A Complète parochial bislory oj Cornwall, IV, p
2. Principal Landowners in Cornwall in 1165-66. — Cornish Landholders in Cornwall circa 1200 (Journal of the Royal Inst. of Cornwall 1890-1891). Le nom de Bleri dont Thomas invoque l'autorité se retrouve dans Tre-Bleri en Davidstow non loin de Tintagel, — Il ne faut pas perdre de vue que holt signifie bois eu anglo-saxon.
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quête normande, L'anglais était en Galles une langue étrangère.
Il ne saurait naturellement être question d'anglais en Armorique. Les Bretons jouissent d'une autonomie complète. Le français n'avait jamais cessé d'être la langue des pays rennais et nantais de l'intérieur; les deux langues bretonne et romane axaient continué à être parlées dans une large zone, dans l'est du territoire occupé par les Bretons. Pour des raisons que j'ai données ailleurs, dans cette zone, le français tendait à dominer. Au xnc siècle, le français était la langue des souverains et d'une bonne partie de l'aristocratie. La culture française prenait le dessus. Le français était sans doute connu de la plupart des chefs bretons qui passèrent en Angleterre avec Guillaume le Conquérant, et aussi de leurs soldats. Un bon nombre étaient de la zone de langue française.
Il faut être vraiment bien peu au courant des choses de Bretagne et ignorer les points fondamentaux de son histoire pour aller chercher, comme l'a fait Zimmer, une explication de ce fait dans une prétendue conquête des Normands de Neustrie amenant la francisation d'une partie des Bretons : le français était aussi bien chez lui, dans une partie notable de la Bretagne, qu'en Normandie1. Quant aux jongleurs bretons, ils suivirent sans doute leurs maîtres outre-Manche. Nul doute aussi qu'ils n'aient fréquenté les châteaux d'autres provinces françaises, Normandie, Anjou, Champagne.
Tout autre est l'état des choses en Cornwall.
Le Cornwall ne formait qu'un tout avec le Devon, jusqu'au commencement du VIIIe siècle. Dans les premières années de ce siècle, le Devon fut occupé par les rois de Wessex. Les progrès de la langue anglaise paraissent y avoir été rapides. Dans une charte de 739 concernant un don en terres du roi Aethelward à l'évèque loncherne, en Devon, les noms de terres et de champs sont saxons (de Gray Birch, Chart. saxon., IV, n° 133 1). Au ixc siècle l'élément saxon y joue un rôle prépondérant. Cependant, dans une charte de 938
1. Sur les deux langues bretonne et française en Armorique je ne peux que renvoyer .1 mon étude : Les langues romane et bretonne eu Armorique Celtique, XXVIII, 374).
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(ibitl., n" 721) parmi les noms de terre-, autour de Culmstock en Devon, deux sont encore incontestablement bretons. II résulrait même du testament d'Alfred le Grand (880-885) Q1^ les quatre comtés du sud-ouest, Dorset, Somerset, Devon et Cornwall, étaient encore considérés comme étant de Wtalcyn, c'est-à-dire faisant partie de la famille bretonne (Harlc, Handbook to Land-charters, p. 144)- Quoi qu'il en soit, le Cornwall se trouve isolé au VIIIe siècle. Il est entamé an [Xe, car Alfred le Grand possède des terres en Cornwall, notamment dans le pays qu'il appelle Tricùnscire qui a formé la liundred de Trigg (pour Triger) et comprenait sans doute aussi celle de Stratton. La conquête est complète et définitive au x" siècle sous Aethelstan (Aethelstan est à Exeter en 926). Les propriétaires de terres sont évincés