‹ Contributions à l'étude des BopyriensChapitre 64 sur 103 · CASTRATION PARASITAIRE. — STÉRILITÉ DES CRABES INFESTÉS · texte numérisé non relu

CASTRATION PARASITAIRE. — STÉRILITÉ DES CRABES INFESTÉS

Nous appelons castration parasitaire la régression plus ou moins complète des organes génitaux mâles ou femelles sous l'influence d'un parasite et les phénomènes physiologiques ou morphologiques qui accompagnent cette régression. Il nous est impossible d'exposer ici, avec tous les détails nécessaires, une question aussi générale et qui intéresse tant de groupes divers. Nous prions le lecteur de vouloir bien se reporter aux notes publiées antérieurement par l’un de nous à ce sujet (1).

La castration parasitaire des Crabes par les Entonisciens est indirecte et substitutive : cela veut dire 1° que les Entonisciens ne détruisent pas directement la glande génitale comme font Cuferebra emasculator, parasite de Tamias Lysteri et le Distomum megaslomum trouvé par GROBBEN dans le testicule de Portunus depurator, mais amènent indirectement la réduction des organesgénitaux par une action générale sur l'organisme ; 2° que les parasites prennent la place et: aspect des organes génitaux avortés.

On peut même ajouter que la castration par les Entonisciens est substitutive glandulaire, parce que le parasite remplace la glande génitale elle-même, tandis que la castration produite chez un crabe par Sacculina où chez un Pagurus par Phryxus ou Peltogaster est substitutive nidamentaire puisque le parasite prend la place, non plus de l'organe générateur, mais de la ponte.

Enfin , la castration peut être éndirecte branchiale, comme celle de Palæmon par Bopyrus.

Un cas absolument comparable à celui des Entonisciens est la castration parasitaire substitutive de Syrapfa digitata par Entoconcha mirabilis ou encore celle de Amphiura squamata par Rhopalura Giardii où par le Copépode récemment découvert par W. FEWKEs.

La ressemblance que présentent les £nfione avec les organes génitaux de leur hôte est extraordinaire. Portunion Maænadis jeune se confond très facilement avec

(1) GiarD, La castration parasitaire et son influence sur les caractères extérieurs du sexe mâle chez les crustacés Décapodes. Bulletin scientifique du Nord, 1877, 2° série, X° année, p. 1.

GiarD, La castration parasitaire chez Eupagurus bernkardus Linwwé et Gebia stellala MonTaGu. Comptes rendus de l’Académie, 18 avril 1887.

GiarD, Sur les parasites Bopyriens et la castration parasitaire. Comptes rendus de la Société de Biologie, N° 23, 17 juin 1887, p. 371.

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la glande génitale immature de l’un ou l’autre sexe. Onand il devient adulte et chargé d'œufs prêts à être pondus, il prend une teinte rouge tout à fait comparable à celle de l'ovaire du crabe, et, l'illusion est telle, que nous avons cru plusieurs fois avoir ouvert un crabe hermaphrodite alors que nous rencontrions un Portunion mûr dans un Mænas mâle. Chez Plafyonichus latipes, il faut regarder d’assez près pour distinguer les Porfunion Kossmanni, qui sont souvent au nombre de trois ou quatre dans la cavité viscérale de ce Portunien. £'nfoniscus Mülleri est d’un beau rouge incarnat comme les ovaires de Porcellana longicornis dont il prend la place.

Cette sorte de mimétisme interne tient évidemment, pour ce qui est de la forme, à ce que le parasite se moule peu à peu dans l’espace interviscéral laissé libre par la diminution progressive de la glande génitale. Quant à la couleur, l’identité des matériaux nutritifs utilisés par le crabe et par l’Entoniscien permet, jusqu'à un certain point, d'expliquer pourquoi elle est la mème chez ces deux êtres.

CavoLint avait été frappé de cette substitution de l'£’nfoniscus aux produits génitaux du crabe. « En somme, dit-il dans un passage que nous avons déjà cité, un fœtus étranger est devenu le véritable fruit du crustacé et s'est développé sur cet animal de la mème façon que, chez les mammifères, les fœtus abdominaux se développent à peu près comme ils le feraient dans l’utérus qui est leur demeure normale et véritable »

Mais la conception de CavoLint était encore vague et inexacte à certains égards. RATHKE a jeté un nouveau jour sur cette question en étudiant l’action produite par Bopyrus sur les Palæmons. Il a fait d’abord la remarque curieuse que tous les Palæmons infestés sont des femelles : « Mirabile dictu, Bopyri omnia quæ vidi exempla — vidi autem eorum plures centurias, — solummodo in Palæmonibus feminis repereram, licet in manus meas non pauciores horum animalium mares, quam feminæ incidissent (De Bopyro et Nereide, p. 18).

