‹ Contributions à l'étude des romans de la Table rondeChapitre 20 sur 71 · Bledri (Breri). — Blegobred · texte numérisé non relu

Bledri (Breri). — Blegobred

On ne connaît authentiquement aucun auteur de mabinogionm de romans gallois arthuriens. Il y en a eu sûrement plusieurs. Comme je le montrerai plus bas (IV, ni), le premier qui mit par écrit Kulhwch et Olwen n'a pu écrire le mabi-

1. Branwen : Llyma yr cil geincor mabinogi', Manawvddan : Llyma y dryded geint or mabinogi; Math : bom yw v bedwared gtinc or mabinogi.

34 /• Loth

nogi, pas plus que le Songe de Rbonabwy ou le Songe Maxen, ni l'Aventure de Lludd et Llevelys, ni les trois romans d'Owen et Lunet, Peredur, Gereint et Enit.

Les Iolo mss. donnent bien comme auteur de Mabinogion un certain Ieuan ap y Diwlith, mais il ne vivait pas au xiie siècle, comme on l'a prétendu; il était fils de Rhys ah Rhiccertqui, d'après Stephens, florissait vers 1380 '.

Un personnage beaucoup plus important, c'est le Bledhericus de Giraldus Cambrensis : famosus Me Bledhericus fabulator qui tempora notra pauloprœvenit. On sait que Thomas dans son Tristan se réclame de l'autorité de Breri 2.

Breri pour Bleà-ri est sûrement- le Bledhericus de Giraldus Cambrensis. La graphie de ce dernier représente, en faisant abstraction de la terminaison analogique en -icus, à peu près la prononciation galloise : il s'est glissé entre la spirante cï et r une voyelle de résonance qui se retrouve dans d'autres transcriptions et a fini par former syllabe : cf. Graelcn pour Gradlon, en passant par Graôbhn (phénomène qui s'est produit aussi pour ce nom en Armorique et en Cornwall). Bled-ri est le nom d'un évèque de Llandav nommé à ce siège en 983, célèbre par son savoir et son zèle pour l'instruction \ On trouve justement son nom dans l'appendice I de l'édition de G\v. Evans, p. 303, sous l'intéressante forme Bletberi.

Il n'est donc pas douteux qu'un Bledri (Breri) n'ait existé, grand auteur de récits ou de compilations légendaires, mais comme je l'insinuais dans la première édition de mes Mabinogion (I, p. 21), il n'est pas le moins du monde certain que Thomas se soit inspiré directement de lui : il met simplement sa version sous le patronage de la meilleure autorité indigène. Récemment, miss Jessie L. Weston a fait connaître un nouveau document intéressant Breri (BUchri). Le ms. dddit.

1 . Littéral, qf the Cymry, p. .|o<S. Stephens se fondant sur la description exacte, prétend-il, de Cardiff dans Gereint, suppose qu'il était Fauteur du roman, ce qui est incompatible avec la date de rédaction de cette oeuvre.

2. V.Gaston Paris, Histoire lin. de France, XXX, p. 10. Cf. Introduction .1 m.; n.id. des Mabinogion.

3. The Book 0/ Llandav, éd. Gwen. Evans — John Rhys, Oxford, 1893 p. 217-252; 312; 352.

Romans de la Table ronde. 35

36614 du British Muséum qui nous donne la continuation du Perceval de Chrétien par Wauchier de Denain, contient le curieux passage suivant : décrivant le Petit chevalier qui gardele bouclier magique conquis par Gauvain, Fauteur dit :

Deviser vos voel sa leiture Si com le conte Bleheris Qui lu nés et engenués En Gales dont je cont le conte lu qui si le contoit au conte De Poitiers qui amoit l'istoire Et la tenoit en grant mémoire Plus que nul autre ne laisoit.

