Deuxième partie
Vers 1 : Fechid est très clairement la 3e pers. du sg. ind. prés, d'un mot rare dont le sens est précisé par le passage suivant des Sélections from Heng. jus. II, p. 125 : il s'agit d'un sanglier :
Acygytac y gwyl, trwynjfychein, ac agori y safyn etc. « et dès qu'il l'aperçut, il se mit à gronder (par les naseaux), et à ouvrirsa gueule ». Cf. Myv. Arch. 228. 1 : Ef keif kerenhvd oe fyt fechyn a il obtiendra pardon pour sa foi ardente ». Trwynffychein signifierait donc, gronder eu jetant une haleine enflammée par les naseaux.
1. Dans ce cas, le sens serait : souvent fonde emporte tes feuilles. Le sens, même en lui donnant une allure de proverbe, ne serait guère satisfaisant.
120 /. Loth.
Diristan, d'après la mesure, doit être corrigé en Dristàn : sur l'apparition d'une voyelle de résonnance entre d initial et r, v. J. Loth, Remarques et adà., p. 17.
Vers. 2 : Le sens parait exiger nu.
Vers 4 : Rywreu : pour le sens de paroles, et. L. noir, 8. 17: 13, 12; L. Tal. 121. 11 ; 15 1. 25 , 109. 227. Il a aussi le sens de chant (John Rhys, Revue Celt. II, 120, a rapproché cyfreu du v. gall . cobrouol, gl. verhialia.) Il y a un autre cyfreu, d'origine différente, signifiant joyau, ornement, et qui se retrouve dans le terme juridique ar-grvran, breton ar gourou, vannerais argouvreu.
Vers 6 : ewnis (moderne efnys); le sens de hostile, ennemi, est assuré par bon nombre de passages (L. noir, 32. 20; L. Tal. 214. 6; Myv. Arch. 164.1 : Rys ruthyr efnys; 184. 1 vrwydyr efnys: 200. 20, chwant Eva, efnys haul.) Il a le plus souvent le sens d'un adjectif, mais dans le passage suivant d'un poème du xve siècle (Gorchestion beirdd Gvmru ; Huan ab H. S. Swrdwal), il a le sens d'ennemi : ni //.u'oed ei gefyn ar efnys « il ne tourna jamais le dos à l'ennemi ». Il a pris le sens d'un substantif pluriel qu'il ne semble pas avoir eu d'abord [Y Cymntrodor, IX, p. 232; Old words glossed : efnys = gelynyon).
Dans l'état du texte, tel que je viens de le donner et d'en faire un commentaire lexicographique. toute interprétation d'ensemble ne peut être que des plus hasardeuses.
Le personnage principal que l'on trouve dans les deux fragments est Kyheic. Au vers 6 de la strophe 2 du premier fragment, la personne qui parle propose un accord qui le vise. Dans le deuxième fragment, cet accord a eu des résultats funestes : Drislan', c'est-à-dire Tristan gronde de fureur à la pensée de l'arrivée du partenaire de la personne qui parle, une femme certainement dans ce fragment. Son partenaire est un nain; il est appelé ainsi au dernier vers. Cette femme s'accuse, de son côté, d'avoir trahi (vendu) Marc {Mardi),
1. Prononcez Drôstan, avec d bref ayant la valeur de c muet français, par exemple, dans petit, dans l'article te. Au \ne siècle, ainsi qu'en vieux gallois, au lieu de v qui représente déjà ce son à la fin du Xl« siècle, on a encore i ou t.
Romans de la Table ronde. 121
pourle nain. Elle s'écrie en finissant que la colère du nain lui a été funeste. Le motif de la trahison, de l'accord avec le nain, elle nous le donne expressément au vers 4 du 2me fragment, elle avait un ardent désir de se venger de Kyheic à cause de ses paroles si douces (douces comme le miel). Ce Kyheic me paraît être en substance le Kehenis d'Eilhart d'Oherg. Kyheic a deux syllabes. Le nom a pu être écrit Keheic, Keheuc1 : à cette époque eu, dans cette situation, se prononce comme ei ; le cribe aura lu Kehcnic. Il est fort possible que le scribe ait cru voir un signe d'abréviation sur e : Kehèic. Ce nom propre paraît dans le Book of Llandav sous deux formes Coheic et Ceheic (p. 207, 212, 227) : Coheic est plus ancien. Le Kehenis d'Eilhart qui répond à peu près au Kaherdiu de Thomas, est le frère, dans les romans français, d'Iseut l'Armoricaine. Passé en Cornwall avec Tristan, il obtient les laveurs de Brangvein2, la célèbre suivante et compagne d'Iseut : Brangwein se donne à lui. Trompée ensuite par de faux rapports, elle croît qu'elle a sacrifié son honneur à un lâche; elle en est tellement irritée qu'elle songe même à dénoncer Iseut et Tristan à Marc. Kehenis revenu en Armorique devient l'amant de la femme d'un seigneur qui est un nain. Le nain le surprend dans son château en compagnie de Tristan. Kehenis est tué, et Tristan mortellement blessé5.
Les versions que nous possédons sont sûrement loin de la légende originale. Le motif du ressentiment de Brangvein contre Kehenis a dû être plus sérieux qu'un faux rapport sur la fuite du héros. Dans notre poème, la femme qui paraît être Brangvein, a été trompée par les douces paroles de Kyheic. Elle aura appris les amours de Kyheic avec la femme du nain, ce qui explique à la fois la colère du nain et son propre désir de vengeance. Elle aura aidé le nain dans ses projets, et peut-être amené ainsi la mort de Kyheic, ce qui explique
1 . Prononcez Koheïc (Ko-beyc) avec 0' bref : voir page précédente la note à Dristan.