FRAISSE (X, p. 50) déclare que les recherches modernes n'ont fait que confirmer cette observation (durch neuere Forschungen wird sie mehr und mehr bestätigt).

Nous avons montré ailleurs (1) comment on devait interpréter l’immunité apparente des Palaemons mäles par les effets morphologiques de la castration parasitaire. Les caractères sexuels extérieurs secondaires du sexe mâle disparaissent comme conséquence de l'avortement précoce des glandes génitales et l’on a pris pour des femelles des Palaemons mäles stériles et modifiés par la castration.

(1) Giaro. La castration parasitaire, etc., p. 5.

RATHKE avait signalé de plus la stérilité des femelles infestées : « Haud minus memoratu dignum hoc mihi videtur quod neque eo anni tempore quo Palaemones ova sua (sub cauda) fovent, neque ullo alio tempore interea, horum animalium exempla quae Bopyrum exceperant ullum inveni, cujus ova ita exculta fuissent ut partu edi possent. »

La même remarque a été faite depuis par divers naturalistes sur plusieurs espèces de Bopyriens.

Frirz MUELLER raconte qu'à Desterro presque chaque tube de Chætopterus renferme comme commensaux un couple de Porcellana (Polyonyx) Creptinii F.m.Trois fois seulement il rencontra une Porcellane solitaire, deux fois une femelle, une fois un male. Ces trois individus isolés et ceux-là seulement hébergeaient un Entoniscus. On doit donc admettre, ajoute MUELLER, que comme les Rhizocéphales , les £nfoniscus entraînent la stérilité de leur hôte et que chacun des individus parasités n'avait pu trouver un conjoint ou plutôt avait été abandonné par lui. Les Porcellanes peuvent, en effet, sortir en fendant le tube du Chætoptère dont l'extrémité est trop étroite pour les laisser passer librement.

En conséquence, FRriTz MUELLER recommande de chercher les £nfoniscus dans les femelles de Décapodes qui ne portent pas d'œufs au moment où leurs congénères de mème sexe sont en état de gestation.

FRAIssE fait déjà quelques réserves sur la généralité de cette observation.

Il remarque que les femelles de Ca//ianassa sublerranea, infestées par Zone, portent parfois des œufs, mais en moins grande quantité que les femelles indemnes; et, de plus, les œufs recueillis dans ces conditions même sur les Callianasses fraichement pêchées sont déjà dans un état de demi putréfaction.

Cependant, en ce qui concerne les Entonisciens, il déclare qu'il n'en a trouvé que dans les femelles chez Carcinus Maænas et que, tandis que les femelles saines étaient toutes chargées d’œufs (au mois d’avril), les femelles infestées n’en portaient pas. Chez Pachygrapsus marmoratus, VRAISSE ne put faire aucune observation de ce genre parce que chaque crabe infesté par Grapsion Cavolinii, possèdait également sous l’abdomen un parasite rhizocéphale, Sacculina Benedenii.

Confiant dans le dire de Frirz MUELLER, FRAISsE ajoute qu'il n’a pas eu à se reprocher la mort inutile des nombreuses femelles de crabes qu'il rencontrait chargées de leur ponte.

Nous avons été moins sensibles, mais notre cruauté avait son excuse dans le désir d'étudier plus à fond le problème si compliqué de la castration parasitaire. Bien que la stérilité soit de beaucoup la règle générale, nous avons observé un certain nombre de cas où la présence d’Ænfione n'avait pas empêché la ponte.

Nous avons rencontré Portunion Fraissei et Portunion Kosmanni chez des femelles de Portunus holsatus et de Platyonichus qui portaient des œufs. Mais ces F’ntione n'étaient pas adultes, et, d'autre part, nous ne pouvons affirmer que les œufs du crabe étaient normalement constitués et auraient donné des embryons.

Chez certains Mænas mâles infestés par Portunion Mænadis, nous avons parfois trouvé la glande testiculaire assez développée. Mais nous avons tout lieu de croire, d’après ce que nous avons constaté chez les Pagures mäles, infestés par Phryxus Paguri que les spermatozoïdes devaient être anormaux et inaptes à la fécondation.

Chose étonnante et encore inexpliquée jusqu’à présent, les modifications des caractères extérieurs du sexe mâle produites par les Entonisciens sont beaucoup moins grandes que celles qui résultent de l’action des Bopyriens ou des Phryxiens chez les Carides ou les Pagures. Les Entonisciens sembleraient cependant par leur parasitisme plus profond devoir entraîner des troubles plus considérables dans l'organisme des crabes infestés. C’est le contraire qui est vrai. Nous avons pu constater tout au plus chez les Carcinus Mænas mäles, infestés par Portunion Maænadis une légère déformation des contours du sixième somite abdominal. Encore cette déformation n'est-elle pas constante.

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