Ce Bleheri gallois (cf. plus haut Bletheri), évidemment le Breri de Thomas et le Bkdheri(cus) de Giraldus, aurait donc transmis directement ses récits à un comte de Poitiers. La famille de Poitiers a été longtemps en relations très étroites avec la famille royale d'Angleterre. Jessie L. Weston suppose qu'il s'agit de Guillaume III, qui mourut en 1 137 '. D'après d'autres manuscrits qui, il est vrai, ne mentionnent pas Bleheris, la transmission se serait faite par écrit. Si on acceptait à la lettre l'assertion de Wauchier, il en résulterait que la transmission de la matière de Bretagne, pour un poème important, se serait faite directement d'un Gallois à un Français par écrit ; qu'en outre, ce que j'établirai d'ailleurs plus bas à propos de Kulhwch, il a existé des romans arthuriens avant Thomas et Chrétien.

Wauchier, qui écrivait, si on admet la date fixée à l'existence de Bleheris par Jessie L. Weston, plus d'un demi-siècle après son auteur, n'est probablement pas plus sincère que Thomas. Il saute aux yeux que L* oeuvre de Wauchier repose directement sur une source française : la forme des noms, les mœurs, la composition, tout le prouve. Que cette source française remonte pour une part importante jusqu'à un certain Bledri, que ce Bledri ait même été en relations avec un comte de Poitiers, c'est possible.

En tout cas, si Jessie L. Weston s'est quelque peu exagéré

1. Wauchier de Denain and Bleheris (Romania, 1905, p. lOû-105).

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la valeur et les conséquences du témoignage de Wauchier, il

n'en est pas moins très digne de remarque.

1 e Blegobred de Gaufrei de Monmouth (Historia, 111, m), roi n'es chanteurs et des poètes, est un personnage fabuleux qui n'a rien à faire, quant .m nom, ni autrement, avec Bleâri, m. lis on peut se demander si Gaufrei n'a pas confondu deux personnages portant le même nom ou donné à un personnage relativement moderne des traits légendaires,

l'avais déjà ' signalé, sans y attacher autrement d'importance, la parenté du nom de BUgobred avec celui de Blegywryd, archidiacre de Liandav, jurisconsulte et savant éminent, qui fut chargé par Howell Dda de la rédaction du code de lois qui

porte son nom', la forme du nom, précisément dans le I ivre de l.landav,est intéressante : Bled-CUUrtt, p. 23OJ BUdctt'niKy. 210. 11 est probable que la l'orme préférable est /)/<'</cuurii pour Bleâ-cobrii qui serait la forme vieille-galloise. Cependant Bled-cobrii donnait à l'époque de transition de nombre de chartes du Livre de Liandav (xi1' siècle), />/<</- (in il, Bleâ-cyvryt, puis Bled-gyvryt. C'est Bleâ-àurit qui peiit-

ètie .1 ete mal lu par le copiste Bleâ-CUVfii \

Ce Bkâ-CtVUrit qui est parmi les laïci et diffère de l'archidiacre >, parait avoir été un personnage très célèbre. Dans nue charte portant la date de 000 (B. of Liandav, p. 21S- 219)1 >1 est lait mention de lui dans des termes analogues à ceux dont Giraldus se sert à propos de Bledhericus : 'l'une affuit famosissimus ille vit Bledcuiril filins Enniaun. Il signe parmi les /.//./.après le roi Nogui et Bledruis, le donateur, dans une autre charte (p. 222). Liés malheureusement, ou ne nous dit p.is pourquoi ni en quoi il était hunosissiiiiiis.

Je nie demande si le Blycberis qui joue le rôle de Bkheris ne représente pas une tonne de ce nom : Bled-cobrit, connue le montre le Blegobrtl de Gaufrei, a pu se trouver

sous une tonne Ble(d)gobril qui a pu en français donner

i. Les M 1 p

\iKiiim 0\\>.n tand lnsiitntt-< oj WaltSy I, p. \\\.

; Cependant Bltgywryi pourrait faire suppose! un doublet /ï/,-,,

1 l e Bltdcuurit de la page 130 est parmi les cïtrici.

Romans de la 'fable rat 37

IUi'oh(e,)ris. La remarque de Gi raidir, a pro; • n Bledhe-

riais (qui l'tuilo tempora nostra praevenit) conviendrait parfaitement à ce personnage.

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