De Imbert-Gourbevre, Hyyea, journal allemand, t. XXIII
Obs. 15. — Stokes, cité par Churchill : mal des femmes. Femme de 30 ans, sixième grossesse au septième mois ou quatrième mois de la grossesse. Coups violents portés par lo mari. Le lendemain, hémiplégie gauche. Rien dans les urines. Amélioration progressive. Accouchement naturel. Peu après guérison.
Sont citées commodes exemples d’hémiplégies réflexes. On peut en rapprocher l’observation suivante de :
Obs. 16. Pellegrini , publiéo dans les Annales d’Omodei , 1844 ; Archives médecine, 1845. Femme de 40 ans, déjà mère de neuf enfants ; dixième grossesse; au cinquième mois, céphalalgio,
vertiges disparaissant par trois saignées, des sangsues, la diète. Au septièmo mois, hémiplégie gauche ; parole gênée ainsi que la déglutition ; mouvement presque aboli dans la jambe gauche ; sensibilité intacte; pertedu mouvement et ^esensibilitédu brasgauche?, déviation de la bouche à droite; pouls lent, plein, onduleux; facultés intellectuelles entamées, femme apoplectique ; tempérament', sanguin; quatrième saignée; sangsues en très-grand nombre et', glace; au bout de cinq jours, même état; cinquième saignée à Iæl jugulaire, mais à mesure augmentation de la maladie. Gonflement de la face et du cou énorme ; gêne de la déglutition. Respiration haute un peu 3tertoreuse, déglutition et parole très-gênées,, commencement de coma. Pellegrini pensant que la distension de l’utérus était la cause mécanico-dynamique de l’apoplexie, proposa l’accouchement prématuré artificiel. Rupture artificielle des membranes. Dilatation graduelle du col avec la main. Version. Enfant vivant, mort au bout de huit jours. Hémorrhagie abondante après le décollement du placenta.
Le lendemain, sixième jour de la maladie, mieux, diminution de la gêne de la parole et la déglutition. Quelques mouvements dans la jambe.
Le septième jour, fièvre. On continue la glace et on applique des sangsues derrière les oreilles. Cette fièvre dura jusqu’au vingtième jour.
Au trente-cinquième jour, la malade pouvait se lever; il ne lui restait plus qu’un sentiment d’engourdissement dans le bras gauche, engourdissement qui disparut peu à peu. Le rétablissement fut complet.
Nous n’avons pas besoin d’insister pour faire remarquer combien le traitement (5 saignées et des applications répétées de sangsues en très-grand nombre) est en opposition avec les idées actuelles sur la chlorose des femmes en couche, mais le fait méritait d’être cité, ne fût-ce que comme contraste avec les faits rapportés plus haut, lorsque nous avons étudié les paralysies anémiques. — Est-ce bien ensuite un cas de paralysie réflexe?
Si les paraplégies réflexes sont aujourd’hui admises sans conteste dans la science, les faits d’hémiplégie que l’on a attribués à une action réflexe sont, on le voit, bien peu communs, puisque nous n’en avons trouvé dans les auteurs que six. Et encore, commo nous allons le voir, ils ne sont pas à l’abri de toute discussion et quolques-
uns d’entre eux sont rangés parleurs observateurs dans des ordres tout différents.
Examinons un peu ces faits en détail :
Dans le premier cas de Lever, il s’agit d’une femme de 24 ans, mère de deux enfants. A deux mois de grossesse, elle est attaquée d’engourdissement du bras droit et d'une grande faiblesse de ce membre. La bouche est légèrement déviée vers la droite, et elle ressent de temps en temps des fourmillements et même de l'engourdissement dans la cuisse, la jambe et le pied gauche. Ces symptômes, modiOés par le traitement, persistent jusqu’à l’accouchement.
Dans quatre grossesses suivantes, les mêmes symptômes se sont reproduits peu après le début de la conception et n’ont disparu qu’après la délivrance. Le moment, ajoute Lever, où ils disparaissaient, semblait dépendre de la nature et de la quantité du sang perdu pendant le travail.
