Complète par. Hist. of Foi nival l, II, p
82 /. Loth.
le chef du pays du temps de Marc, car, comme nous l'avons vu plus haut, Iseut connaissait les difficultés du Mal Pas. Or, Blanche Lande, au moyen âge (15 15 et antérieurement), dépendait du manoir de Restronguet que nous savons avoir été un fief du comte de Mortain ', c'est-à-dire, à l'époque de la conquête, un fief du domaine royal. Il me paraît possible que Rostuget dans une charte concernant Blanchelande (Blancheland in Rostuget : v. p. 80, note 2) soit à corriger en Rostronget. En tout cas, il semble certain que Blanchelande a été une des résidences des anciens rois de Dumnonia, c'est-à-dire de Devon et Cornwall. La forêt de Morrois, où se réfugièrent Tristan et Iseut après la découverte de leurs amours, avait été, non sans apparence de raison, identifiée, quant au nom, avec le pays de Moray, en Ecosse 2. Il faut la restituer au Cornwall. Morrois me paraît être Moresc ou Saint-Clement's, prèsTruro, où se trouve le Mal Pas. Morrois se présente presque toujours avec deux r; Moresc paraît bien primitivement les avoir eus aussi. En 1205, c'est Moires 5 ; vers 13 19, on trouve encore Moires 4. Aussi ne faut-il pas hésiter à corriger le Moireis du Domesday Book, qui incontestablement, de l'aveu de tout le monde, est le Moresc actuel, en Morreis. Morreis indique une prononciation anglo-saxonne régulière Moires du comique Morresc, en supposant les formes actuelles sincères ; sur cette prononciation de se après une voyelle palatale, je renvoie à l'excellent Livre de Bùlhnng AJtenglisches Eleinenlarbiich^ 506-5 12. Quant à lagraphie s pour se (sh), elle n'est pas rare. Page dans sa Victoria History of Devonshire, p. 38, en fait la remarque. Dans le fac-similé en photozinco-gravuredu Domesday Book pour Somerset (X,
1 . Je dois ces détails sur ces manoirs au Rév. Taylor. Le manoir de Restronguet est en iMylor, à peu de distance de Kea.
2. Y . Lot, Etudes sur la provenance du cycle artburien, pp. 14 et suiv. — Cf. J. Loth, le roi Lolh des romans delà Table ronde (Rev. Celt., XVI, p. 84).
3. Calendar of Fine Rolls, I, p. 279, Henry, évêque d'Exeter, donne à Saint-Michel de Cornwall diverses terres en Devon et Cornwall, notamment Morres et Saint-Hilary .
4. Calendar of Inqu., XI, p. 123. Il s'agit d'une contestation au sujet de l'âge de Ralph fils d'Alan Bloyou, seigneur de Cornwall. Parmi les signatures ligure Morres ; le nom de baptême est effacé.
Romans de lu Table ronde. 83
2), je relève Brentetnerse (inerse représente marsh actuel). Une forme plus frappante encore est Brentemareis. On trouve aussi Moreis en 1205 '. C'est la forme que donne le Tristan en prose 2. La forme Moresk se montre en 1303 ' et n'est pas rare depuis. Ce manoir fort important était pourvu d'un château-fort existant encore du temps de William de Worcester (1478 : Castellum de MorysK).
C'est la forme anglo-saxonne, qu'ont certainement connue les conteurs français.
Il n'y a pas de raison impérieuse de douter de la sincérité delà forme Moresk; ce serait la forme comique. Le Moresk cornique peut être pour une forme plus ancienne Morrcsc pour mof-hesc, roseau de mer, irlandais moderne muir-seisc (prononcer besc, avec se palatal), gallois mor-besg 4, même sens. Mais je suis porté à croire que Moresc pour Morresc remonte plutôt à une forme vieille comique mor-roisc, absolument identique à l'irlandais, muir-riasg, vieux celtique mori-reisco- : Dinneen (Irish- Engl-Diet.), le traduit par sea-marsh, ce qui va parfaitement à la situation de Moresk (S1 Clement's). Seul, en irlandais, riasg a un sens analogue : moor, l'en. En gaélique d'Ecosse, il en est de même5. Suivant les lois de la phonétique comique, les diphtongues se réduisent à une voyelle simple. La composition du mot n'étant pas sentie (roi se a disparu du comique comme du gallois), l'accent a été de bonne heure sur mor : dans ce cas la diphtongue, étant posttonique, fait place à une voyelle brève : moyen-comique compes=xompois, gallois cymbwys, haut-vannetais campouis, mais ailleurs en breton, comme en comique, compes, du latin compêsus (compensus) ; au contraire, le subs-
1. Caïendar of documents, France, I, a. 280. Mathilde Je Meulan donne au mont Saint-Michel-de-Cornwall une villa de Moreis, près de la fontaine de Saint-Clément . lui 1204, c'est encore Mores.