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C. Abdomen de mâle infesté par Sacculina

D. Abdomen de mâle infesté par Portunion. (Les quatrième et cinquième somites sont généralement plus intimement soudés que ne l'indique la figure).

Chez les autres Portunus, porteurs d’Entonisciens, nous n'avons rien observé, pas plus que chez les mäles de P/atyonichus, de Pilummus, de Xantho. La seule raison que nous puissions invoquer pour expliquer ce fait embarrassant est que sans doute l’infestation des Brachyoures par les Bopyriens se fait à une époque plus

tardive que celle des Macroures ou des Anomoures et ne peut avoir un retentissement considérable sur la forme des organes génitaux externes déjà différenciés. On sait aussi que, par un processus abréviatif (cœnogénétique) assez fréquent, les organes copulateurs se différencient d’une façon très précoce chez un très grand nombre d'animaux (Rhabdocœæles, Nématoïdes, etc.). Il serait donc possible que la différenciation sexuelle extérieure fut effectuée avant l’infestation sans que celle-ci subit aucun retard, comparativement à ce qui a lieu chez ies Bopyriens proprement dits.

L'infestation tardive n’est d’ailleurs nullement rare chez Carcinus Mænas. Elle seule permet d’expliquer l’existence de Porfunion chez des crabes qui ont dépassé la taille où la mue cesse d'ordinaire chez les Wænas infestés jeunes.

ECTOPARASITISME DES ENTONISCIENS.

Les Entonisciens sont-ils des Ectoparasites ou des Endoparasites ? C’est là une question qui divise les zoologistes les plus versés dans l'étude de ces animaux.

Par un véritable trait de génie, FriTz MUELLER a reconnu d'emblée les rapports généraux du parasite et de son hôte. Voici en effet comment il s'exprime (IV, p. 16) au sujet de la membrane particulière dans laquelle est renfermée l’Ænfoniscus porcellanæ : « Cette membrane d'enveloppe se forme vraisemblablement lorsque le » jeune Zntoniscus pour pénétrer dans l'intérieur de la Porcellane, invagine » devant lui, sans la traverser, la fine membrane de cette articulation (articulation » entre le plastron sternal et le segment qui porte la dernière paire de pattes thora- » ciques). Ainsi on pourrait considérer l'£nfoniscus comme vivant dans une » Invagination du tégument extérieur de son hôte et l'appeler parasite externe au » mème titre que Sopyrus et les autres Bopyriens bien qu'il se loge entre le foie, » l'estomac et le cœur et qu'il soit parfois entouré par les conduits testiculaires. »

FRAISSE (X, p. 8) s’est prononcé contre cette manière de voir : « Presque tout l'animal est, dit-il, enveloppé dans une membrane plissée qui est formée par des replis de l’épiderme... La preuve qu'il ne peut être ici question d’une invaginatior du tégument de l’hôte c’est que d’abord la membrane d’enveloppe est en continuité avec la peau de lEnloniscus et, en second lieu, que l’abdomen avec ses singuliers appendices n’est jamais recouvert par cette enveloppe ; enfin chez tous les Brachyoures que j'ai observés il existait une cinquième paire de pattes thoraciques bien développée, de sorte que la disposition favorable offerte par Porcellana faisait complètement défaut. »

Plus loin, FRAISSE ajoute encore (X, p. 29) : « Au surplus je pourrais mettre en doute l'exactitude de l'observation de MUELLER, car je ne vois pas clairement comment une membrane aussi fine que l'articulation des anneaux d’un crustacé pourrait s’étendre et se dilater d’une façon si considérable. D'autre part un semblable sac complètement fermé me parait une impossibilité parce que l'Enfoniscus dépourvu de pièces buccales organisées pour piquer ou pour sucer ne pourrait tirer du corps de son hôte la quantité de nourriture dont il a besoin pour son développement. »

KossmanN s'était d'abord rallié à l’opinion de Frirz MUELLER (XI, p. 168), mais n'ayant pas réussi à faire sortir au dehors des injections poussées dans la membrane d’enveloppe, il en conclut que l'ouverture d’invagination devait s'être oblitérée dans la suite du développement.

