TOME XVII
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jaune verdâtre ; elle est encore renforoée par la tache foncée qui borde plus ou moins régulièrement chaque écaille. Les écailles sont bien différentes de celles du Barbeau commun ; chez ce dernier, le bord libre affecte un contour a peu près ogival; les stries soht peu divergentes. Dans le Barbeau méridional, les écailles sont presque aussi larges que longues, et le bord libre Test beaucoup plus, avec le contour surbaissé et festonné. Les stries sont plus divergentes. La nageoire dorsale est moins élevée que chez le Barbeau commun et n'a pas de gros rayon osseux dentelé en manière de scie (E. Blanchard). Cette partie est absolument lisse.
Dans Annali del Museo civico di storia naturale di Genova, vol. XX, Mater iali per lo stmiio délia fauna Tunisina raccoUi da G. e L. Doria^ — Pesci par 0. Vinciguerra, ouvrage qui s'étend plus longuement sur la description des Barbeaux, la dernière espèce B. longiceps (Cuv. et Val.) que j'avais citée plus haut d'après P. Qervais, est à éliminer. Guichenot a reconnu qu'elle n'habitait pas en réalité les eaux d'Algérie.
Sans entrer dans tous les détails donnés par Tauteur sur les caractères du B. callensiSy il faut cependant remarquer que cette espèce, comme l'indique P. Gervais, se rapprocherait de notre B, fluviatilis; les formes sont plus effilées, le museau plus allongé, une dépression existe au-dessus du front, etc. C'est d'ailleurs ce que je faisais ressortir en commençant. Cette espèce est commune aux trois régions hydrographiques : le Tell, les hauts plateaux et le Sahara, mais elle n'a pas été retrouvée en dehors des confins du Sahara ni en Tunisie. Reste le B. setivimensiSy qui serait plus haut de corps, plus trapu; le front n'est pas écrasé en dessus, le museau est plus court. L'insertion de la nageoire dorsale est un peu plus en avant que celle de la ventrale ; dans mes exemplaires, la nageoire dorsale n'a d'ossifié que le premier rayon qui est entièrement lisse et ne présente pas plus en avant qu'en arrière de dents robustes. Les deux espèces : B. callensis et B. setivimensis ont d'ailleurs beau-
coup de oaractères communs. Il n'est pas question de la forme des écailles ; ce caractère aurait cependant sa valeur que je retrouve dans le B. caninus, sans prétendre qu'il s'agisse de cette espèce ; mais l'analogie entre les deux formes est remarquable. Les matériaux de comparaison sont trop peu nombreux cependant pour qu'on soit autrement affirmatif.
Cette espèce n'est pas indiquée davantage comme ayant été trouvée en Tunisie ; néanmoins c'est celle qui se rapprocherait le plus des exemplaires que j'ai rapportés.
En outre de ces différences extérieures, il est un caractère anatomique ou interne qui sépare tout aussi complètement les deux espèces. Chez le Barbeau méridional (j'entends toujours par là le nom que je donne à mes sujets) tous les viscères dans l'intérieur du corps sont enveloppés par une membrane noirâtre, continue, qui tapisse les côtes en faisant le tour de la paroi interne. Si Ton n'a pas la précaution de Tenlever en vidant le poisson, ainsi que les ouïes, il est amer et absolument immangeable. Dans le Barbeau commun, cette membrane n'existe pas.
Cette particularité n'étant pas signalée par Blanchard, à propos du Barbeau méridional qu'on pêche dans le midi de la France, peut-être y aurait-il lieu de considérer ce Barbeau des oueds tunisiens, comme une variété du premier, à moins de ne voir là qu'une modification accidentelle, occasionnée par le milieu, ou bien encore si le B. selivimensis en question présente la même particularité, ce qui établirait un rapprochement de plus.
Dans l'oued El-Amor, que traverse la route de Medjezel-Bab à Tunis, sur un pont métallique et à quatorze kilomètres de Medjez, j'ai pris également des Barbeaux qui ne me semblent pas différer de ceux de l'oued Miliane.
L' Anguille existe dans ces deux cours d'eau. On la pêche à la ligne. J'ai pu en obtenir quelques exemplaires. P. Gervais, à propos de l'Anguille d'Algérie, lui donne le
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nom d'Anguilla callensis, créé par Guichenot, ajoutant que la différence entre les Anguilles d'Europe et celle d'Algérie est encore mal définie, si toutefois elle existe. Blanchard cite trois espèces ou variétés différant par le nombre des vertèbres et surtout par la forme de la tête. Certains auteurs admettent cette division qui a été créée par Risse, d'autres la rejettent. L'Anguille de l'oued Miliane et celle de l'oued El-Amor sont semblables, par conséquent on peut comparer l'une ou l'autre à nos Anguilles de rivière où, suivant les pays, on trouve indistinctement les trois variétés. Les termes de comparaison font un peu défaut pour qu'on puisse être affirmatif ; il semble cependant que, par la conformation du bec, les sujets tunisiens se rapprocheraient assez de la variété Anguilla medioroslris (Risse), qui serait la plus commune en France. Mais pareil rapprochement ne peut être que très superficiel.