ou saxonisés. Rien ne marque mieux les progrès de l'élément saxon qu'une charte de 938 en faveur de Saint-Petroc de Bodmin : les noms de terres de Nywanton (Newton en Cornwall) sont anglais. Les vassaux d'origine bretonne des rois de Wessex, soumis au nouvel ordre de choses, prennent des noms saxons. Le bénéficiaire d'un don de terres du roi Eadgar en 967 (de Gray- Birch, Chart., n° 1197) s'appelle Wulfnod Rumuncant (pour Rumanton ?) : Wulfnod seul est saxon. Un autre fidèle du même roi, auquel il octroie des terres en Cornwall, en 969 (//>/</., n° 1 23 1), porte le nom de Aelfheah Gèrent et sa femme celui de Moruurei : rien de plus comique que Gèrent etMoruurei, et de plus saxon qu' Aelfheah. Des esclaves, en revanche, portent des noms saxons aux Xe et xi siècles '. L'état des personnes et des terres, à la tin du XIe siècle, est mis en pleine lumière par le .Domesdav Book. Tous les propriétaires' de terres avant la conquête, moins trois, Caduiulant, Blethu, et Griffin, sont des Saxons. Beaucoup de manors ont des noms anglais :
Aissetone, Alvevacote, Alwaretone, Be-wintone, Bichetone, Bellesiloiic, Bennarton, Betnaecote, Beveshoc, Boietone, Brecelesbeorge,
1. Charte de Byrhtricen 970 (de Gray-Birch, Chart., n° 1250) : il libère Ribrosi (comique) et Hwile (saxon). De même pour quelques-uns des libérés Jus Manumissions on the Bodmin Gospel ( Revue Celt., I, p. 3 1- ).
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Brodehoc, Calwetone, Carnetone, Cbilcbetone, Clismestone, Conarditone, Croftededor, Dunhevet, Fuwinlone, Forcbetestone, Glustone, Cudiford, Helstone, Henlistone, Hiltone, Horniccote, Languitelone, Lanscaveton, Lisnestocb, Macretone, Maronecircbc, Mideîtone, Mortune, Neotestov, Niwetone, Nortone, Orccrt, Otreham, Paittonc, Peddcford, Pigerdone, Piletone, Pochehelle, Pondestoch, Rie! loue, Risleslon, Si rat ton, Taveslocb, Ted'uitonc, Telbrîg, Trenieton, Ullaveston, Uhiodcston, JFadefeste, IValesbrau, Wescote, Widcwol, Wilewrde, JVitcmol, JViteslcm. Il y en a environ soixante. Quelques-uns de ces manoirs se trouvent à l'extrémité même du Cornwall. Au moment de la conquête, quoique le peuple continuât à parler comique, l'anglais était répandu un peu partout. C'était de plus la langue officielle \
La conquête normande introduisit en Devon et en Cornwall, comme ailleurs, un bon nombre de Français, seigneurs, vassaux et soldats. Ce qui est particulièrement important pour notre sujet, c'est que parmi eux on compte une fraction importante de Bretons. Les Bretons avaient pris une part très active à la conquête et en avaient recueilli aussi les fruits. Raoul de Gaël (ou Wadcï) avait reçu à lui seul le royaume d'Est-Anglie. Brient et Alain le Roux, fils d'Eudon de Penthièvre, de la maison ducale de Bretagne, obtiennent des terres considérables : Alain le Roux devient comte de Richemont; ; Brient qui commandait les troupes dans la bataille contre les fils de Harold, devait être, avec le comte de Mortain, le personnage le plus important du Cornwall. Son neveu, Alain le Noir 2, qui avait épousé Berthe, fille du duc Conan III,
i. La conquête définitive du Cornwall paraît avoir amené rapidement la décadence du bardisme. Dans le Vocabulaire comique du commencement du xiiic siècle qui copie un manuscrit du xne, barth (banl) est glosé par mimus vel saura. Chez les Gallois indépendants à cette époque le bardisme était très honoré ; les bardes occupaient un rang officiel et appartenaient à l'aristocratie.