Quelques semaines plus tard (XII, p. 58), Kossmann abandonna sa première opinion pour soutenir une théorie singulière que nous allons résumer.

Constatons d’abord avec KossmanN que les critiques opposées par FRAISSE à Frirz MUELLER sont absolument sans fondement et doivent être rejetées en bloc. La prétendue continuité de la membrane d’enveloppe avec le tégument du parasite n'existe pas. FRAISSE aura été induit en erreur par des adhérences accidentelles qui se produisent parfois entre ces membranes molles et délicates. 11 est également inexact de prétendre que l'abdomen n’est pas recouvert par le fourreau. Les injections démontrent que le sac est complet. Que les Brachyoures aient une cinquième paire de pattes thoraciques bien développées, cela ne prouve pas que l’invagination n’a pas pu se produire en un autre point de l'articulation sternoabdominale. Enfin !’énorme extension de la membrane doit s'expliquer autrement que par des causes purement mécaniques : il est permis d’admettre un accroissement anormal qui peut s’observer chez les membranes les plus fines. Quant à ce qui concerne la nutrition de l'Ænfoniscus, FRAISSE est dans une profonde erreur quand il déclare que ces animaux ne sont pas organisés pour couper une membrane. L'étude de l’armature buccale nous a prouvé le contraire.

Comment après avoir reconnu comme nous l'insuffisance de l'argumentation de FRAISSE, KOSSMANN a-t-il été amené à repousser, lui aussi, l'explication de FRiTz Muicer ? Deux données expérimentales mal interprétés sont, pensons-nous, la cause de cette erreur.

Première expérience. — KossmanN ayant injecté le fourreau des Ænfione remarque que, mème sous une assez forte pression, ce fourreau se laisse remplir sans que l'injection pénètre dans la cavité du corps du crabe. Ce résultat

est, d’après lui, favorable à l'opinion de FRAIssE en tant qu'il semble indiquer que le parasite ne peut couper sa membrane d’enveloppe ; mais d’autre part il démontre qu'il n’existe de communication ni avec la cavité du corps, ni avec l'extérieur permettant à l'animal de recevoir directement sa nourriture du dehors. Comment donc se fait la nutrition? Doit-on admettre qu elle s'opère par diffusion à travers la membrane d’enveloppe ?

Deuxième expérience. — KossmanN qui, jusqu’alors, s'était contenté pour toute technique de laisser macérer les Ænfoniscus dans l'eau de mer (XI, p. 154),ce qui l'avait conduit aux conclusions morphologiques les plus malheureuses, perfectionna son procédé en employant la potasse caustique. Comme ce réactif dissout complètement le fourreau, il en conclut que cette enveloppe ne contient pas de chitine et que par conséquent elle n’est pas une invagination du tégument du crabe.

L'examen microscopique, ajoute KossmanN, démontre que cette membrane d’enveloppe n'est qu’une couenne inflammatoire formée par un amas considérable de globules sanguins. Des lames minces produites artificiellement en faisant couler le sang du crabe sur un porte-objet, ne se distinguent de cette couenne que par le nombre moindre de corpuscules sanguins.

Dès lors la nutrition n’est plus un fait incompréhensible, le parasite peut absorber la paroimème du fourreau, ou, quand il la perfore, avaler le sang qui fait irruption ; dans ce dernier cas l’ouverture se ferme d'elle-même par suite de l’écoulement, de sorte qu'il n'existe pas de communication permanente avec la cavité du corps de l'hôte. En conséquence, Kossmanx considère lés Entonisciens comme de purs endoparasites (echteste Endoparasiten), et comme ces endoparasites diffèrent à peine dans les plus petits détails (bis auf kleine Nebensachen) des types ectoparasites de la même famille, il en conclut que les expressions ecfoporasites et endoparasites ne correspondent à aucune distinction sérieuse et il cherche à établir sur de nouvelles bases la classification éthologique des parasites.