Ce fait est extrêmement remarquable et la réapparition des mêmes phénomènes pendant cinq grossesses successives, au début de la conception indique bien l’influence de l’état puerpéral. Mais il ne s’agit pas ià d’une hémiplégie, il s’agit d’une paralysie croisée, portant non-seulement sur les membres supérieurs et inférieurs, mais sur la face, et de plus la paralysie n’est pas complète. Lever indique seulement l’engourdissement, la faiblesse des membres, de plus ces phénomènes ne se reproduisent que de temps en temps, et Lever semblerait lui-même plutôt disposé à les attribuer «à des congestions, puisque, dit-il, le moment où ils disparaissent semblerait dépendre de la nature et de la quantité du sang perdu pendant le travail. Nous l’admettons cependant comme un fait de paralysie réflexe.
Dans le second fait, la femme, âgée do 18 ans, primipare, était enceinte de sept mois et demi. A la suite d’une discussion de famille,évanouissement, ol la paralysie.constatée après le réveil, portail sur le membre inférieur droit jusqu’à la partie supérieure de l'abdomen. Le lendemain, nouvelle syncope, paralysie du membre supérieur droit. Persistance des accidents pendant trois jours. Guérison. Alors porte de la parole, qui dure trois jours, puis pa-
ralysie du membre inférieur droit jusqu’à la hauteur du genou. Guérison au moment do l’accouchement. Dans une grossesse suivante, perte de la parole pendant quinze jours, et après la délivrance paralysie des membres inférieurs. Guérison.
Or, dans ce cas, les accidents de paralysie des membres ont été précédés de syncopes, de perte de connaissance, ce qui semblerait déjà indiquer une congestion du côté du cerveau; de plus, les accidents ont surtout porté sur les membres inférieurs, les deux dans la deuxième grossesse. C’est donc d’une paraplégie et non d’une hémiplégie vraie qu’il s’est agi dans ces cas. Les accidents, il est vrai, ont été extrêmement fugaces, comme dans le premier cas, mais cela n’est-il pas encore une preuve en faveur de la congestion soit cérébrale, soit médullaire, cette cause essentiellement passagère devant produire des effets de même nature.
(Voir obs. 19. ) Dans le cas de Crosse, dont l’observation se borne à une simple note, l’hémiplégie parut un mois avant la délivrance, chez une femme de 27 ans. L’amélioration se produisit avant le travail, et cinq mois après, la guérison était à peu près complète. Mais, ajoute l’auteur, la malade est restée maigre et faible d’esprit et de corps.
L’année d’après, nouvelle grossesse, accouchement sans retour de la paralysie.
Peut-on, sur une note aussi succincte, ranger l’hémiplégie dans une classe plutôt qu’une autre, et la faiblesse d'esprit qui a persisté chez la malade ne semble-t-elle pas plutôt indiquer une légion cérébrale légère, il est vrai, mais suffisante pour avoir laissé des traces indélébiles.
Obs. LVII. Dans le cas de Stokes, femme de 30 ans, septième mois d’une sixième grossesse, cinq enfants bien portants. Au quatrième mois de sa grossesse, violences de la part du mari : coups sur le bras et le côté gauche, laissant des traces de contusion violente. Pas de paralysie.
Trois mois après, au début du septième mois, elle s’éveille dans la nuit avec des fourmillements et de l’engourdissement du bras et de tout le côté gauche. Perte complète du mouvement de ce côté. Au bout de trois jours, on la transporte à l'hôpital ; il y a im-
possibilité absolue de la marche ou de la station debout; les muscles do la face, do la langue, du cou, étaient intacts; l’intelligence conservée; la déglutition et l’articulation des sons parfaits. Perte complète de la sensibilité et de la motilité dans le bras gauche, à partir de l’épaule du côté gauche jusqu’à la ligne médiane; en arrière, il y avait insensibilité complète; en avant, la limite n’est pas aussi nette, car il y avait encore de la sensibilité dans la moi tié droite du sein gauche.