2. Alain le Noir était le deuxième (ils d'Etienne Ier, comte de Penthièvre et héritier légitime du comté de Richemont, fondé par Alain le Roux, fils d'Eudon le Vieux de la maison de Penthièvre, branche de la famille ducale de Bretagne. Alain le Roux avait eu un commandement important dans l'ar-
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et devait, s'il avait vécu, devenir duc de Bretagne, dans une charte de 11455 fait donation de terres qu'il dit tenir de son oncle Brient et se donne le titre de cornes Britanniae, Cornubiae cl Rûhemontis (Oliver, Monasticon, p. 32). D'autres Bretons sont propriétaires en Cornwall ; par exemple, fovinus, Wihumar, Blohiu (mal lu Blobin), Juthael de Totems. La famille de Dinan ne figure pas dans le Domesdav-Book pour le Cornwall, quoique des Dinan aient pris part à la conquête1. Au xir siècle les Car-dinan sont des personnages considérables dans le pays. Suivant Oliver (Monasticotî), p. 339, le prieuré de Tywardreath aurait été fondé par un membre de cette famille, qui, il est vrai, devait être Normand. Il semble que les Dinan descendants de la famille bretonne de ce nom ne soient entrés en possession de Cardinan et des biens de cette famille que par alliance et un peu plus tard. En Devon, on relève les noms de Raoul de Fougères, Alvred le Breton, Wïhuenec 2, Hervé de Helion, Ruald, grand propriétaire, et surtout Iuthael de Totenes, le plus riche propriétaire du Devon. Ce n'est pas sans doute par un pur hasard que Marie de France fait aborder le héros armoricain Elidue qui va chercher aventure en Angleterre, à Totenes même : il va de là se mettre au service du roi d'Rxcestre (Exeter). Dans des chartes de la
mëe de Guillaume à Hastings. Il est continuellement confondu pur les historiens anglais, même par Freeman, qui paraît médiocrement au courant des choses de Bretagne, avec Alain Fergent, duc de Bretagne, qui fit la guerre à Guillaume le Conquérant en personne, après la conquête, le força à rêver précipitamment le siè^e de Dol, et ensuite épousa une Je ses filles.
1. Geoffroy de Dinan, en 1 122, donne deux manoirs, Notlmella et Helpefort, en Devon, à Marmoutier (CalenJars 0/ Documents France, F p. 427). Fa même année, Alain lils de Flaald, donne des terres en Angleterre, à Saint-Florent (ibid., p. 414). En 1080-1108, Guillaume, fils de Rivaîlon de Dol, a des démêlés au sujet de terres sises en Angleterre (ibid., p. 405). En 11 50 un accord est signalé entre Geoffroy, archevêque de Dol, et Alan fils de Jordan, qui doit être le propriétaire du Devon, vir slretiuus et illustris (ibid., p. 440).
2. Je ne sais si ce IVihenucc est le même que Wihenoc dit de Monemuda (Monmoutli) qui, à l'époque de la conquête (vers 1086), fait don de terres en Angleterre, et aussi dans la région de Dol, à l.abot\ac (Fa Boussac) dons approuvés par Guillaume le Conquérant (CalenJars of Docutn. France, I, p. 404, 406, 408).
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seconde moitié du xir siècle apparaissent Alan fils de Bloihiou, un Gralant (en 1 1 66), un Graciant (121 1), de la même famille, un Hoel, lui aussi descendant de Bretons.
Les Bretons de l'époque de la conquête étaient, en partie, Bretons de langue et n'avaient aucune peine à comprendre les Cornouaillais et à se faire entendre d'eux. Les rapports depuis rémigration ont toujours été fréquents entre l'Armorique et le Cornwall. 11 y en a des preuves au vr siècle. Il y en a au xvic : au début de ce siècle, le 6e de la population mâle de la bundred de Penwith, susceptible de payer l'impôt, était composée de Bretons nés en Armorique. Il n'est guère douteux, que les Bretons de marque établis après la conquête en Cornwall et en Devon, à plus forte raison leurs descendants, n'aient su le français '.
