Livre de Taliessin, F. a. B. II, p
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construction plus souple, plus nerveuse, moins encombrée de liaisons notamment que dans les romans d'influence ou d'adaptation française. Cette prose est assez près de la poésie '.
Kulhwch mérite tout autant l'attention au point de vue de la composition. C'est le plus considérable des romans purement gallois; il est sensiblement plus long qu'aucun des trois romans, notamment qu'Owen et Lunet. Or, malgré quelques incohérences dues probablement au copiste, il surpasse en unité de composition sûrement Peredur et même les deux autres. Le rédacteur, dans le Livre Blanc, a mis parfaitement cette unité en relief par le titre même : Coin nient Kulhwch obtint Olwen. Cette constatation suffit à réduire à néant une théorie très répandue surtout parmi les romanistes, et qui a particulièrement cours au sujet de Tristan : c'est que, si les épisodes dans les romans arthuriens sont celtiques, si la matière est bretonne, la mise en œuvre ne l'est pas : la trame des romans serait française, et les Français seuls auraient été capables de donner une unité plus ou moins accentuée à des épisodes, on dit volontiers des lais, indépendants les uns des autres. Kulhwch prouve que les Brittons Je Galles n'avaient nul besoin d'aller à l'école des conteurs trançais ou de s'inspirer de modèles français pour arriver à composer des romans aussi nourris et au moins aussi bien ordonnés.
L'art incontestable qui apparaît dans les narrations est tout aussi indigène que celui des poètes lvriques gallois, si parfaitement national et si raffiné; ce sont sûrement des bardes ou des lettrés appartenant à la même école littéraire qui ont mis ces traditions par écrit *. Comme l'a soutenu Alfred Nutt, les Gallois, au point de vue nar-
i. La Langue est particulièrement remarquable dans le dialogue; les mots s'y croisent entre les interlocuteurs avec la rapidité des chocs d'épées dans un duel. Le dialogue en vers est représenté par trois poèmes dans le Livre Noir et parait avoir été un genre en faveur, destiné, sans doute, comme certains morceaux lvriques, à couper et relever les récits légendaires en prose aux moments les plus dramatiques.
2. Les artistes, les bardes surtout, sont mis sur le même pied que les fils de rois, dans Kulhwch (trad. I, p. 193-194).
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ratif, l'emportent aussi bien sur les Irlandais que sur les Français.
Il est même remarquable que Owen et Lunet, Peredur, Gereint et Enid sont supérieurs aux romans français correspondants, aussi bien au point de vue de la composition qu'au point de vue narratif. Chez les Français, le récit se déroule lentement, terne, incolore, embarrassé de maladroites répétitions, de digressions inopportunes; chez les Gallois, la narration est vivante, claire, rapide, mettant en relief avec un sûr instinct artistique les traits de nature à produire un effet pittoresque. Le conteur, comme le barde, excelle à condenser dans un mot imagé, ce que le poète français délaie dans plusieurs vers '. L'ancienne littérature d'Europe, au xne siècle, n'offre rien de comparable au Songe de Maxen et au Songe de Ronabwy, œuvres sorties tout entières de l'imagination de conteurs gallois. La conception en est originale. Le récit témoigne d'un vrai talent descriptif, le Songe de Ronabwy surtout. Le héros s'endort, et, en rêve, il est transporté au temps d'Arthur, à son époque la plus brillante, où les héros paraissent avec des proportions surhumaines; il assiste au défilé de ses troupes dont il dépeint l'aspect, l'équipement et la marche avec une incrovable richesse et précision de détails. Le cadre est habilement choisi et l'idée maîtresse vraiment originale. Tout le début est d'un réalisme étrange, empreint de couleur locale, que l'on dirait moderne.
Les quatre branches dit Mabinogi représentent mieux que Kulhwch la pure tradition des conteurs indigènes et le type ancien des compositions celtiques. Les quatre morceaux
1. A l'appui de son argument, Alfred Nutt compare le début si pittoresque de la Dame d,- la Fontaine jusqu'à la fin du récit de Kynon, au début de l'Yvàin de Chrétien. Il est certain que la comparaison est tout à l'avantage du conteur gallois. En revanche, il y a un passage charmant dans le Perceval de Chrétien qui manque dans Peredur : c'est la promenade matinale de Peredur adolescent dans la forêt. Ht cependant nulle part, le sentiment de la nature n'est aussi profond que chez les bardes gallois. D'ailleurs le conteur gallois n'exprimait-il pas en un mot ce qu'a développé Chrétien, lorsqu'il nous montre son héros partant dans la jeunesse du jour}
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forment pour l'auteur un tout, un seul Mabinogi. Or, le lien qui existe entre la branche de. Branwen et celle de Manawyddan, est insignifiant entre celles de Manawyddan et de Math. On peut, à la vérité, distinguer dans le Mabinogi et ses branches des cycles qui se sont mêlés et confondus x; mais il n'y a cependant là rien de comparable au bouleversement de la plupart d'entre eux et à leur groupement au profit du seul Arthur comme dans Kulhwch. La matière de Bretagne n'y paraît pas entièrement dominée par la légende arthurienne telle que nous la trouvons développée dans l'île de Bretagne et sur le continent dans la seconde moitié du xne siècle. Quoique Kulhwch ne doive rien à l'influence de Gaufrei deMonmouth et qu'il soit clairement antérieur à VHistoria, il appartient à une période caractérisée par des tendances analogues2. Comme il est sûr néanmoins que la rédaction de Kulhwch est au moins aussi ancienne, plus ancienne même que celle du Mabinogi, il n'est pas douteux que l'auteur de ce dernier cycle ne fût parfaitement au courant des traditions arthuriennes de son temps. S'il ne s'est pas laissé influencer par les tendances à la mode, si puissantes à une époque d'extrême exaltation nationale, c'est que les récits qu'il mettait par écrit appartenaient à une tradition orale depuis longtemps fixée, qu'il n'était pas permis d'enfreindre ni de transformer. C'est une œuvre classique, et impersonnelle en quelque sorte; Kulhwch est ,une œuvre nouvelle et personnelle. La rédaction du Mabinogi ne saurait être antérieure ni postérieure à la seconde moitié du xne siècle 3. Le Songe de Maxen, l'aventure de Lludd et Levelis sont postérieurs à Gaufrei; le Songe de Ronabwy a dû être écrit peu après le milieu du xnc siècle, vraisemblablement.
i. M. Anwvl a tente de les distinguer dans une longue analyse : 77.v four branches of the Mabinogi (Zeitschrift fur Celt. Phil., I, p. 2-- ; II, p. 124; III, p. 123).
2. Gaufrei a trouvé sûrement une légende arthurienne déjà constituée en Galles (et en Cornwall) avant lui. Il y a ajouté, il a modifié, taillé à sa guise dans une matière qu'il n'a pas inventée de toutes pièces. Il a cependant un certain nombre defaux a son actif.