Dans la jambe gauche, il y avait insensibilitécomplète et perte complète des mouvements volontaires.
Pendant toute la durée de la paralysie, il n’v eut ni atrophie musculaire, ni rigidité, ni contracture. La température était un peu plus basse du côté malade, et il y avait un léger œdème des jambes. Pas de maladie organique; urine pâle, acide; peu d’urée; pas de dépôt appréciable. Au bout d’un mois (vésicatoires, lotions s timulantes), la sensibilité revient en partie dans la jambe et le bras, entre l'épaule et le coude; il y a quelques mouvements du membre inférieur, mais insuffisants pour que la malade puisse marcher et se tenir debout. Amélioration progressive jusqu’au huitième mois. L’urine, examinée trois jours avant le terme, ne contient pas d’albumine. Dix jours avant le terme, accouchement en quelques minutes d’un enfant petit, mais vivant; une demi-heure après, fourmillement et sensation de chaleur dans le coude; peu à peu la sensibilité revient dans le bras et le côté, et très-peu de temps après, la motilité revenant à son tour, la malade pouvait alors lever ses bras au-dessus de sa tête et mouvoir la jambe dans toutes les directions.
Il est au moins singulier que ce soit précisément le côté contus qui ait été pris de paralysie, et quoique celle-ci ne soit survenue que trois mois après, il est difficile de ne pas établir un rapprochement entre ces deux ordres défaits.
(Voir obs. 43.) Enfin, dans lecas emprunté par Imbert-Gourbeyre au journal allemand Hygea, il y a eu d’abord suppression des lochies, puis, cinq jours après, douleurs de tète caractérisées de névralgiques, puis apoplexie, hémiplégie droite, en voie d’amélioration dès le deuxième jour, et réapparition des mouvements dès le troisième jour.
Restent donc en réalité deux faits, celui de Lever où il s’agit d’une hémiplégie croisée, et celui deStokes. Est-on en droit pour cela d’admettre une hémiplégie réflexe? Nous croyons que sans la nier formellement on doit être
extrêmement réservé sur son admission, surtout si l’on s’en rapporte à ce qn'en disent les auteurs et en partiticulier M. Hervieux dans son livre. Voici un extrait de cet auteur :
« L’hémiplégie puerpérale réflexe ou par excitation périphérique n’a pas de caractères qui lui soient propres. Elle ne se différencie que par l’absence des conditions au milieu desquelles naissent et se développent les autres formes d’hémiplégie puerpérale. C’est toujours parce qu’il est impossible de rattacher l’hémiplégie, soit à une albuminurie, soit à une éclampsie, soit à une apoplexie, soit à une dyscrasie anémique, soit à l’empoisonnement puerpéral que l’on est conduit à admettre une action réflexe. Plus on fera de progrès dans la connaissance des lésions qui déterminent les paralysies, plus on limitera le nombre de paralysies réflexes. Toutefois, il nous paraît qu’une place devra toujours être réservée à l’excitation périphérique parmi les causes qui souvent donnent lieu aux paralysies dans l’état puerpéral. »
Deux grandes causes pour nous paraissent donc devoir dominer la pathogénie des hémiplégies puerpérales. En premier lieu, nous placerons les lésions cérébrales, congestions, hémorrhagies, tromboses des sinus, — qu’elles soient primitives, comme le veut Menière, ou qu’elles soient consécutives à des affections du cœur, — endocardite puerpérale aiguë de Simpson et Decornière ou endocardite subaiguë, progressive d’Ollivier. Ces affections agissent à leur tour soit rapidement, soit lentement, et déterminent ainsi l’apparition brusque ou lenle des accidents hémiplégiques.
En second lieu, les paralysies liées à la présence de l’albumine dans les urines, qu’elles soient ou non accompagnées de l’éclampsie.
