Feudal aids, I, aux années
2. Le roman de Béroul (éd. Muret) : Lancien, aux vers 1 155, 2357, 2436, 145 1, 2392 : vers 2390 il est dit que les noces d'Iseut ont eu lieu à Lancien .
3. Dans le Perceval de Gerbert ; le passage a été signalé à M. Bédier par miss Jessie Weston qui a depuis publié ce conte.
4. Feudal Aids, I, p. 198 : Lantien; parva Lantyen; 1346 Nauntyane; p. 223 Nantvant ; p. 216, 1401-2 Lantien; ibid., tome III, p. 265 Joh. de
Romans de la Table tonde. 73
heure; Lantien est déjà dans le Domesday Book possédé par deux propriétaires différents. Au moyen âge, on distingue entre Lantien et Parua Lantien. D'après une communication que je reçois du savant Vicar de Saint-Just, en Penwith, le Rev. Taylor, l'homme qui connaît le mieux l'histoire des nianors du Cornwall, la Parva Lantien (1262, Nanatean, sic; 1332 Nantean Parva; Nantyan 1522), comme situation, répond à Nanteîîan, dans la paroisse de Creed, entre Grampound et Tregony, sur la rive gauche de la rivière Noir lai . Le Rév. Taylor, qui me donne ces détails, ajoute une remarque dont on comprendra l'intérêt quand on lira les lignes que je consacre au Saul de la Chapelle, c'est que le manoir de Parva Lantyen fut possédé sans interruption par la famille de Bodrugan, jusqu'à la fuite de Henri de Bodrigan, qui renouvela vers 1485, le saut de Tristan.
Il n'y a pas à s'étonner de la variation Lan- Nan-; elle est continuelle dans les noms du Cornwall '. Par dissimilation, ihvil-, vallon, vallon arrosé par un ruisseau, ruisseau devenait Lan, qui a un tout autre sens et signifie monastère, lien consacré2. Devant certains mots à initiale consonantique, ils sont souvent difficiles à distinguer. Si le Lancien était composé de nant et d'un second terme à initiale voealique, / final étant assibilé, on eût régulièrement prononcé en cornique, au xne siècle, Nantsien ou Lantsien (ou Nandjieri) : cf. aujourd'hui Nanji^el pour Nant-I^el. Il est fort possible que la prononciation actuelle Lanlin se soit modelée sur la tonne écrite, comme cela s'est produit en nombre de cas; si, au contraire, elle est exacte, on a affaire dans Lancien à une prononciation française ou anglaise. C'est le cas pour Tintagel; en gallois le g est dur ; au contraire, les formes écrites prouvent que la prononciation actuelle est très ancienne : on prononce Itntadpl.
Nantian (sous Edw. 111). — Extenta manorum 1345 Nantyan : j'ai trouvé ce ms. inédit au Duchy of Cornwall Office à Londres.
1. Il y en a un frappant exemple en Galles, dans Lancarvan anciennement Nantcarvan : il en est de même de Lantivy en Bretagne (Nant-Divy).
2. Les Anglais l'ont confondu avec Land et les Français parfois avec Lande .
74 /• Loth.
L'église où le roi Marc et Iseut vont faire leurs dévotions s'appelle, dans Bérou] (vers 2977), "l'église Saint-Sanson. Iseut tait don a l'église de son garnement que l'on ne sortait qu'aux grandes fêtes (vers 2998) :
Encore est ele à Saint-Sanson, Cedicnl cil qui Font veiie.
Or, la paroisse où se trouve Lantien s'appelle communément Saint-Sampson's. Le nom de Golant qu'on lui donne aussi s'applique plus particulièrement au hameau qui est plus bas que l'église actuelle.
Saint-Sampson n'a pas toujours été paroisse '.Jusqu'en 1 507, c'était une chapellenie dépendant du prieuré de Tywardreath, qui est dans le voisinage, fondé peu de temps après la conquête. Mais le culte du saint doit y être très ancien. D'après la vie la plus ancienne de saint Sampson, le saint, en passant de Galles en Cornwall, séjourne d'abord dans le pagus Tricurius qui est le Trigershire, aujourd'hui Trigg ininor et major, au nord-ouest (peut-être englobait-il la hundred actuelle de Stratton). Il a dû s'embarquer pour l'Armorique sur la côte est, sur la rive peut-être même de Saint-Sampson, à Lantien, ou plus bas à Fowev : d'après William de Worcester, qui écrivait à la fin du xve siècle et Leland, au xvie siècle (il est mort en 1552), c'est de Fowey au passage du Four (le Foqrne) qu'était la traversée la plus courte du Cornwall en Bretagne 2. Dans le voisinage même de Saint-Sampson, deux paroisses portent le nom de deux des amis de Sampson qui, comme lui, passèrent de Galles en Cornwall, puis de Cornwall en Armorique où ils sont également honorés : saint Mewen (Mewan) et saint Anslol (saint Austeï).
La géographie du Cornwall dans la principale source de Béroul était, comme nous allons le voir, précise.
Il l'a parfois gâtée. Visiblement il ne connaît pas la situa-
1. Une charte de 1281 provenant de Tywardreath mentionne : Ecclem'ii beati Andreae de Tywardreath ami capella sancti Sampsonis (Compl. par. hist. of Cornwall, II, p. 22).
