Aeo. zooL, 1839, p
deux espèces entre elles, de façon à en faire ressortir plus sûrement les rapports et différences.
La taille est à peu de chose près la même ; 0'^24. Chez la Pie-grièche d'Algérie, le dessus de la tête est d'un gris brun, plus foncé que sur les autres parties du corps qui sont d'un gris cendré intense. Chez notre Pie-grièche grise, ces parties sont beaucoup plus claires ; la bande noire qui couvre les lorums, les yeux, et descend sur les côtés du cou est absolument disposée de même et sa couleur noire ni plus ni moins foncée. La gorge et le devant du cou sont d'un gris blanc ; le bas du cou, la poitrine, les flancs, le ventre sont gris fortement nuancé de cendré ; chez la Pie-grièche grise, toutes ces parties sont beaucoup plus claires, surtout la gorge et le cou qui sont blancs. En dehors de ces différences qui reposent presque exclusivement sur la coloration, tous les autres caractères sont communs aux deux espèces.
Ne me trouvant en Tunisie, en 1901, que pendant le mois de mai, je n'avais observé que la Pie-griàche rousse, piquant des coléoptères aux épines. Elle ne fait guère son apparition qu'à ce moment de l'année ; en hiver elle disparait et doit descendre plus au Sud. Elle est remplacée par la Pie-grièche d'Algérie que j'ai pu observer à loisir. Tai pu également m'assurer que, de même que sa congénère, elle ne se fait pas faute de piquer des insectes au bout des branches et même en plus grande abondance.
Le Moineau espagnol, Passer hispaniolensis (Temm.), qui remplace en Tunisie notre Moineau domestique, est pour le pays un bien autre fléau que ce dernier ne l'est en France.
Je tiens d'un des RR. Pères de Sainte-Marie-du-Zid, qui n'a voulu admettre le fait qu'après en avoir été le témoin, qu'une meule de foin de plusieurs quintaux avait été démolie et enlevée brin par brin par ces oiseaux, pour la construction de leurs nids sur les Lentisques et les Oliviers
60 U. DE GHAIGNON.
de la brousse. Aussi est-ce par milliers que les œufs, au moment des couvées, sont enlevés et détruits. On peut juger par là des dégâts que ces maudits volatiles peuvent commettre dans les cultures.
Pour l'instant, 6n avril, commencement de mai 1904, le bled de Bir-M'Gherga est envahi par des nuées de plusieurs milliers de ces oiseaux. Tous les bordjs sont sur pied pour défendre les récoltes qui commencent à mûrir. Des coups de fusil, des coups frappés sur un objet sonore, des cris, etc., et tout ce tapage sans interruption car, chaque colon agissant de même sur son terrain, la bande aurait vite fait de reparaître aux endroits d'où on Ta chassée.
On s'explique difficilement cette apparition qui, depuis dix ans, n'avait pas été signalée dans le bled de Bir-M'Cherga. Dans les localités boisées, toute la ligne d'Algérie, par exemple, Tebourba, Réja, la région de Sainte-Marie-du- Zid et bien d'autres où ces oiseaux nichent, on est moins surpris de leur présence et, comme elle est annuelle, on prend des mesures en conséquence. Mais pourquoi ce déplacement cette année, au détriment de Bir-M'Cherga? Faut-il mettre pareille invasion sur le compte de perturbations atmosphériques, de violents orages, de vents ayant soufflé en tempête? On ne peut invoquer le manque de nourriture, les récoltes sont belles partout ; leur maturité serait-elle moins avancée dans les localités où ils séjournent habituellement? Il est malaisé de se prononcer.
Au djebel Zaghouan et dans la brousse garnie de Thuyas qu'on traverse pour aller du marabout de Sidi-er-Reis à Korbens, on rencontre de nombreux couples de laBubiette de Moussier, Ruticilla Moussieri (Olph.-Gaill.), qui séjournent sur ces hauteurs et y nichent.
Je tiens de M. Blanc un couple mâle et femelle de la rare Saxicola mxsta (Licht.) venant de Qafsa. Cette espèce a la taille de notre Traquet motteux et probablement les mêmes mœurs que nos espaces méridionales ; la coloration diffère
HISTOIRE NATURELLE DE LA TUNISIE. 6l
sensiblement; j'en dirai quelques mots de plus que le Conspecfus generwn Avium, ^
Chez le mâle, front, nuque, occiput et arrière du cou blanc lavé de grisâtre cendré, un peu plus clair sur les côtés de la tête ; lorums, couvertures auriculaires noirs, le noir s'étendant jusqu'au blanc du cou en arrière ; gorge noire poin«* tiUée de blanc dans le bas. Poitrine, ventre blancs ; souscaudales d'un fauve très clair presque rosé. Haut du dos noir fuligineux, croupion roussâtre ; rectrices rousses dans le tiers supérieur, le reste d'un noir terne en dessus, noir grisâtre en dessous. L'extrémité des rémiges est d'un gris roux bordé de blanchâtre. Bec et pieds noirs. Chez la femelle, tout le dessus de la tête, l'arrière du cou sont roux ; gor^e blanche, poitrine et ventre blanc jaunâtre. Le dessus du corps gris roux, le croupion roux; la queue est pareille à celle du mâle, avec le noir plus effacé. Bec et pieds d'un noir moins prononcé.