Nous discuterons ailleurs ces idées générales. Pour le moment il nous suffira de prouver que la donnée expérimentale, qui sert de point de départ à KossmanN, n'est pas exacte et que les Entonisciens sont, comme les autres Bopyriens, de véritables Ectoparasites. Rien ne vaut pour arriver à cette démonstration l'examen direct du parasite soigneusement disséqué.

Si l'on examine un individu mür de Portunion Maænadis, on reconnait, qu’à part des adhérences fortuites parfois assez nombreuses, le sac qui renferme le parasite est complètement libre dans toute la partie où se trouvent la tête et le capuchon antérieur de la cavité incubatrice. Au contraire la partie abdominale, beau-

coup plus étroite et irrégulièrement cylindrique, adhère constamment par son extrémité avec la carapace du crabe. Le point où ce fait cette adhérence est situé sur la ligne où la paroi interne du branchiostégite se refléchit pour former le revêtement de la partie somatique de la cavité branchiale. Le long de cette ligne la couche qui revêt l’exosquelette est très mince, comme l'indique parfaitement HuxLey chez l'écrevisse, et ellesecontinue avec la paroiinterneou le revêtement du branchiostégite qui est éga-

cB

{ lement très mince.

Si l’on regarde de plus près, on trouveau ee point d’adhérence un

\ = — ie. organe singulier que nous avons appelé le FiG. 26. nes | casque chitineux (XIV, Schéma indiquant la position de l’Entoniscien dans la cavité viscérale il : de son hôte. P: 1)et qu il seraitpeut- CB : Cavité branchiale de l’hôte. ètre préférable de dési- Gi ns ui chitineux. gner sous le nom de ce: Cephalogaster. c 004: Ovaire. Calyce : « À la partie RE » caudale, disionsf : Fourreau où membrane d’enveloppe appartenant à l'hôte. br : Branchies. » nous, la membrane cp : Cavité occupée par le parasite. D enveloppante apparco : Cavité incubatrice du parasite.

sp : Corps spongieux. » tenant au crabe est co : Canal aquifère ventral. » renforcée par une se-

Les flèches indiquent le sens du courant qui pénètre dans la cavité du

. , »* crétion de chitine qui parasite et qui entre et sort alternativement par l’ouverture du calyce.

» forme une sorte de » casque recouvrant la dernière paire de pléopodes. Une ouverture à bord épaissi très net se trouve du côté ventral au fond de ce casque et maintient dilaté le canal qui meten communication le parasite avec le haut de la cavité branchiale

du crabe. Le casque reste généralement adhérent au crabe lorsqu'on enlève le » parasite. »

Cette dernière observation explique comment un organe aussi important a pu échapper à tous nos prédécesseurs. Nous avons représenté (PI. VII, fig. 12) le

casque de Portunion Mænadis vu d'en haut; le bord supérieur estsouvent moins nettement délimité et la sécrétion de chitine se prolonge irrégulièrement et avec moins d'intensité sur la partie postérieure du fourreau. Chez d’autres Entonisciens, notamment chez Cancrion floridus et C. miser, parasites respectivement de Xa»tho floridus et Pilumnus hirtellus, le fourreau est parcouru dans toute son étendue par des lames chitineuses irrégulières. Il en est parfois de mème chez Portunion Maænadis dans certains cas semi-pathologiques dont nous reparlerons.

Si l’on examine au microscope la membrane d’enveloppe traitée par les colorants (Carmin de Beale) on reconnaît qu'elle offre absolument la même structure que l’hypoderme cuticulaire du crabe. On est donc amené à conclure que le jeune Entione après avoir pénétré dans le fond de la cavité branchiale du crabe et perforé ia mince cuticule qui la revêt, a refoulé et distendu progressivement la couche hypodermique. Cette dernière, sous l'influence du processus inflammatoire, prend un accroissement anormal et ne secrète plus la chitine que d’une façon irrégulière, sauf dans les points voisins de l'ouverture d’invagination où elle est en continuité avec le tégument normal.

