‹ Contributions à l'histoire des paralysies puerpéralesChapitre 4 sur 8 · HT · texte numérisé non relu

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par extension de cette inflammation, par propagation que les plexus sacrés se prenant à leur tour détermineraient la manifestation paraplégique.

Dans les deux cas, en effet, qu'a signalés M. Hervieux, il y a eu des phénomènes abdominaux; dans les deux cas, on a noté la fièvre, la sensibilité de l'utérus, lemétéorisme du ventre, la fétidité des lo ;hies, des eschares vulvaires, et si tout, dans le premier cas, s'est borné à une simple métrite (ce qui permettrait encore, dans le cas où l'on n'admettrait pas notre explication, de rapprocher ce fait des cas de Nonat, de Esnault cités plus haut), dans le second, il y a eu assurément péritonite, péritonite qui s'est terminée par un double phlegmon iliaque, et l'apparition tardive du phlegmon du côté droit ne vient-elle pas nous fournir une preuve en faveur de ce que nous avançons. N'y avait-il pas là profondément un foyer inflammatoire qui, inappréciable pendant un certain temps, s'est tout à coup révélé à l'état aigu? La malade, dit l'observation, n'ose remuer dans la crainte de réveiller la sensibilité de la fosse ihaque droite, mais elle sent que les mouvements sont plus libres. Mais a-t-on vérifié la vérité de cette assertion? L'observation n'en dit rien, et ce n'est qu'au bout d'un certain temps que la malade a essayé de nouveau de se servir de ses jambes. Or, à ce moment, l'induration phlegmoneuse avait complètement disparu, et l'observation ajoute: Quand la malade sortit le .29, c'est-à-dire seize jours après le début de ce nouveau phlegmon, elle était en bonne voie de guérison. Elle n'était donc pas complètement guérie, et cela prouve pour nous qu'il restait dans le fond du bassin une lésion qui entretenait encore cette paraplégie tout en la laissant disparaître à mesure que la lésion disparaissait elle-même.

Cette théoriederempoisonnemcntpuerpéral,du miasme puerpéral, à laquelle M. Hervieux rattache tous lesacci-

dents puerpéraux, el dont il semble faire la cause indispensable des maladies puerpérales, n'est du reste pas nouvelle et elle était comme avant ses travaux.

Si on se reporte en effet à la thèse inaugurale de M. Tarnier, qui n'est elle-même que la reproduction sur co sujet des idées de MM. Dubois, Danyau et Depaul, on y trouvera tout au long les mots d'empoisonnement, de poison puerpéral.

Dans sa thèse inaugurale, publiée en 1857 et intitulée: Recherches sur l'état puerpéral et les maladies des

femmes en couche.

M. Tarnier, à propos de la fièvre puerpérale, s'exprime

ainsi:

«L'inflammation du péritoine, de l'utérus et de ses annexes, des veines et des lymphatiques, n'explique qu'en partie et très-incomplétement la mortalité des nouvelles accouchées. Elles succombent la plupart à la fièvre puerpérale qui se manifeste lorsque certaines circonstances engendrent le ferment morbide capable de la produire, ou lorsque le poison est absorbé en nature.»

Les symptômes, la marche et quelquefois l'absence de lésions, tout dans cette maladie indique un empoisonnement. Les choses ne se passeraient pas autrement dans V empoisonnement des amphithéâtres danatomie. Que les malades présentent une disposition favorable non plus à l'élimination, mais au développement du poison, et la fièvre éclate. Sans doute, le germe épidémique peut imprimer une autre marche et modifier quelques caractères, mais l'ensemble du tableau reste le même et nous l'avons peint comme nous l'avons vu.

Constatant ensuite l'altération du sang, il ajoute: En quoi consiste-t-elle? C'est ce qu'il est impossible de dire. Des recherches ultérieures y feront peut-être saisir des modifications importantes, mais peut-être aussi, ces lé-

sions ne consistent-elles qu'eu un simple changement moléculaire, ou dans la présence d'un poison qui échappe aux instruments grossissants et aux réactifs chimiques.

Et plus loin. On est bien forcé d'admettre uue maladie du nom de fièvre puerpérale, nom que nous lui conserverons, bien que nous eussions mieux aimé le nom de septicémie puerpérale qui eût mieux montré que nous regardous cette maladie comme produite par un empoisonnement avec modification du sang. »

Admettant ensuite l'épidémie, l'infection et la. contagion, il dit que les femmes atteintes propagent la maladie eu viciant l'air par des émanations particulières ët d'une façon telle qu'il agit par une sorte d'iirfection spéciale pour produire la même maladie.

