‹ Contributions à l'étude des romans de la Table rondeChapitre 24 sur 71 · D'Arboisde Jub., L'épopée celt. en Irlande, p · texte numérisé non relu

D'Arboisde Jub., L'épopée celt. en Irlande, p

3. J. Loth, Un trait de l'armement des Celtes, Revue Celt., 1910.

Romans de la Table ronde. 4$

relevées plus haut, on arrive à placer la rédaction première de ce roman dans la seconde moitié du xie ou le commencement du xne : on ne saurait la faire remonter plus haut. Il y a un souvenir confus d'Alain Fergent (Flergant, roi de Llydaiv, Armorique), duc de Bretagne de 1088 à 1109. On y remarque aussi un emprunt français significatif : c'est gleij (gleîv) au lieu de gwayw, lance; français glaive, qui au xne siècle avait ce sens (v. trad. des Mal., I, p. 191, note 1 et noies critiques). Or, le contact entre la civilisation galloise et la civilisation française n'a guère eu lieu que dans la seconde moitié du xie siècle. Il n'est pas hors de propos de rappeler qu'Alfred Nutt a aussi signalé {The MaUnogion, p. 342) certains traits de ressemblance entre Kulhwch et Oliven, et aussi le Songe de Renabwy, avec des compositions irlandaises du xie siècle, comme la Destruction de Vhôtel de Dâ Dcrga, l'Ivresse des U lûtes ou hommes d'Ulster, le Festin de Bricriu.

Quoiqu'il y ait dans Kulhwch des noms de héros irlandais, comme Cnychwrfils de Ness (Conchobar mac Nessa) et d'autres, l'influence des auteurs irlandais ne me paraît pas sensible. Il y a eu à toute époque des relations amicales ou hostiles entre Gaëls et Battons. Elles ont été particulièrement actives pendant l'existence si troublée du roi de Nord-Galles, Gruffydd ab Cynan (1075-1137). Fils d'Irlandaise, il avait passé sa 'jeunesse en Irlande ; c'est en partie avec des forces irlandaises qu'il avait conquis sa couronne ; chassé de nouveau, c'est en Irlande qu'il avait cherché un refuge, et c'est d'Irlande, avec l'appui des Irlandais, qu'il put retourner en Galles et triompher définitivement de ses ennemis. C'est probablement pendant son règne que certaines légendes, comme celle de Cûroi mac Daire, furent empruntées par les bardes gallois aux chanteurs irlandais '.

Au point de vue littéraire, Kulhwch est hors pair. Il dépasse en intérêt aussi bien le Mabinogi que les trois romans d'Owen et Lunet, Peredur, Gereint et Enid, par la variété des épisodes, le merveilleux des aventures, et surtout par la poésie de la langue. L'expression est imagée et vigoureuse ; la

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