‹ Contributions à l'étude des romans de la Table rondeChapitre 65 sur 71 · FRAGMENT D'UN POEME SUR TRISTAN DANS LE LIVRE NOIR DE CARMARTHHN · texte numérisé non relu

FRAGMENT D'UN POEME SUR TRISTAN DANS LE LIVRE NOIR DE CARMARTHHN

Il y a une dizaine d'années, j'avais signaléà Gaston Paris l'existence de ce poème. Je luiavais exposé les raisons qui permettaient de le rapporter au roman de Tristan. Lesens de ce poème, évidemment fragmenté, avait totalementechappeauxcritiques.il m'avait engagea l'étudier à tond et à en donner une traduction. D'autres travaux m'en détournèrent. Si lavaleurdece fragment

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de 22 vers ; a été méconnue, cela tient à sa réelle obscurité et aussi à ce que le nom de Tristan y apparaît sous une forme difficilement reconnaissable, Diristan. La quantité indique Dristan, forme excellente de ce nom : i = y moyen-gallois (0 bref) : i a encore souvent cette valeur au xnc siècle. Quant à l'apparition d'une voyelle irrationnelle entre à et r dans dr initiale, ce n'est pas rare dans les textes du xii-xme siècle, en particulier dans le plus ancien des manuscrits des Lois de Gwynedd.

Skene n'y a rien compris. Dans la note au poème de la page 352 (tome II), il déclare que c'est le plus confus du tous les poèmes du Livre Noir et qu'il est pour lui inintelligible. Sa traduction (tome I, p. 325) en fait foi. Silvan Evans (même note) écrit qu'il s'agit de Mecbyd, fils de Llywarch Hen : Il transforme fechid (qui est un verbe) en mechyd .

Dans son édition du Black Book , p. 138, note à la page 100 v. 6, Gwenogfryn Evans à proposée Fechid Dristan, dit : « Le prof. J. M. ]. (Jones Moi ris Jones) pense que nous avons ici vraisemblablement affaire à un nom composé : Fechid Diristan. Mais p. 160 (Additional notes), l'auteur s'est ravisé : fechid serait un verbe 3me pers. sing. prés. ind. ; le sens suggère nu nyth crvxll, ce qui n'explique pas, dit-il, la bévue im djod. Puis viennent ces lignes qui auraient gagné à être plus explicites : The ihird Une conirasts favorably the réception givenjo the subject oj the poem bx the baril with thaï by Tristan.

Le manuscrit du Livre Noir est de la fin du xir' siècle ou du commencement du xme siècle; à part les vers de la fin des Englynion x bedeu (Fac-similé, p. } 5 recto depuis y beddeti jusqu'au bas de la page), manifestement plus récents, le manuscrit peut être considéré comme de la même main ou tout au moins de la même époque d'après de bons juges-.

D'après la métrique, pour des raisons que j'ai indiquées dans

1. Skenc, Four une. Books oj Wàles, II J5-56. Gwenogfryn Evans The Black book of Carmarthen, Pwllheli 19065 p. ioo-ioi. — Du même : Fofsimile of the Black book oj C. 50 verso 51 r°.

2. C'est l'opinion de M. Omont ; les différences tiennent a des différences de calante, et à une plus ou moins grande rapidité dans l'écriture.

ii4 /• Loth.

ma Métrique galloise (tome I. irc partie, p. 350), le poème est au plus tard delà première moitié du xue siècle '.

Le poème est composé de deux fragments d'un mètre et d'une structure différents. Le premier se compose de trois strophes, deux de six vers ayant la même rime 2, une troisième de quatre vers : il me paraît fort probable que deux vers manquent.

Le deuxième fragment se compose de six vers formant deux tercets. Les vers du premier fragment sont de 9 syllabes, ceux du second de 7. Le dernier vers en compterait 9, mais elles peuvent être réduites à 7.

Les deux fragments se rapportent aux mêmes personnages, mais ils ont trait à des époques différentes de la légende. Il est évident que ces morceaux poétiques devaient être accompagnés chez les conteurs gallois de récits ou commentaires en prose, comme chez les Irlandais. Ces récits, malheureusement, ne nous sont point parvenus. Aussi l'interprétation de ce genre de poèmes est-elle laborieuse ; les dialogues lyriques des poèmes XXXIII, XXXV, XXXI, le poème XXII, si importants pour les traditions galloises, seraient d'un intérêt capital s'ils étaient accompagnés d'un simple récit explicatif en prose.

Les deux fragments ont été évidement juxtaposés : il manque un chaînon intermédiaire. Le premier est clairement incomplet; aussi, est-ce un essai de traduction et d'interprétation que je propose.

Je donne le texte d'après le fac-similé, en séparantles strophes, avec une ponctuation qui est de moi. La traduction suit avec un commentaire lexicographique sommaire. Puis vient une tentative d'interprétation au point de vue de la légende de Tristan.

Kyd karwiv (e) morva, cassaav 5 (e) mor. Pyr toei wanec carrée camhur

1 . Je songeais, au moment ou j'ai publié ma Métrique, à étudier de plus près ce poème dont j'avais déjà découvert le sens général.

2. On serait tenté de supposer dans le Ier vers de la ir<-' strophe une assonance entre mor et le mot final du 2mo vers camhur, mais c'est improbable et inutile (v. J. Loth, Métrique galloise, II, impartie, p. 161-162.

5. Skene avait donne cassau : le fac-similé donne cassaav qui se trouve d'ailleurs au itr vers de la strophe 2.

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Glev. diwal, hygar, hael, huyscur, Yscinvaen beirt bit, butic clydur.

Goruc clotheilin benffic awirtul :

Hid braut parahaud y ertiwul '

Kyd karhuiw (e) morva casaav (e) ton : Digones ton treis oer cleis y ron ; Ew kuvnhiw (i)ny wuiw in hervit bon; Gweith heinyw golchiw ar winvy vvron ; Kid v lleinu keudaud nis beirv calon, Ac vn lluru kyheic kimod yron ;

Yssim edîvar oe negesseu ; Ban wrissuis pebrur pell y agheu Glev diwal kyweithit (yd)vuam in deY Menic it arwet duwir dalenneu

Deuxième fragment.

Fechid Diristan othiwod3,

Nu nyth ervill im ch..od 5;

O'm parth guertbeiss(e) March irod.

Dial Kyheic am oet blis

Ain y kywreu y melis :

Och, corr, dY sorr(de) (ymi) bu ewnis,

Premier fragment.

«Quoique j'aime le rivage, je hais la mer, depuis que j'ai vu la vague couvrir le rocher du champion, lui le vaillant, actif, aimable, généreux, prêt à l'attaque; lui, le perron des bardes du

1. awirt ut : i est irrationnel. J'ai traité ailleurs Je ce mot, son sens et sacomposition.

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