FRiTz MUELLER a supposé que chez £'nfoniscus porcellanæ l'invagination se produit à l'articulation du plastron sternal avec l’abdomen. S'il en était ainsi chez Entione il faudrait admettre qu'après avoir pénétré dans la cavité viscérale du crabe, le parasite perdrait sa première communication avec l'extérieur et en acquerrait une seconde en se mettant en rapport avec le fond de la cavité branchiale. Rien ne nous parait nécessiter une pareille complication et nous croyons pouvoir affirmer que l'ouverture du calyce représente bien l'ouverture d'entrée du parasite et la communication permanente de ce dernier avec l'extérieur.

Il est facile maintenant d'interprèter les expériences de Kossmanx et de réfuter les conclusions qu'il prétend on tirer.

Voyons d’abord ce qui concerne les indications fournies par les injections.

Si l'on mettait en parallèle d’un côté les résultats acquis à la science par la méthode des injections et d’autre part les erreurs imputables à cette méthode, il est bien certain que la seconde colonne dépasserait de beaucoup la première. Chez les [nvertébrés principalement ce procédé expérimental est des plus chanceux et ne doit être employé qu'avec une extrème réserve.

Que l'injection poussée dans le fourreau d’un Entoniscien ne sorte pas par l'ouverture antérieure (celle où est fixée la bouche) pour pénétrer dans la cavité générale du crabe, cela n'a rien de surprenant. Cette ouverture est fermée par les pièces buccales elles-mêmes comme un tonneau est fermé par le robinet qui,à un certain moment, met l'intérieur en communication avec l'extérieur. Les antennes

modifiées jouent comme nous l'avons vu, un rôle important dans cette occlusion. D'ailleurs l'ouverture est presque capillaire et la nutrition du parasite ne peut s’opérer que grâce au puissant appareil aspirateur que nous avons décrit en parlant du tube digestif Kossmanx n’a pas vu davantage le liquide injecté sortir par l'extrémité postérieure. Mais il faut remarquer qu'il ignorait où se trouve véritablement cette ouverture dont il nie l'existence, et qu'il n’a pu par suite prendre les précautions nécessaires pour faire réussir une expérience aussi délicate, expérience rendue inutile d’ailleurs par la découverte du calyce chitineux et par les observations anatomiques résumées ci-dessus.

Quant à la deuxième expérience (dissolution du fourreau dans la potasse caustique) elle est d’abord comme la première viciée dans son essence puisque KossmanN n'a pas extrait complètement la membrane d’enveloppe; autrement il aurait pu se convaincre que le casque ou calyce chitineux résiste à toute dissolution. Il aurait également pu constater la présence de la chitine en étudiant le fourreau d'Entonisciens du genre Cancrion. D'ailleurs l'absence de chitine ne prouve pas que la membrane d’enveloppe ne puisse appartenir au crabe et l'examen microscopique qui seul pourrait achever la démonstration ne parle nullement en ce sens Sans doute, de nombreux corpuscules sanguins peuvent adhérer au fourreau, puisque ce dernier plonge dans la cavité viscérale du crabe; mais il sera évident pour quiconque voudra bien contrôler le fait que KossmanN a confondu avec les globules sanguins les cellules de l’hypoderme dont la prolifération est activée par l'excitation mécanique due à la présence du parasite.

Au lieu d'employer les procédés d’une technique brutale trop en vogue aujourd’hui et qui donne à la science une fausse apparence de rigueur sans la faire progresser d’un pas, nous avons préféré appliquer les lois de la physiologie générale et de l'anatomie comparée.

Or tout dans l’organisation de l’'Entoniscien exige pour le jeu des organes de ce parasite une communication perpétuelle avec l’eau extérieure et l'étude d'exemples empruntés à d’autres familles d'Arthropodes jette un jour inattendu sur cette question de l’ectoparasitisme des Entonisciens.

