R C = CH
L'acétylène rentrerait dans ce cas, R étant égal à H; pour les autres cas, R reste égal à C"H*" + *.
2^ Carbures acélyléniques substitués, répondant k la formule
R - C = C — R' R' pouvant être identique à R.
3° Les carbures biéthyléniques dont la formule peut être soit : R — C =C — C=:C — R
soit une formule analogue, les deux groupes éthyléniques étant séparés.
4^ Les carbures isoallyléniques ou alléniques répondant à la formule
X'X" et YY"' pouvant être remplaçables par deux H ou par un H et un résidu monovalent.
On pourrait ranger respectivement dans les mêmes classes les carbures qui possèdent soit deux fois le groupement fonctionnel acétylénique, soit quatre fois le groupement éthylénique, soit deux fois le groupement allénique.
Cette faconde considérer dans un carbure un groupe fonctionnel, en négligeant le reste de la molécule, me paraît très avantageuse ; on peut en déduire des conséquences très étendues. Il est certain, en effet, que dans chacun des groupes signalés, R peut aussi bien représenter un radical alcoolique qu'un radical aromatique, aussi bien un reste de carbure saturé qu'un reste de carbure éthylénique. 11 suffira de connaître les fonctions de ces groupes pour en déduire les propriétés chimiques de lamoleculetouteentiere.il est vrai que l'on devra tenir compte de Taction réciproque des groupements fonctionnels dans la même molécule, et, de plus, que cette action est très difficile à prévoir, au moins dans certains cas. Cependant aujourd'hui déjà Ton connaît un grand nombre de faits relatifs à cette influence réciproque : c'est ainsi, par exemple, que deux groupes carbonyles, comprenant entre eux un groupe CH*, communiquent à ce dernier des propriétés acides ; que les H attachés à ce carbone deviennent remplaçables par des métaux, et qu'un corps renfermant ce groupement décompose la plupart des carbonates. C'est du moins de cette façon que se comporte Tacétylacétone, comme Ta montré tout récemment M. A. Combes. De même l'on sait que la plupart des fonctions placées dans la position y, c'est-à-dire celle dans laquelle les atomes de carbone qui possèdent les groupements fonctionnels se trouvent séparés par deux autres atomes de carbone, ont tendance à réagir l'une sur l'autre, surtout lorsque Tun des groupes étant dans la position y est acide, l'autre groupe étant acide, alcool ou aminé.
Cette connaissance de l'action réciproque de deux fonctions dans la même molécule sera probablement longue à acquérir : il y aura à étudier non seulement toutes les fonctions, avec leur action réciproque, mais encore toutes les positions dans lesquelles il pourra y avoir réaction. Etant éclairé, d'une part, sur les propriétés d'un groupement fonctionnel, et, d'autre part, sur l'action que peuvent avoir sur lui des groupements identiques ou différents, dans les diverses positions qu'ils peuvent occupe^ l'un par rapport à l'autre, on pourra, cette étude une fois faite, supprimer la classe des corps à fonction mixte qui faisait suite à tous les chapitres fondamentaux de la chimie et ne laissait pas que d'embarrasser passablement. Pour les carbures acétyléniques, la tâche sera plus simple
que partout ailleurs; leur mode d'obtention exclut, en effet, certaines classes de corps ou présente une difficulté sérieuse pour quelques-uns d'entre eux. C'est ainsi que si Ton connaît des corps doués simultanément de la fonction acétylénique et de la fonction acide, alcool ou éther, on n'en connaît encore aucun qui possède la fonction aldéhyde ou acétone unie à cette fonction acétylénique-. Lors même d'ailleurs que la fonction acétylénique est unie aune autre fonction, elle n'en conserve pas moins ses propriétés fondamentales. Tel est, par exemple, l'éther propargylique de Liebermann (1), qui possède la propriété de précipiter les réaclifs cuivreux et argentique ; tels sont aussi l'alcool propargylique, l'acide acétylénocarbonique, et Taraidophénylacétylène. Cette propriété est due au groupement — C = C — H qu'ils renferment. M. Baeyer (2) a montré récemment que l'acide diacétylénomonocarbonique donne également la réaction fondamentale des carbures acétyléniques; il a constaté, de plus, qu'en s'accumulant dans une molécule, la fonction acétylénique la rend de plus en plus instable, à tel point que l'on obtient des corps explosibles, comme il arrive avec Tacide tétracétylène dicarbonique.
