‹ Contributions à l'étude des romans de la Table rondeChapitre 62 sur 71 · Assi\e Roll, III (12 Edward I, 20 novembre · texte numérisé non relu

Assi\e Roll, III (12 Edward I, 20 novembre

3. Le nom de lieu Canota, notamment Coite; Canota, apparaît plusieurs fois dans YExon Domesday (éd. in-fol., tome III, p. 320). Canota peut être anglo-saxon pour Canolan : cf. CaeJwalla pour Cadwallon. Malheureusement l'origine et le sens de Canota sont douteux.

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langrèssoh composéde Canel pour Canoel et d'un nom d'homme Angrès. M. Bêdier a signalé Angrès dans Cliglès. Il apparaît aussi dans un document anglais du temps d'Edward III : le sheriff des îles Anglo-normandes (Jersey, Guernesey, Sierk, Aurigny) est invité à donner une indemnité à John Angrees dont le fils a été tué dans ces îles, en combattant contre les Français '.

Le nom du chien Huilent, variantes Hodain, Huden, parait bien composé de bu-, bon, bien (vieux-celtique su-) et de dent, pluriel de dant, dent : qui a de bonnes dents. La forme galloise correspondante eût été Hu-deint qui eût été, au xic siècle, écrite Hi-deint ou Hy-deint. Huilent peut être aussi bien comique qu'armoricain. La graphie Husdeni me paraît une tentative maladroite pour exprimer le son du il intervocaliquequi est spirant.

En somme, les noms propres d'homme du roman (même ceux des deux chiens), qu'ils soient français, anglais, bretonarmoricains, se trouvent presque tous en Cornwallou dans les régions voisines; plusieurs apparaissent avec une forme plutôt comique ou tout au moins celtique-insulaire.

On le voit, l'étude de ces noms ne fait que corroborer les résultats acquis par celle des noms de lieux.

La légende de Tristan et Iseut était certainement courante chez tous les peuples de langue brittonique de l'Ile de Bretagne, du nord au sud. Elle se montre dans les traditions de ceux q'ui, à l'époque de sa diffusion chez les Français, parlaient encore la langue de leurs ancêtres. Pour le pays de Galles, la preuve n'en est plus à faire % mais la version dont se sont surtout inspirés nos poètes est sûrement celle qui a été localisée et élaborée en Cornwall. Elle était fixée dans ses traits essentiels avant la conquête de Guillaume ; on en a des témoins, et les plus impartiaux de tous, dans les noms de lieux : Lancien (sans parler de Tintageï), Morreis (Morroisc, Morresc),

i. Calendars of Close Rolls, Edw. III, p. 204.

2. X .Contributions à V étude desromam delà Table Ronde, VI. Cf. J. Loth, Mabinogion, I, p. 92, note 1, 311 ; II, p. 205, note 8, 231, 238, 247, 248, 260, 267.

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qui figurent dans le Domesday Book, le gué â'Eselt (967), l'église Saini-Samson, Costetitin avec Trecoit (Domesday Book).

Le philtre d'amour qui symbolise tout le drame moral ou immoral de la légende et en atteste l'existence, porte, chez Béroul, un nom anglo-saxon : Lottcvendris, pour Lovendrinc, ou Lovendrant pour Lovendranc. Cette légende de fond celtique (brittonique), courante chez les Anglo-Celtes du Cornwall et sans doute du Devon, les Français y ont aussi collaboré; les noms de Saut Tristan, Mal Pas, Blanche Lande sont significatifs, quoiqu'ils soient vraisemblablement traduits de noms comiques. La civilisation française a sans doute aussi influé sur les mœurs et la physionomie du roman, plus ou moins, suivant les époques et le tempérament des poètes : Thomas, en ce sens, a plus innové que Béroul. Les Français ont puisé à deux sources : une source écrite, et une source orale : la prononciation que trahissent Lancien (Lantien), Tinta jol (777/tagel), Morrois, Morreis (Morroisc, Marres) est anglo-saxonne et ne répond pas à la forme celtique écrite. Dinas de Lidan, pour Dinas Lidan, indique également une source orale mal interprétée ; une source écrite eût donné Dinas Lidan; au contraire, Rivalen Kanelangrès pour Kivalen de Kanelangrès est parfaitement correct et comique. Tristan (Trystan) suppose une forme écrite.

Resterait à établir, sommairement, la part des Bretons-Armoricains. Elle serait à peu près nulle, s'il s'agissait des Bretons vivant en Armorique. On ne peut guère signaler à leur actif que saint Trcsnwr de Carabes et encore Tresmor est-il une forme purement littéraire. La forme sincère est Trechmor qui ligure dans la vie de saint Gildas de Rhuys. Mais il y avait, nous l'avons vu, des Bretons de marque établis en Devon et Cornwall, grands propriétaires entourés sans doute de soldats et de serviteurs de leur pays, à la suite de la conquête française. S'il n'y avait à leur attribuer que les noms de Roald et peutêtre de Perinis, leur rôle serait bien effacé. Il est cependant, a priori, invraisemblable que ces Bretons parlant la même langue que les Cornouaillais, ayant les mêmes goûts pour la poésie, les récits romanesques, nese soient pas intéressés à une légçnde aussi captivante, et ne l'aient pas plus ou moins modifiée, au

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profit de celle que leurs ancêtres insulaires leur avaient léguée et qu'ils apportaient aussi d'Armorique. L'Ile Trestan (insula Trestanni) aujourd'hui Ile Tristan dans la baie de Douarnenez, ne peut avoir une origine savante : on eût eu Tristan. C'est en vain qu'on ferait remarquer que le nom le plus anciennement connu est l'île de Saint-Tutuarn. Il arrive fréquemment (il y en a notamment en Cornwall de nombreux exemples) qu'un lieu ait deux noms : un nom religieux et un nom laïque. Tutuarn était le nom du prieuré; Trestan, sans doute, le nom de l'île entière. Nulle part la légende de March aux oreilles de march (cheval) n'est aussi répandue que dans notre Finistère ', et particulièrement dans le voisinage de \Tle Trestan. Cambry2 l'avait déjà recueillie en 1794, près de Douarnenez, au fond de la baie : « Vous serez étonné de rencontrer ici une fable à peu près pareille à celle du roi Midas ; elle existe dans tontes les tètes, dans les plus anciennes chansons. Le roi de Por~march' faisait mourir tous ses barbiers, de peur qu'ils racontassent au public qu'il avait des oreilles de cheval. L'intime ami du roi venait de le raser; il avait juré de ne pas dire ce qu'il savait, mais ne pouvant résister à la rage de raconter ce fait, par le conseil d'un sage, il fut le dire aux sables du rivage. Trois roseaux naissent dans le lieu; les bardes en firent des anches de hautbois qui répétaient : Port^march, le roi Port^march a des oreilles de cheval. » M. Luzel m'a affirmé avoir recueilli la même légende au même endroit. Plusieurs autres versions ont été recueillies : une à Lostmarch, en Crozon4, une seconde à Prat-an-Rons, en Penhars, près Quimper, une troisième à Portsall par Sébillot.

Elle existait aussi à Pont-1'Abbé. M. de la Borderie 5 signale dans l'île Chevalier, dans la rivière de PontTAbbé, un Castel roe Marc'h (château du roi Marc'h). Le nom exact de ce château qui appartenait aux barons de PontTAbbé, est en

1 . Il y a dans le Morbihan des Pouhnarch, mais il n'y a rien à conclure de pareils noms, quand la légende n'y est pas jointe.

2. Voyage de Cambry dans te Finistère en 1794, éd. Souvestre, 1836, p. 179.

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