En 1827, LÉON Durour décrivait (1) une curieuse larve de Diptère (Ocyptera bicolor) parasite d'une Pentatome (Raphigaster griseus LATREILLE). Cette larve, plongée dans la cavité du corps de l'Hémiptère, s’insère par son extrémité caudale

(1) Léox Durour, Mémoire pour servir à l’histoire du genre Ocyptera in Annales des Sciences Naturelles , 1° série, t. X, p. 248-259, PI. XI.

sur une trachée du métathorax. Cette extrémité se termine « en un siphon d’une

seule pièce infundibuliforme légèrement arquée, d’une texture cornéo-membraneuse et comme scarieuse, invariable pour sa configuration, ayant à peu près le tiers de la longueur du corps. Par sa partie évasée elle s'articule avec le dernier segment de celui-ci, mais c’est un mode d’articulation gui semble plutôt une espèce d'enchatonnement adhésif, car la larve peut s’en débarrasser sans qu'il se fasse une solution de continuité à l’anneau du corps qu'elle embrasse... »

« Le siphon caudal se détache sans effort, entrainant autour de sa partie évasée quelques lambeaux d’une membrane fine, pellucide, épidermoïde, qui paraît étrangère au tissu propre du segment abdominal qu'elle recouvre. Dans une autre occasion j'ai trouvé encore adhérent dans le métathorax de la Pentatome et isolé ce siphon, tandis que la larve et la chrysalide n'existaient plus dans la cavité viscérale... »

« Ce siphon cornéo-membraneux remplit la double fonction d’être la trachée artère de l'organe respiratoire et de fixer l'animal dans sa demeure vivante et mobile. C'est un stigmate, mais un stigmate d’une forme et d’une grandeur insolite. Le moyen, je dirai presque ingénieux, par lequel cette larve hermétiquement emprisonnée puise l’air dans l’atmosphère pour l'acte respiratoire, tient du merveilleux. 77 Jui a fallu emprunter, usurper un des stigmates de l'hémiptère dont elle est parasite, et détourner à son profit une partie de l'air destinée à la respiration de celui-ci. À cet effet la pointe du siphon s’accroche à l'aide des deux dents dont elle est armée sur les bords d’un stigmate métathoracique de la Pentatome et l'ouverture placée entre elles s'adapte justement sur ce dernier pour inhaler l’air du dehors. Le fait piquant de l’usurpation d’un stigmate étranger rappelle l’observation curieuse de MM. Aupouin et LACHAT sur une larve de diptère qui vit dans l'abdomen du Bourdon des pierres ; cette larve parait appartenir au genre Conops. » (1).

On voit sans grand effort qu'il s’agit dans ce qui précède d’une disposition tout

à fait comparable à celle que nous avons décrite chezles Entonisciens. LÉON DUFoUR n'avait pas observé la continuité de la membrane d’enveloppe, mais à part quelques erreurs de détail faciles à corriger, il suffit de remplacer les mots de siphon

(1) Voir pour cette larve : Journal de Physique, t. 88, p. 228 et Mémoires de la Société d'Histoire naturelle

de Paris, t. 1, p. 329, pl. 22.

cornéo-membraneux par celui de casque chitineux, les mots #rachée, air extérieur par ceux de branchie, eau ambiante pour faire coïncider les deux descriptions. (1).

Nous voulons bien admettre toutefois qu'il pourrait demeurer quelques doutes dans certains esprits et que les belles observations de LÉON Durour sont peut être insuffisantes pour nos modernes microtomisants. Mais nous pouvons invoquer un témoignage tout récent, celui d'un histologiste familiarisé avec les derniers raffinements de la technique : N. Caozopkowsky, de Pétersbourg. Ce zoologiste a étudié une espèce indéterminée de T'achina (T'. picta ? où Mosicera cinerea ?) parasite de Carabus cancellatus, C. glabratrus, et Harpalus ruficornis.