C'est par les poumons que se ferait surtout l'absorption de ce miasme contagieux dont l'existence ne lui paraît pas douteuse, mais qui n'est démontrée que par le raisonnement seul et dont on ignore, et la forme sous laquelle il se présente, et la nature.

M. Hervieux n'a donc rien inventé, et la théorie de l'empoisonnement puerpéral était enseignée bien avant lui par MM. Dubois, Danyau et Depaul ; et s'il nous était permis d'émettre une critique sur l'œuvre de M. Hervieux, nous dirions que son seul tort a été de pousser jusqu'aux dernières limites les efîets de cette théorie, d'être tombé en un mot dans un certain excès, en admettant que toutes les manifestations morbides survenant chez les nouvelles accouchées tenaient à cet empoisonnement puerpéral et à avoir voulu voir dans certaines paraplégies des lésions déterminées directement par ce poison puerpéral. Pour nous, nous avons donné plus haut notre opinion, nous n'avons donc pas à y revenir ici. ,

Reste maintenantà examiner les paraplégies réflexes et à voir si on peut les distinguer des précédentes ; or, nous Charpentier. q

allons voir que leurs caractères sont aussi nets que ceux des paraplégies organiques.

Brown-Séquard leur donne les caractères suivants : absence des symptômes spéciaux d'une maladie organique de l'épine dorsale ou de son contenu ; existence d'une paralysie incomplète des membres inférieurs qui a paru lentement, soit après une maladie des organes génitourinaires, soit après une irritation d'un nerf dans son tronc ou ses ramifications cutanées.

C'est qu'en efl'et, ce qui les différencie surtout, c'est l'absence des symptômes qui pourraient les faire confondre avec les précédentes.

Débutant soit pendant la grossesse, soit après la délivrance au bout d'un temps plus ou moins variable, jamais la paraplégie réflexe ne s'accompagne de ces douleurs du côté de Tépine ou des reins que nous avons vues exister constamment dans les cas de paraplégie organique. Insi • dieuse au début, c'est-à-dire caractérisée par un simple affaiblissement qui ne porte souvent que sur un seul des membres, elle ne tarde pas, quelquefois même cela se produit en quelques beures, à gagner Tautre membre et à devenir plus ou moins complète; mais c'est surtout da :s ce cas que l'on observe ces altérations bizarres de la sensibilité que nous avons signalées lors des symptômes. Presque toujours limitée aux membres, elle laisse le plus habituellement intactes les fonctions de la vessie et du rectum^, et survient tantôt sans cause connue, tantôt sous l'influence d'un refroidissement, d'une hémorrhagie ou de la grossesse seule. On la voit se produire aussi bien après un accouchement facile qu'après un travail laborieux, mais ce qui la caractérise en général, c'est son peu d(j durée. Intimement liée à la grossesse, elle paraît souvent avec elle et disparaît de même en présentant des alternatives d'augmentation et de diminution en rapport

avec l'augmentation ou la diminution de l'irritation. Celle qui survient pendant la grossesse cesse en général vers le huitième mois.

Si, au contraire, elle paraît après l'accouchement, presque toujours alors on trouvera dans des hémorrhagies, dans des refroidissements une cause occasionnelle qui viendra donner l'explication de cette paraplégie.

Mais, encore une fois, ce qui la caractérise surtout, c'est l'absence de symptômes qui permettent de la rapporter à une autre cause qu'à l'action réflexe et la rapidité avec laquelle elle disparaît, en un mot son peu de gravité. Nous avons pourtant fait nos réserves à cet égard, et dit que dans certains cas, elle pouvait devenir persistante, mais c'est qu'alors elle s'est pour ainsi dire transformée. Primitivement, ces paraplégies sont survenues par suite d'une action réflexe, puis cette action persistaet et augmentant d'intensité sous l'influence de causes diverses, la moelle se trouve affectée plus ou moins gravement. Cette affection médullaire pourra n'être qu'une simple congestion persistant un temps variable, comme aussi elle pourra présenter tous les symptômes de la myélite, et alors on verra reparaître tous les signes que nous avons donnés à propos des paralysies par lésions organiques.

Ces paraplégies exercent-elles une influence sur la grossesse? On peut sans crainte répondre par la négative; elles ne compromettent pas l'existence de la femme et ne peuvent avoir aucune action sur le développement régulier du fœtus.

