‹ Contributions à l'étude des romans de la Table rondeChapitre 23 sur 71 · Toile fine · texte numérisé non relu

Toile fine

4. Livre Blanc, p. 457; cf. trad. 198. Le Livre Rouge, p. 104, n'a pas yssydynt genhym.

5. V. Introduction à ma nouvelle trad. des Màbinogion. Les corrections qu'il indique avaient déjà été faites par moi (Màbinog. irc édition, p. 331, note a la page 78, 1. 1 ; trad. p. 140. Cf. Métrique galloise, II, 1, p. 237).

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Il n'est pas inutile d'ajouter ici que certaines graphies, surtout en construction syntactique, n'ont pas de valeur au point de vue chronologique, quoiqu'elles aient une apparence archaïque, par exemple : ym penn, ym blaen se trouvent dans des textes plus récents que d'autres qui présentent ym benn, ymîaen. De même fynnawn paraît plus récent quefynkawn : or, finnaun se trouve dans le Book ofLlandav, dans des mss. anciens de Xennius. Cimer apparaît au ix< siècle dans les notes marginales à l'évangéliaire de Saint-Chad à Lichlïeld, tandis qu'au xnc et même au XIIIe siècle, on a cymher. De même, la présence, sporadiquement, d'occlusives sourdes intervocaliques au lieu de sonores, que l'on considère généralement comme un trait de vieux-gallois (Livre Rouge : dwyteu pour clwydeu) ne prouve rien : ou cela marque une certaine hésitation dans l'articulation ou un trait dialectal : aujourd'hui encore en Glamorgan, au moins dans l'Est, l'occlusive suivant immédiatement une voyelle accentuée est nettement sourde; seule, l'occlusive intervocalique prétonique est sonore. Il est très vraisemblable que la prononciation des occlusives intervocaliques, sur bien des points du pays de Galles, au xii-xinc siècle, n'était pas encore nettement sonore.

Il y a aussi parfois trace de la tradition orale, souvent dissimulée par l'écriture : Peu. 4 Annum (L. Rouge, 14, 25, Annwvyn). C'est particulièrement remarquable dans Pen. 7 : p. 612 y dwawt (y dywawt) : c'est la forme la plus fréquente, p. 614, afhiasbedein (ath âiaspedein) ; p. 616 varglwyd (yy arg- Iwyd); 623 tivllodnis; p. 609, 611 gwassaneth.

La langue même peut fournir quelques utiles indications au point de vue chronologique. Pen. 4, et Pen. 6 sont, en général, plus fidèles à l'archétype que le Livre Rouge '. Ace point de vue, c'est encore la version de Kulhwch de Pen. 4 qui offre le plus d'intérêt et se rapproche le plus de la poésie archaïsante du XIIe siècle. On peut y signaler : i° un verbe qui, à ma connaissance, ne se trouve nulle part ailleurs : amkitwd, il dit; 2° l'emploi de kul, où, qui ne se trouve qu'en poésie au xnc siècle; }° l'emploi des formes passives en

1. Sur ce point, v. Introduction à ma nouvelle traduction des Màbinogion.

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-awr {Livre Blanc, 479 : nyn yscarhawr; 475, nyn llaàawt) ; 40 la construction de la comparaison avec la particule noc, no (cette particule y est en tête ') ; 50 l'emploi de la copule oed avant l'attribut : oed melynach v fenii...; oed gwynnach y chnawd... ; oed gwynnach... 2.

Si, d'après ces remarques, la première rédaction par écrit de Kulhwch et Olwen paraît antérieure à celle même du mabinogi (Pwyll, Branwen, Manwwyddan, MatJi), elle est, en revanche, moins archaïque que lui dans la mise en œuvre des matériaux, leur agencement et l'esprit qui y règne. Kulhwch et Olwen occupe une place à part et, à certains points de vue, proéminente parmi nos récits. Ce .qui frappe tout d'abord, quand on le compare au Mabinogi, c'est que, comme dans le Songe de Ronabzvy, Arthur est la figure dominante; c'est lui qui par son pouvoir, appuyé sur des guerriers et serviteur aussi remarquables par leurs pouvoirs magiques que par leur audace, mène à bien les plus difficiles quêtes. Sa cour est le centre du monde : elle réunit tout ce que le narrateur connaît de peuples : Bretons d'Angleterre, Anglos-Saxons, Irlandais, Normands, Bretons d'Armorique, Français. Beaucoup plus encore que dans Ronabwv, Arthur est le maître d'un monde fantastique, nettement celtique, mœurs et traditions. Sa cour ne ressemble en rien à la cour de l'Arthur des romans français du xne siècle, où règne l'amour courtois, les manières raffinées, le langage élégant, la bonne tenue qui distinguent les chevaliers de la Table Ronde. C'est une assemblée incohérente de personnages disparates, d'êtres fantastiques et surnaturels, pris de droite et de gauche dans des traditions de toute espèce, et groupés artificiellement autour du héros national, devenu surtout un personnage de féerie.