Viendraient enfin, mais à titre tout à fait accessoire
et peut-être douteux, les hémiplégies par anémie, par empoisonnement puerpéral et par action réflexe.
Pénétrons maintenant un peu plus avant daus l’étude de ces hémiplégies et voyons si elles n’offrent pas des caractères particuliers qui permettent de les rapporter plus spécialement à telle ou telle cause.
Fréquence . — Tout d’abord, ces hémiplégies sont-elles très-fréquentes? Non, puisque nous n’en trouvons guère que 67 où il y a eu hémiplégie complète et que sur les 1,600 observations que nous avons rassemblées pendant notre clinicat nous n’en avons recueilli qu’une, c’est celle de la malade dont nous avons rapporté l’histoire.
A côté de ces hémiplégies complètes, on en trouve, il est vrai, un certain nombre de partielles que nous relaterons plus loin, mais nous nous proposons de les étudier à part; il n’en doit pas être question ici.
Il n’en est pas moins vrai que ce nombre est déjà assez considérable et nous croyons qu’il pourrait encore être augmenté. Car chez les éclamptiques qui succombent sans avoir repris connaissance, il doit y avoir des cas de paralysie qui ont passé inaperçus à cause de l’état de prostration de coma dont il a été impossible de les faire sortir.
Aqe. — Au point de vue de l’âge des malades, il existe une assez grande lacune dans les observations. Voici les chiffres que nous avons trouvés dans les auteurs :
A 18 ans. Obs. 6 de Lever 1
A 19 — Obs. de Legroux. Robert Johns, obs 2 2
A 21 — Ollivier, obs. 2. Témoin, obs. 2. P. Dubois. ... 3
A 23 — Imberl-Gourbeyre, Hygea. Témoin 2
A 24 — Morgagni i
A 23 — Mauriceau. Membre. Boullay 3
A 26 — Lever, obs. 1. Ireland. R. Johns. Crosse 4
A 28 — Velpeau I
A 30 ans. Slokes. Mauriceau. Ollivier. Rogery *
A 32 — Ollivier d’Angers *
A 33 — Sabatier 1
A 34 — Morgagni. Freteau -
A 33 — QEsterreichen Wochenschrift. Meniere. Schodel. 3
A 36 — Mac Clintock. Ollivier %
A 38 — Churchill *
A 40 — Pellegrini. Moynier. Robert Johns 3
L’âge des malades ne paraît donc pas avoir une influence bien grande. Si, en effet, nous trouvons une légère prédominance de 55 à 30, c’est que cet âge est surtout celui où la femme est le plus souvent enceinte, et il est impossible d’après ce tableau de tirer aucune conclusion.
Il en est à peu près de même de la primiparité ou de la multiparité.
Nombre des grossesses.
Nous trouvons en effet chez les primipares. 17 — — chez les multipares. 14
qui se décomposent ainsi :
lre grossesse. 17
Ces faits sembleraient ainsi en opposition avec l’opinion d’Ollivier, mais il faut dire que dans nombre d’observations (28), le nombre des grossesses antérieures n’a pas été noté et que de plus les recherches d’Ollivier étant encore très-récentes et des travaux nouveaux n’ayant pas été publiés sur ce sujet, il y a là forcément un point de
clou le que des observations plus nombreuses viendront sans doute élucider.
Quant à l’époque à laquelle sont survenues ces hémiplégies, elle a été observée avec plus de soin. Les auteurs, en effet, ont tous constaté que ces phénomènes pouvaient survenir pendant la grossesse, pendant le travail et après la délivrance. Dans quelques cas, ces paralysies existaient avant la grossesse qui est venue donner une nouvelle impulsion à la maladie.
Yoici comment ces faits se décomposent :
Hémiplégies existant avant la
grossesse Lever 2
Crosse 1
Hémiplégies survenant pendant
la grossesse Menière 2
Lever 2
1er mois. Simpson 2
2e — Crosse 2
3e — Beatty 1
4' — Mac Clintock I