J'ai déposé dans les vitrines du musée de la Société d'histoire naturelle d'Autûn, un très bel exemplaire du Faucon de Barbarie, Falco barbarus (Linn.), femelle bien adulte. Sans parler des autres caractères qui sont plus difficiles à saisir, cette espèce se reconnaît de prime abord à sa grande tache rousse mouchetée de noirâtre, qui recouvre l'occiput et la nuque. En Tunisie il se tient de préférence dans les localités élevées et boisées; en plaine dans les endroits découverts. Il n'y est que de passage, aussi ne le tue-t-on que rarement. Il n*est pas exclusif à la Barbarie et se montre accidentellement dans l'Europe méridionale; Degland et Gerbe le donnent comme oiseau d'Europe.
Dans les derniers jours d'avril et au commencement de mai, j'ai revu en nombre, le long de l'oued Miliane, le gracieux Guêpier d'Europe, planant au-dessus de l'eau, nullement sauvage et très facile à tirer. Ces oiseaux ne
t. Ch. Bonaparte, Corup. g. Avium, 1850, p. 304, sp. 15.
62 H. DE CHAIGNON.
chassent pas en volant indéfiniment à la façon des hirondelles. Les ayant suivis à plusieurs reprises, j'ai pu remarquer qu'après quelques évolutions en Tair, soit en amont soit en aval du cours d'eau, ils s'abattaient sur le sable, dans la brousse ou sous les Lauriers roses, pour y chercher des insectes, en courant beaucoup par terre. Quand ils avaient bien fouillé un endroit, toute la troupe repartait, recommençait le long de l'oued ses gracieuses évolutions et allait s'abattre un peu plus loin pour continuer la chasse. C'est d'ailleurs ce que rapporte Degland, d'après Savi.
Dans les mêmes parages et aux mêmes époques, le BoUier d'Europe, le poétique Oiseau bleu^ commençait à se montrer, remontant du Sud probablement, mais en moins grand nombre qu'en 1901.
Pendant le mois de mai 1901, la sebkra Boucha, située au sud-ouest du djebel Aziz et à 9 kilomètres de Bir^ M'Cherga, était complètement à sec, par conséquent sans aucun oiseau. Mais, en 1903, les pluies de l'hiver eurent vite fait de la remettre à l'état de lac. A cette époque, les oiseaux d'eau y sont encore rares et surtout inabordables; pour les approcher il faudrait se mettre à l'eau jusqu'à la ceinture. Une fois la saison des pluies passées, Therbe commence à pousser sur les bords ; les eaux baissent progressivement et, quand il n'y en a plus que quelques centimètres, vers la fin d'avril, par exemple, on peut facilement s'avancer en pleine eau, où abondent, dans l'herbe, les joncs et surtout à découvert, les oiseaux d'eau les plus variés. Le plus commun et le plus abordable est bien le Chevalier Sylvain. Les autres, quand ils ont été tirés une fois ou deux, ne se laissent plus que difficilement approcher; il faut être plusieurs pour les entourer et les tirer au passage. Inutile de mentionner ces espèces qui, toutes, font partie de la faune ornithologique d'Europe.
Parmi les oiseaux que Ton se contente de regarder, il faut citer le Flamant rose qui habite là par centaines; il en
est de même dans toutes les sebkras. Si on ne peut les tirer, on a plaisir à les voir évoluer. Quand on fait mine d'aller vers eux, ils ne s'envolent pas tout de suite et même pas du tout, si on reste à distance convenable ; mais à mesure qu'on approche, ils se mettent en file indienne, en s'avançant très gravement et suivant le bord de l'eau, chacun imitant les mouvements du premier, la démarche très posée, les pattes s'allongeant lentement ; mais le corps lancé en avant plus brusquement quand le pied va poser à terre. C'est très bizarre de voir se dérouler cette longue Gle qui avance par saccades, sur des centaines de mètres ; en bas, reflétée dans Teau, et par en haut se profilant par sa blancheur sur le fond plus sombre du paysage. Si on s'approche davantage, mais jamais à portée de fusil cependant, toute la bande s*enlève à la fois, et sans ordre se transporte sur l'autre bord de la sebkra, où on pourrait indéfiniment lui faire recommencer le même manège. En été, quand ces lacs temporaires ne sont plus qu'une vaste plaine desséchée, les Flamants se répandent dans les chotts et les lacs salés, celui de Tunis par exemple, où ces oiseaux abondent pendant la belle saison.