Voici comment il résume lui-mème ses observations : (2)

« Pendant l’été de 1882, comme j'examinais pour des recherches d’anatomie comparée, diverses espèces du genre Carabus, je trouvai près des stigmates ventraux de quelques exemplaires de Carabus cancellatus de petits corps blanchätres d’un aspect particulier qui faisaient saillie dans la cavité du corps du carabe. Ces corps avaient une forme ovalaire et mesuraient à peu près un millimètre de long. Pour en faire une étude plus approfondie, j'enlevai un petit fragment de peau avec le tronc trachéen partant du stigmate et j'observai ce qui suit : le corps ovale blanchâtre était tourné par l’une de ses extrémités vers un gros tronc trachéen et cette extrémité s’enfonçait dans un calyce chitineux brunâtre qui l’embrassait ; par sa base étroite, le calyce adhérait à la trachée. En enlevant le corps blanchâtre on pouvait voir au fond du calyce une petite ouverture conduisant dans la trachée. Des bords du calyce s’étendaient des dépôts chitineux transparents irréguliers qui environnaient le corps ovale. Examiné au microscope, le corps ovale blanchâtre se montra annelé, rempli à son intérieur d’un organe tubulaire (le canal digestif) : à

(1) Il est bien intéressant de constater une fois de plus, en passant, la généralité des lois qui régissent le parasitisme. L. Durour signale la castration parasitaire chez la Pentatome grise infestée par l’'Ocyptère : « S'il est, dit-il, des circonstances dans lesquelles la Pentatome peut mourir pendant ou aussitôt après l’accouchement, (la sortie du parasite), il en est d’autres où elle survit à sa délivrance. Le 1°" juin, en disséquant une femelle de Pentatome grise qui était vivante et bien portante, au moins en apparence, je trouvai, fixé dans son métathorax, le siphon caudal de la larve et je connus aux derniers segments abdominaux des traces non équivoques de l’expulsion de la chrysalide. J’observai que les ovaires de cette Pentalome étaient pour ainsi dire atrophiés et que le tissu adipeux splanchnique était épuisé, presque nul; maïs l’appareil digestif paraïssait dans l’état normal ». -

Durour a observé également que le parasite mûrissait au moment même où l’hôte serait mûr s’il n’était pas infesté, et que l’infestation se produit au moment où les hémiptères sont encore jeunes, à la sortie de l’hiver.

(2) N. CHocopxowsky, Ueber eine am Tracheensysteme von Carabus vorkommende Tachina Art, in Zoologischer Anzeiger, VII Jahrg, N° 169, juin 1884, p. 316-319.

l'extrémité tournée vers la cavité du corps on remarquait deux petites häches tranchantes et à l’autre extrémité deux stigmates respiratoires. A ces caractères il était facile de reconnaitre une jeune larve de Tachina. En peu de temps, je recueillis quelques exemplaires de Carabus cancellatus dont chacun était infesté par plusieurs larves de Z'achina bien développées. Ces larves élaient si grosses qu’elles remplissaient toute la cavité abdominale du Carabe. Les Carabes infestés se distinguaient des autres par leur indolence et ils mouraient rapidement en captivité. Les calyces chitineux qui renfermaient l'extrémité postérieure de grosses larves, étaient grands et avaient un bord irrégulièrement découpé ; les dépôts chitineux transparents qui entouraient les corps des larves étaient très abondants et formaient des lames de forme variable, parfois amastomosées entre elles. Bref des formations chitineuses pathologiques enveloppaient le corps des larves, de mème que des formations conjonctives inflammatoires enveloppent les corps étrangers qui pénètrent accidentellement dans l'organisme des Vertèbrés. Ce fait vient appuyer l'opinion de ceux qui considèrent la chitine comme l'équivalent physiologique du tissu conjonctif dans le corps des Insectes. Il n’est pas douteux que le dépôt chitineux est formé par la couche hypodermique de la paroi trachéenne.….»