Pour ne pas m'exposer à des redites, je résumerai, dans cette introduction, l'étude générale des procédés d'hydratation des carbures tétratomiques ; puis, au commencement de chacune des classes que je viens de déterminer, je ferai l'historique de la question, développant surtout l'histoire de l'hydratation.
Hydratation. — Deux procédés sont employés pour l'hydratation des carbures tétratomiques; le premier n'est applicable qu'aux carbures acétyléniques vrais ou substitués : c'est le procédé de M. Kutscherow (3).
Il consiste à former une combinaison de bichlorure de mercure, de sulfate ou d'acétate avec le carbure acétylénique et à décomposer par l'eau le produit formé ; la réaction est illimitée, c'est-à-dire qu'une quantité donnée de bichlorure peut hydrater une quantité indéfinie de carbure. Appliquée à
(1) Liebermann, Liebig's Annalen, t. CXXXV, p. 266.
(2) Baeyer, Betnchte (18), p. 2269, 1885.
(3) Kutscherow, J9mcA^e, 17, p. 13.
l'acétylène, à Tallylène, à Téthylacétylène, au valérylène (éthylméthylacélylène?), celte méthodea donné, avecle premier de ces carbures, Taldéhyde éthyliqne, des méthylacétones avec les autres.
Le second procédé est applicable à tous les carbures tétratomiques ; il consiste à faire réagir l'acide sulfurique sur le carbure et à décomposer le corps sulfoconjugué formé par un excès d'eau : c'est surtout la méthode que j'ai employée. Jusqu'ici cette action n'avait été essayée que sur l'acétylène, l'allylène, Tisopropylacétylène, le valérylène et le diallyle. Je l'ai étudiée sur les heptylidènes, les caprylidènes, le dipropargyle, Téthylpropylacétylène, le tolane et le diallyle. Dans le cours de mes recherches, j'ai été conduit à étudier certains composés qui ne rentraient pas directement dans mon sujet. J'ai dû le faire cependant soit parce que le corps obtenu se rattache à un carbure acétylénîque, soit parce que les résultats se rapportaient à des faits encore en discussion. C'est ainsi que j'ai été amené à étudier les combinaisons cupriques et argentiques du caprylidène, après avoir constaté que ce carbure était acétylénique, que j'ai décrit le chlorure de caprylène, le caprylène monochloré, non encore connus ; l'hydratation du caprylidène m'ayant donné la méthylhexylacétone, j'ai comparé ce corps avec celui dont j'étais parti et j'ai pu établir, contrairement à l'opinion de MM. Staîdeler et de Pettersen, que l'aldéhyde caprylique est bien une aldéhyde. L'oxydation du produit de l'hydratation de Toenanthylidène m'a permis de fixer la constitution de l'aldéhyde œnanthylique, etc...
Avant de passer à la description des résultats qui font l'objet de ce sujet, qu'il me soit permis d'exprimer à mon maître, M. Fricdel, ma profonde gratitude pour son extrême bienveillance. C'est lui qui m'a inspiré le sujet de ce travail; ce sont ses conseils de chaque jour qui m'ont aidé à mener à bien la tâche que je m'étais imposée. Je dois également remercier ici mon camarade, M. Auger, qui m'a facilité les recherches bibliographiques, et mon excellent ami, M. Foulard, dont la complaisance infatigable ma été d'un grand secours dans nombre de préparations.
CARBURES ACÉTYLÉNÏQUES