Il y eut bientôt des Bretons dans le Clergé du Cornwall. En 1 177 un chanoine de Bodmin, un Breton du nom de Martin, vole le corps du saint le plus vénéré du pays, saint Petroc, et l'emporte en Bretagne au monastère de Saint-Meven de Gaël. Roland de Dinan, sur l'ordre de Henri II, oblige les moines de Gaël à le rendre à l'abbé de Bodmin (d'après Roger de Hoveden, Compl. par. Hisl . of Cornwall, I, p. 93).
Le français devient naturellement en Cornwall la langue officielle. Mais l'anglais ne cesse d'être parlé et même, d'après nombre de documents du moyen âge, de continuer à faire des progrès2. En prenant possession du pays, les Français se trouvent en présence de Celtes dominés par une aristocratie anglaise et non comme en Galles, en tace de Celtes restés indépendants, tandis que les Saxons étaient placés sous le joug. Les propriétaires anglais du Cornwall ne sont qu'en partie dépossédés.
1 . Les Bretons et les Cornishmcn à l'époque de la conquête et pendant le moyen âge se comprenaient facilement. C'est constate par Giraldus Cambrensis. L'évêque Grandissori (Episcopal Registers of Exeter, III, p. xx) constate que le peuple du Cornwall parle une langue inintelligible aux Anglais et connue des seuïs Bretons. Cf. Les Bretons en Cornwall au XV 7<= s. (Revue Celt. , u;i 1 , 2^ fasc).
2. En 1297-98, il y a une contestation a propos des terres deNanscuken m. Les jurés déclarèrent que la propriété est appelée en anglais Lancuk
et en comique Nanscuk : Nanscuk est, en effet, la forme sincère (Assise Rolls, Edw., I).
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Plusieurs (au moins une quinzaine) voient leurs terres prises, mais en reçoivent d'autres qu'ils tiennent à titre 'de vassaux de Français. Le Cornwall devient un pays trilingue où les gens de marque parlent français ou anglais, probablement les deux, et le peuple, comique. Cette situation a dû se prolongerau moins jusqu'au XVe siècle. Elle peut se constater delà façon la plus précise au XIVe siècle.
Des documents intéressants nous renseignent sur la situation linguistique du Cornwall à cette époque. L'évèque d'Exeter va en personne, en 1336, recevoir la soumission des habitants de Saint-Buryan près Land's End, révoltés contre son autorité. Les notables (majores parochianî) la font in lingua anglica et gallica; ceux qui ne connaissent que le comique, la font en comique; le recteur de Saint-Just leur sert d'interprète auprès de l'évèque. Les noms d'une partie (pro parte) des notables (treize) sont donnés : tous portent après leur nom de baptême un nom de terre, suivant l'usage comique, moins deux : Vyvyan et Le Brun. On a aussi les noms de cinq capellani : deux sont à relever : Petnis Vicount et Thomas Perys. Perys, qu'on trouve ailleurs sous la forme Pères est le nom breton Pères (rf. Jakes de Jacques) dont on a fait un nom espagnol '.
lui 1355-56, l'excommunication est prononcée contre un hérétique avéré, Raoul de Tremur : il est signalé comme d'autant plus dangereux qu'il est plus instruit : il parle couramment les quatre langues : latin, français, anglais et cornique {lingua quadruplici, latina, gallicà, anglica et cornubicaque el brilannica garrulus et disertus z). A cette époque même, les progrès de l'anglais sont très sensibles. Dès 1303, dans la hundred de Lysnewyth, au nord, à l'intérieur, beaucoup de noms et de termes communs pour la désignation des terres sont anglais, lin Stratton, en 1428, l'anglais parait dominer. Dans la Hundred de l'Est (Èstweveleshirè), qui touche la
1. Eptscopal registers oj Exeter : Granàissson Reg. /, Reg. éd. Hingeston Randolph, II, p. <S2o.