« En ce qui concerne la pénétration dans le corps du Garabe, on peut supposer, selon toute vraisemblance, que le Diptère dépose son œuf dans le stigmate et que la larve, à peine éclose, perfore la paroi trachéenne pour s’enfoncer peu à peu dans la cavité du corps de son hôte. Pendant ce temps, il se forme autour de la larve, aux dépens de la couche hypodermique de la trachée, un dépôt chitineux qui est plus abondant dans le voisinage de la paroi ventrale où se forme le calyce ; les bords irréguliers et mal définis de ce dernier, se prolongent dans les lames qui environnent le reste du corps de la larve. »

La concordance est complète, on le voit, entre ces observations et celles que nous avons pu faire sur les Entonisciens. Le travail de CHoLopkowsky complète celui de LÉoON Durour, comme nos recherches complètent celles de Fritz MUELLER.

Nous devons ajouter cependant qu’une autre manière d'expliquer la membrane d'enveloppe des larves de Muscides parasites a été proposés par KUNCKEL D'HERCULAIS. (1)

KUNCKEL a étudiéGymnosoma rotundatum LiNé dont la larve est également parasite

(1) Annales de la Société entomologique de France. 5° série, tome IX, 1870.

dans le corps des Pentatomes ; il a reconnu parfaitement que le calyce chitineux, qu'à l'exemple de LÉON Durour il appelle le siphon, ne fait pas partie de la larve, mais d’une enveloppe externe ; maisil considère cette enveloppe comme un produit de secrétion de la larve. C'est là une opinion qui n’a été soutenue par personne en ce qui concerne le fourreau des Entonisciens, et il faut convenir qu'il est bien difficile, même dans le cas des Muscides, d'admettre une pareille sécrétion en l'absence de tout appareil glandulaire.

KUNCKkEL explique aussi la pénétration des larves d’une manière tout autre que celle indiquée par Durour et CHoLopkowsky. Il pense que la Diptère dépose ses œufs sur les anneaux de la Pentatomeet que les larves écloses pénètrent à travers la membrane d’articulation dans la cavité abdominale et se mettent peu à peu en rapport avec le stigmate.

C'est, avec une interprétation différente de l’origine du fourreau, une migration analogue à celle qu’il faudrait supposer chez les £ntoniscus, si l'on admettait avec Frirz MUELLER la pénétration par l'articulation sterno-abdominale. Mais ici, comme chez les Entonisciens, une pareille migration avec inoculation consécutive dans l'appareil respiratoire de l'hôte, nous paraît bien invraisemblable : le parasite devrait, dans l’un et l’autre cas, avancer à reculons, et la formation du calyce serait absolument incompréhensible. D'ailleurs, chez les Muscides parasites, les plus petites larves sont déjà fixées dans le voisinage de la trachée et il faut qu'il en soit ainsi pour qu'elles puissent exercer la fonction respiratoire.

A toutes les raisons que nous avons données pour justifier notre conception de l'ectoparasitisme des Entonisciens, nous ajouterons celle que l’on peut tirer de la présence du mäle dégradé ou des mâles complémentaires à l’intérieur du fourreau. Si l’on admettait l'opinion de KossmanN, il faudrait que le couple Entoniscien fut formé dès le moment de son entrée dans la cavité générale, entrée sur laquelle Kossmanx ne s'explique pas, Or, on trouve assez fréquemment de jeunes femelles sans mâle; ces femelles seraient donc condamnées à un veuvage perpétuel. D'autre part, on rencontre souvent à coté d’un mäle adulte, une série de mâles pygmées de forme cryptoniscienne. Comment ces derniers ont-ils pénétré dans la cavité générale du crabe? Comment surtout ont-ils perforé la couenne inflammatoire qui revet l'objet de leurs désirs ?

Enfin la sortie des embryons constitue également un problème insoluble dans l'hypothèse de Kossmanx. Car, en admettant qu'ils rompent le fourreau avec leur sixième paire de pattes thoraciques, comme le prétend le savant professeur d’'Heidelberg, tous ces jeunes Isopodes tombant dans la cavité générale du crabe, se trouveraient dans une nouvelle prison et, outre qu'ils seraient bien gênants pour

leur hôte, on ne voit pas pourquoi ils ne s’enkysteraient pas aussitôt comme leurs parents dans cette fameuse couenne inflammatoire si prompte à se produire.

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