L'ovaire
est rudimentaire et se compose d’une paire de glandes symétriques en tubes contournés.
Troisième phase. — La femelle, parvenue à ce stade (PI. V, fig. 3), a encore doublé ses dimensions, et elle a acquis la forme définitive qui ne fera plus que s’accentuer dans le développement ultérieur. La courbure dorsale est maintenant permanente et la chambre incubatrice, bien que vide encore, est complètement close. Le cephalogaster est caché en partie sous le capuchon antérieur ; la partie thoracique , profondément modifiée par la croissance de l'ovaire, ne présente plus trace de séparation en segments distincts, elle porte deux longues bosses ventrales sur la ligne médiane et deux bosses latérales plus réduites sous le cephalogaster. La cavité incubatrice enveloppe tout le thorax; les insertions des lames, jusqu'ici ventrales, deviennent latérales, puis dorsales, sous la poussée de l'ovaire, de sorte que la face dorsale du thorax n’est plus qu'un sillon à peine visible. A l'intérieur de la cavité (PI. V, fig, 4), les lames de la première paire ont pris leur complet développement et s'étendent dans toute la longueur du sac incubateur depuis le capuchon antérieur, jusqu'à l'extrémité de la deuxième bosse ventrale.
L'abdomen présente sa forme définitive ; il est garni de cinq paires de pleopodes lamelleux se rejoignant sur la ligne médiane et chevauchant l’un sur l’autre pour former le canal ventral qui fonctionne depuis que la cavité incubatrice est close. Les lames pleurales sont fortement développées, surtout aux premiers segments et le cœur fait saillie sur la face dorsale du troisième segment.
C'est à cette époaue de la vie de la femelle que l’on rencontre sur elle le mâle dégradé accompagné parfois d’autres mâles encore au stade cryptoniscien (mâles complémentaires).
Quatrième phase. — L'animal est adulte (PI. V, fig. s) et la cavité est remplie d'embryons. Le cephalogaster est recouvert par les masses latérales de la cavité incubatrice et le capuchon antérieur dont le volume a plus que doublé. Le parasite peut alors mesurer jusque quatre centimètres : ses mouvements, sont plus lents que dans les phases précédentes. Les vésicules séminales sont complètement développées au niveau du dernier segment thoracique et toujours l’on constate sur la femelle la présence d’un mäle dégradé et presque toujours de plusieurs mâles complémentaires.