C'est là ce qui constitue l'originalité propre de ce roman et lui donne une place intermédiaire entre le mabinogi et les romans français. Tous les cycles sont mis à contribution et mêlées au profit d'Arthur. Aucun personnage historique du

1. P. 476 : no bronn alarch gwynn oed gwynnach ydwy vron. Cf. L. Aneurin. F. a, B. oj Waîes, II, p. 96 : noc a dele...

2. Cf. la construction de la copule avec l'attribut erj vieil-irlandais (Vendrves, Gramm. du vieil-irl., £Ç 573).

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xiic siècle n'y apparaît, ce qui n'est pas le cas pour le Songe de Ronahuy, qui ne peut être antérieur au milieu du xir siècle. Il va sans dire, d'après ce qui a été exposé plus haut, qu'il est antérieur aux romans français. Il est d'ailleurs évident que si l'auteur les avaient connus, il n'eût pas hésité à enrichir sa galerie en introduisant à la cour d'Arthur les Calogrenant, les Sagremor, les Mabonagrain et autres. Sa géographie est purement galloise, et aussi précise, aussi détaillée, que celle des romans gallois d'influence française l'est peu. Kei n'a rien du Keus de ces romans; c'est toujours le guerrier redoutable, à moitié fabuleux du Livre Noir et de certaines poésies de la Myv. arch. Et le fait est d'autant plus digne de remarque que la note ironique y apparaît. On y sent déjà la parodie, comme dans le morceau irlandais connu sous le nom de Festin de Bricriu, ou encore dans Cuchulainn malade et alité1. La liste des saints gallois était interminable. Les dieux ou héros qui ne s'étaient pas trop compromis dans l'Olympe païen ou qu'il eût été inutile ou dangereux de noircir dans l'esprit des populations christianisées, étaient passés, en général, au rang des saints. Pour tout simplifier, on les avait divisés en trois catégories : ils descendaient soit de Caw soit de Cunedda, soit de Brvchan. Notre auteur favorise la famille de Caw et l'enrichit de noms inattendus, par exemple : Dirmyc, mépris; Etuixe, admiration; Konnyn, roseau ; Mal'sant, saint patron; Llwybyr, sentier; Kakas(Chakasy, neb, quelqu'un, n'importe qui! L'intention satirique ou plaisante est également marquée dans certains noms de l'invention de l'auteur, comme Nerth, force, fils de Kadarn, fort; Llazor, sol, fils d'Env, sillon; Hengroen, vieille peau, cheval de Kynnwyl; particulièrement dans les noms des chevaux, femmes, filles, et fils de Cleddyv Divwlch (trad.des Mab., I, p. 220) 2.

1. D'Arbois de Jubainville, L'épopée celtique en Irlande, pp. 80-146. On peut comparer dans Cuchulainn malade (ibiJ., p. 177) la peinture des femmes d'Ulster et surtout celle de Cuchulainn irrité à celle de personnages grotesques de la cour d'Arthur (v. ma trad. des Mabinogion, I, p. 219).

2. La parodie proprement dite ne devient un genre que beaucoup plus tard : cf. J. Loth, Une parodie des Mabinogion (Revue Celt., XIX, 308).

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Les mœurs ne sont pas atteintes par la civilisation française du xne siècle. On sent cependant quelque changement dans la conception que se font les guerriers de leur chef. Les compagnons d'Arthur paraissent choqués à la pensée qu'il va se colleter avec la sorcière : ce ne serait pas convenable. Ils trouvent aussi qu'il est au-dessous de lui d'aller à la recherche de certains objets de trop mince importance et le renvoient poliment à sa cour de Kelliwiç en Kernyw. Ses officiers commencent à rougir de certains emplois qui leur paraissent compromettants pour eux et de nature à faire tort à la réputation de générosité d'Arthur. Glewlwyd veut bien faire le portier au premier de l'an, mais le -reste de l'année, ce sont ses subordonnés qui remplissent ce rôle : trait de mœurs qui se retrouve dans Owein et Lunet. Glewhvyt fait l'office de portier ou plutôt d'introducteur des étrangers, mais de portier, il n'y en avait pas l. Dans le poème du Livre Noir consacré à Kei, Glewlwyd, au contraire, se présente hardiment comme portier.

Les mœurs sont au fond païennes, malgré des influences chrétiennes.

L'armement de Kulhwch est plus nettement celtique que celui même des guerriers de Ronabwv. Comme Eocho Rond, dans le morceau épique irlandais de Y Exil des fils de Doel2, il porte deux javelots, une lance, et au côté une épée à poignée d'or. -Les deux javelots sont caractéristiques de l'armement des anciens Celtes5. Cet armement ne rappelle en rien celui des chevaliers d'Owen et Lunet, Peredur, et Gereint et Enid.

Un autre trait de mœurs véritablement archaïque, c'est l'évaluation de la valeur des pommes d'or du manteau de Kulhwch et de l'or de ses étriers et de ses chaussures en vaches (Mabinog., trad. I, p. 192-193 et note 2) : chacune des pommes vaut cent vaches. C'est encore la façon de compter dans les Lois galloises, rédigées au Xe siècle.

Si on rapproche ces observations des particularités de langue

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