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LES NOMS DE TRISTAN ET ISEUT

Les noms de Tristan et Iseut doivent être traités séparément : le premier est indubitablement celtique; pour le second, l'opinion contraire domine.

Si le nom de Tristan est celtique, il n'en soulève pas moins diverses questions dont les unes ont été diversement résolues, et d'autres n'ont pas reçu de solution. On peut se demander quelle est la forme vieille-celtique de ce nom ; à quelle fraction des Celtes il appartient plus spécialement ; par qui il a été transmis aux écrivains de langue française : par des Irlandais d'Irlande ou d'Ecosse, par les Pietés, par les Gallois ou les Bretons de Cornwall ou d'Armorique, voire même par les Anglo-Saxons ? Enfin, a-t-il été transcrit oralement ou par écrit ?

Le gallois Drystan ou Trystan suppose une forme vieilleceltique Drustâno-s, avec a bref : le suffixe an = * ano-s est très usité dans les noms d'homme soit en gallois, soit en breton : Cinan = Cunano-s; Brychan = * Broccano-s etc. La forme irlandaise Drostân avec a long suppose Drustagnos.

Le suffixe -an irlandais ne peut être identique au suffixe brittonique -an, avec a bref; l'accent étant dès le vii-viiic siècle de notre ère sur la terminaison en brittonique, un suffixe -agno-, est donné -àin, aen : gall. xslaen, étain =.slagnum.

La forme Drustagnos n'est pas une simple reconstitution ; elle existe dans une inscription de Cornwall : Druslagni hic

Romans de la Table ronde. 17

jacet Cunomori filius (Hùbner, Insc>\ Brit. Chr.). Zimmer ' a contesté cette lecture, en se fondant sur l'aveu de John Rhys 2 qu'après Drus, les lettres sont très érosées et que -agni est une hypothèse. Il fait remarquer qu'avant Hùbner et Rhys on avait le Cirusius. Rhys a constaté, en tout cas, que le mot commence bien par Dr. Depuis, il a revu l'inscription et n'a plus la moindre hésitation : il faut lire Drustagnï '>.

Reste la forme picte. Nous ne connaissons guère le nom picte que par des versions irlandaises. Seule l'inscription picte de saint Vigean en Forfarshire nous a peut-être conservé une forme picte sincère : Drosten 4 ; mais le nom est au génitif (Itiscr. Brit. Chu, n° 212). Le suffixe -an sans aucun signe d'allongement est commun dans les noms pietés d'hommes et de lieux, Artbrenan, Apercrossan, Aihan, Atbran, Bûchait, Cluanan, Gartnan, Talorgan, TaranK II est impossible de rien affirmer en raison de la rareté des documents sincèrement pictiques. Cependant, comme d'après les noms de lieux il paraît certain que le picte est un langage celtique plus apparenté au brittonique qu'au gaélique, on est en droit de supposer une forme identique au gallois Drystan . Le premier, John Rhys (Lectures, p. 403), a signalé la parenté (l'identité d'après lui) du gallois Drystan, picte Drostan6 avec Drustagni. M. Whitley- Stokes, en 1890, fait également remonter le Tristan du Liber Landavensis et des romans arthuriens à Drostan.

Nous sommes, en résumé, en présence de deux formes vieilles-celtiques : Drustagno-s et Drustano-s; la première est plus spécialement gaélique.

Le gallois Drystan, Trystan, le breton Trestan, remontent à Drûstâno-s.

Ce nom est commun à toute la famille celtique.

1. Zeitschrift fur fran%ôsische Sprache uni Lit., XIII, p. 60.

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