Dans mon premier voyage, je n'avais pas vu la Grue cendrée, Grus cinerea (Bechst.). En 1903, ce n'est pas par centaines, mais par milliers que je les ai aperçues, au moment de leur montée du Sud, c'est-à-dire du 20 au 27 mars. Pendant ces quelques jours, entre huit heures et neuf heures du matin principalement, les vols se succédaient et passaient au-dessus du djebel Maouine, se dirigeant du côté de la grande plaine d'Oudena qui était leur quartier général avant la dispersion totale. Il avait même été question d'une grande battue organisée par les colons des environs ; puis pour différentes raisons, on ne put y donner suite au moment voulu et, quand tout fut décidé, il était trop tard, toute l'immense bande avait disparu. Tous les vols, composés de cent, deux cents, cinq cents oiseaux
64 H. DE GHAIONON.
plus OU moins, s'avançaient en formant un triangle, ou plus exactement un angle ; on voyait souvent Toiseau de tête se séparer des autres et aller se mettre au dernier rang. Avec une lunette on pouvait les suivre à de grandes distances. En prenant la peine de se trouver sur les lieux, on aurait pu les tirer du haut du djebel Maouine où plusieurs vols passaient à portée de fusil.
Poissons et Crustacés.
Dans Tordre le plus inférieur des vertébrés figurent les Poissons. Quelques pêches assez heureuses dans Toued Miliane, Toued El-Amor, Toued Debbane, la fontaine romaine de Teboursouk, les sources de BuUa-Regia, cellesci moins réussies cependant, à cause du manque d'engins nécessaires, puis dans les eaux salées de Toued El-Hammam, et plus tard en Kroumirie, dans Toued Sidi- Abdallah, etc., m'ont permis de réunir quelques représentants de la faune ichthyologique du nord de la Tunisie. Cette faune, d'ailleurs, est assez réduite, si j'en juge par les renseignements que j'ai obtenus sur les lieux, mais surtout par ce qu'en dit Paul Gervais, dans sa brochure sur les Poissons ftuviatiles de V Algérie ^ dans laquelle il fait ressortir combien les eaux douces de cette partie de rAfrique sont pauvres en animaux de cette classe et le petit nombre de leurs espèces. Ces remarques peuvent s'appliquer également à la Tunisie.
Dans les eaux où j'ai pu pêcher sérieusement, l'oued Miliane par exemple, je ne crois pas qu'aucune espèce m'ait échappé. Quant au cours d'eau le plus important de la Tunisie, la Medjerda, il doit certainement y avoir des espèces qui ne remontent pas dans les oueds secondaires, qu'ils soient tributaires ou non de ce grand fleuve. Il doit en être de même en Kroumirie ; les conditions de milieu étant différentes, il peut se faire qu'il s'y rencontre des
espèces qu'on ne trouve pas dans les cours d'eau de la plaine. Quoi qu*il en soit, je ne m'occuperai que de celles que j'ai rapportées.
Dans l'oued Miliane où je suis allé nombre de fois, le poisson le plus abondant est un Barbeau. Paul Gervais ^ en indique trois espèces pour l'Algérie, qui peuvent à la rigueur se réduire à deux : le Barbus eallensis (Valenc), et le Barbus setivimemis (Whlenc.) ; le Barbus Umgiceps (Valenc), se confondant avec le Barbus eallensis. Le premier serait fort voisin du Barbus fiuviatilis d'Europe, ce qui n'est pas le cas pour le Barbeau de Toued Miliane ; se rapprocherait-il davantage du Barbus setivimensis dont le nom est indiqué sans description, ou simplement pour mentionner une divergence de manière de voir entre un auteur et un autre, à propos de la présence ou de l'absence d'un rayon dentelé à la nageoire dorsale ? Mais si on le rapproche du Barbeau méridional, Barbus meridionalis (Risso) ou Barbus eaninus (Valenc), l'identité est à peu près complète et conforme à la description qu'en donne Blanchard. ^
D'après cet auteur, le Barbeau méridional se trouve dans le midi de la France, en Italie, etc. Au palais Saint-Pierre, à Lyon, dans la galerie des Poissons, il y a un Barbus canù ma, d'Afrique, qui rappelle absolument mes sujets de l'oued Miliane, mais sans indication plus précise de localité ; il n'est peut-être pas sans intérêt de comparer notre Barbeau commun avec le Barbeau méridional ; c'est un moyen d'en faire ressortir les rapports et différences.
Le premier est beaucoup plus effilé ; le Barbeau méridional est plus ovalaire, la tête plus courte, plus obtuse, et n'a point de dépression sensible entre le museau et la région nasale ; tout le corps est d'un gris de perle. Chez le Barbeau commun, la couleur est beaucoup plus sombre,
1. p. Genrais, AemarguM sur lêê poUêonê fluviàtihs de V Algérie^ Ann. des tdeoees Daturelles. Zoologie, année 1853. i. S. Blanchard, lêê Poiêêonê des eau» doucêê de la France, 1880.