2. Complète parochial history of Cornwall, tome IV, p. 106, p. 78.
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non de Lancien qu'il confond parfois avec Tintagel. C'est ainsi encore qu'il met dans la bouche du roi Marc (vers 313e), ce serment :
Par Saint Aiiihc que Fou vet querre Outre lu mer jusqu'en Escoce.
Béroul à songé à Saint-André d'Ecosse (Saint-Andrews), parce qu'il n'en connaissait pas en Cornwall. Or, le grand prieure de Tywardrealh Joui dépendait ecclêsiastiquement Saint-Sampson et par conséquent Lancien était sous le vocable de Suint Ami ré. Je ferai remarquer, en passant, que pour aller de Cornwall en Ecosse, on prenait sans doute la voie de mer. Je ne crois pas qu'il y ait rien à tirer de ce passage en faveur de l'origine continentale de Béroul, que je ne mets d'ailleurs pas en doute.
Au vers 3074, Marc jure par Saint Estiennele Martyr. Or, il y a au moins trois paroisses de Saint-Etienne en Cornwall, dont une touche Nantellan, c'est-à-dire Parva Lantien '.
Il y a tout près de Saint-Sampson, en Tywardreath, un nom de lieu d'une grande importance, lorsqu'on lui restitue sa véritable physionomie ; c'est Kil-marth : Kilmarth est sans le moindre doute 2 à corriger en Kil-niarch, la retraite, le lieu de retruite de Mnrch. De même, Karn-Marth, en Gwenap, au sud-est, est pour Karn-Màrch ; d'ailleurs, la forme Karu- Margh se trouve. Il n'est pas sans intérêt à ce propos de remarquer qu'à Karn-Margh {tertre rocheux, caifn de March) est un grand tumulus qui fut fouillé en 1789 ; deux urnes de l'époque celtique y furent découvertes (Compl. par. hist. oj Corn., p. 142).
1. Iseut, en faisant son serment à la Blanche Lande, jure par Saint Ylaire.
Or, le mont Saint-Michel de Cornwall dépend de la paroisse de Saint- 1 1 ilary.
2. Th et ch après r, de bonne heure, se changèrent en /» et disparurent. Dès le XVIe siècle, sinon plus tut, ils s'écrivent l'un pour l'autre. C'est ainsi que le village de Saint-Just en IVnwith qui s'écrit et se prononce aujourd'hui Carnyorth était au xive siècle Carfr-yorch, le tertre du chevreuil, Kil-march pourrait s'interpréter la nuque du cheval, mais le voisinage immédiat de Lancien rend ce sens terre à terre peu probable, ou plutôt, il peut v avoir eu comme dans l'épisode desoreilles un jeu de mot. — ch final disparaît également et a été remplacé dans l'écriture par th : Rospeth pour Rospegh, Trembath pour Trembegh.
76 /. Lolh.
Resterait à trouver dans le voisinage de Lancien, l'île où eut lieu le fameux combat entre Tristan et le Morholt. Il eut lieu en effet, non loin de la résidence royale. Tristan se rendit en barque dans l'île ; elle était assez près du rivage pour que la foule angoissée pût suivre les péripéties de la lutte. Il n'y a pas d'île, près de Lantien, dans le bras de mer de Fowey, ni à l'embouchure. Sur la foi de l'itinéraire de William de Worcester, j'avais pensé d'abord à l'îlot appelé Greef : il le met à trois milles à l'ouest de la ville de Fowey1. Leland en parle aussi, mais il le place beaucoup plus au sud entre Dudeman's Head et Falmouth 2. Et c'est lui qui a raison d'après la carte de VOrdnance Survey. En revanche, il y a, à 8 milles à vol d'oiseau de Lantien, une île qui répond à peu près aux données du roman : c'est Looe I si and ou Saint-Georges Islam! , ou Saint'-Nicholas ou Saint MichacTs Island. Avec l'îlot de Greel, c'est la seule île qui existe sur la côte est du Cornwall avant les îles de Scilly. Du côté de Tintagel il n'y en a pas du tout. L'île est un peu au sud de l'embouchure de la rivière Looe, à un tiers de mille ou un demi-mille de la terre ferme. Du rivage on pouvait facilement suivre la lutte. L'île a un demimille de circonférence et une superficie de 14 acres. Tristan pouvait s'y rendre en barque de Lancien même. Le nom de lie Sant-Sanson paraît dans le roman en prose, la Folie Tristan, ms. de Berne, et dans YErec de Chrétien de Troxes \ Ailleurs, l'île n'a pas de nom. Il n'y a rien à arguer de ce chef contre Looe Island par conséquent. De plus, outre la -chapelle actuelle, il en a existé une autre dans l'île, qui a pu être sous le vocable de Saint Samson.
Il n'est pas inutile de remarquer que le bras de mer sur lequel se trouve Lancien est large, que la rivière charrie beaucoup d'alluvions. Peut-être, très anciennement, y a-t-il existé quelque îlot sablonneux que les flots auront rongé, et peu à peu fait disparaître.
Le Saut de la chapelle ou Saut Tristan me paraît pouvoir être fixé, avec grande vraisemblance, à Chapel Point en