Mais il n'en est pas de même au point de vue de l'accouchement; etsi leur influence se borne pendant la grossesse àsupprimer la sensation déterminée par les mouvements fœtaux, elles peuvent dans certains cas avoir une action directe sur l'accouchement; mais cette action varie avec l'intensité des xjaraplégies. Si, en effet, la maladie est li-

mitée aux membres inférieurs, l'aclion sur la marche du travail paraît à peu près nulle, et ilsemblerait au contraire qu'en diminuant le sentimentde la douleur chez la femme, elles favorisent un travail rapide. Mais il n'en est plus de même quand la paralysie s'étend jusqu'aux muscles abdominaux. On sait en effet que ceux-ci n'entrent réellement en action que lors de la période expulsive du travail et contribuent alors assez puissamment à la terminaison de l'accouchement. Or, il semble que, dans les cas où les muscles abdominaux sont paralysés, leur action venant à faire défaut, le travail qui semblait devoir se terminer rapidement subisse, à son dernier moment, un temps d'arrêt qui paraît être sous l'influence de 'cette paralysie des parois de l'abdomen. C'est en effet ce qu'il est permis de constater dans l'observation du D"" Gamet en particulier; on pourrait donc à ce point de vue diviser les paraplégies en deux classes.

A propos de l'influence de la paraplégie sur le travail, Brachet cite l'exemple d'une femme atteinte d'une paraplégie avec perte complète du mouvement et de la sensibilité qui put devenir enceinte. Une fois le neuvième mois arrivé, le travail parut vouloir s'étabUr, il y eut quelques contractions utérines, mais très-faibles, et qui ne furent pas ressenties par la malade. L'orifice du col utérin était mou, relâché, facile à entr'ouvrir. Dans l'espoir de ranimer les contractions utérines, M. Brachet pratiqua quelques titillations sur le col, puis il pensa devoir rompre les membranes. ±j'évacuation de l'eau amniotique eut lieu, et l'utérus revint sur lui-même, mais en vertu seulement de la rétractilité de son tissu. Enfin, après avoir cherché vainement pendant deux heures à provoquer quelques contractions de la matrice, il crut convenable d'appliquer le forceps et fit naître ainsi un enfant vivant. Après la sortie de l'enfant, l'utérus se rétracta de nouveau, et la même

chose se reproduisit pour Li (lélivrnnro. I.a moelle épinière paralysée tenait donc l'utérus sous sa dépendance. (Schœnfeld. Annales de gynécologie, 1839.)

L'auteur à ce propos rappelle les expériences de Brachet dans lesquelles la section de la moelle épinière, pratiquée entre la deuxième et la huitième vertèbre lombaire, amena chez des femelles de cochon d'Inde la diminution presque complète des contractions utérines, et la section pratiquée plus haut l'arrêt complet de ces contractions. L'excitation électrique des deux bouts divisés delà moelle ranimait au contraire ces contractions et amenal'expulsion rapide des foetus contenus dans la matrice d'une lapine; il ajoute: néanmoins, malgré cela, on ne saurait conclure que tout, dans la parturition, dépend de l'axe cérébro-spinal ; le système ganglionnaire doit avoir ici quelque influence, et il reste à démontrer si l'un peut agir indépendamment de l'autre ; il est vrai que le système ganglionnaire peut seul fonctionner pendant quelque temps, mais pour que son action se prolonge, il faut qu'il soit alimenté en quelque sorte par le système cérébro-spinal. Ainsi, par suite de la section de la moelle épinière, la prolongation des contractions utérines n'est pas possible. Les expériences de Legallois démontrent cependant que ce travail de la parturition peut continuer chez les animaux même après la décapitation.

Si la paraplégie est limitée aux membres inférieurs, l'accouchement suit sa marche régulière et peut même se terminer plus rapidement; si, au contraire, les muscles abdominaux sont pris, l'accouchement marche rapidement jusqu'à la période d'expulsion; mais alors la lenteur peut devenir telle que l'on soit obligé d'intervenir.

Le traitement variera donc avec la nature de la maladie, et si, dans le premier cas, c'est aux révulsifs et aux excitants sur les membres inférieurs, à la noix vomique

que l'on devra avoir rncours, dans le second cas, le régime tonique et le repos suffiront le plus habituollemenl il juger une maladie dont la tendance naturelle est la guérison. Si enfin, la maladie, même dans ce dernier cas, résistait un peu plus, les eaux minérales pourraient être employées avec avantage, et l'on a vu par quelques observations que les résultats les plus satisfaisants avaient été quelquefois obtenus par leur emploi.

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