Grâce à l'obligeance du président de la Société d'histoire naturelle d'Autun, M. B. Renault, qui a bien voulu me mettre en rapport avec le personnel du Muséum, j'ai pu soumettre à la haute compétence de M. Léon Vaillant, professeur d'Herpétologie et d'Ichthyologie, un troisième poisson de Toued Miliane, capturé au filet à cause de sa petitesse. Sa taille ne dépasse pas O^'OGB chez les plus forts ; la taille moyenne étant de 0°'045 environ. Les écailles sont assez grandes, vu la grosseur très minime du poisson. Celles de la ligne latérale sont toutes piquetées de points noirs qui, parleur réunion, forment une bande brune bien continue et plus accentuée du côté de la queue. Le dos est d'un brun jaunâtre ; cette coloration est due également à une infinité de petits points sombres ; le ventre est blanc.
Après une étude approfondie, sur des spécimens recueillis à différents âges, en 1903 et 1904, M. le professeur L. Vaillant a fini par considérer cette espèce de poisson comme nouvelle, et a bien voulu lui donner le nom de Phoxinello de Chaignon, Leuciscus (Phoxinellus) Chaignonij faisant
suivre l'annonoe de cette décision, dont je lui suis profondément reconnaissant, de la note suivante : « Le sous-genre Phoxinellus a pour type le L. (Phoxinellw) Zegeri Heckel, qui est peut-être la seule espèce légitime de ce petit groupe. La nouvelle espèce s'en distingue aisément par ses écailles plus grandes, 37 à 40 à la ligne latérale, au lieu de 56 à 66. Le Leucisciis Chaignoni est intéressant parce qu*il constitue un quatrième type de Cyprinoïdes, pour la région barbaresque, avec les Barbus callensis {C. etV.), B. selivifnensis{C. et V.), Leucùcfis callensis (Guich.), et se trouve éloigné du type géographiquement, le L (Phowinellus) Zegeri ayant été trouvé à Âlep et dans le lac de Tibériade. » Je prie M. le professeur L. Vaillant de vouloir bien agréer l'expression de toute ma gratitude, pour son extrême obligeance.
En dehors de ces quatre espèces reconnues dans les cours d'eau susmentionnés, je n'ai pas appris qu'il en existât d'autres ; pour bien des personnes même, cette dernière espèce n'était pas soupçonnée.
Quant aux Poissons qui pourraient habiter indistinctement les eaux douces et les eaux saumfttres et remonter le cours des oueds, s'il en existe, il serait peut-être possible d'en trouver à leur embouchure ; mais, si on les rencontre sur un parcours un peu étendu, on remarque bientôt qu'à part le moment des crues, le poisson ne peut y accéder. A l'époque des sécheresses, tout courant cesse et l'eau n'occupe plus que de loin en loin des profonds, où se retire le poisson qui, sans cette ressource, périrait inévitablement.
A l'oued El-Amor, où le pont sur la route est à sept kilomètres de l'embouchure de l'oued, dans la Medjerda, il n'y avait pas d'eau au moment de mon passage. Pour y pêcher, il fallait remonter à près de deux kilomètres en amont. De oe fait on peut avancer que, dans certaines saisons au moins, c'est un peu l'inverse de ce qui se passe pour nos rivières ; il y a plus de probabilité de trouver de l'eau
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dans les oueds tunisiens, en les remontant qu'en les descendant.
L'oued Debbane prend sa source dans le massif du Djouggar, et se dirige sur Pont du Fahs, recueillant sur son passage les eaux des marais qui s'étendent au sudest. Â trois kilomètres du Fahs, il se jette dans l'oued Miliane, à 200 mètres environ du majestueux pont romain qui fait communiquer, encore de nos jours, la plaine avec l'antique cité de Theburbo majus^ dont les ruines couvrent une surface de trois kilomètres de tour.
L'oued Debbane n'a pas de l'eau toute Tannée ; dans le moment des grandes sécheresses, son cours est interrompu et, de même que pour l'oued El-Amor, voire même Toued Miliane et bien d'autres, il ne subsiste plus que des dépressions distribuées de distance en distance, où l'eau séjourne et permet aux poissons de ne pas périr.
Au 16 avril 1904, en dehors de ces profonds, l'oued n'était qu'un ruisseau, où abondait le petit poisson soumis à M. le professeur Vaillant et nommé par lui Leuciscus {Phoxinellus) Chaignoni ; puis dans les bassins de profondeur et d'étendue variable, le Barbeau, Barbus canirvas (Guv. et Val.) et l'Anguille, la même que celle de l'oued Miliane. C'est donc la même faune ichtyologique que dans ce dernier cours d'eau ; c'était à prévoir, les deux oueds communiquant ensemble.
Dans une course à cheval faite en compagnie de M. Blanc, nous sommes allés de Soliman à Korbeus ; sans tenir compte des arrêts, on peut compter cinq heures de marche.
Jusqu'au marabout de Sidi-er-Reis, la route est bonne mais, à partir de là, on suit le flanc ouest de la presqu'île du cap Bon, par un mauvais sentier à mulets qui longe la mer à des distances et à des altitudes variables. Un peu avant d'arriver aux fermes de M'Raissa, la route passe sur un pont qui remplace un ancien gué, et permet de franchir sans difficulté l'oued Bezirk, où nous fîmes une halte
de quelques heures; halte que nous renouvelâmes le lendemain à notre retour. La distance entre le pont et Soliman est de huit kilomètres.
L'oued Bezirk a de Teau toute Tannée, en plus ou moins grande abondance suivant la saison. A quelque cents mètres à Test du pont, se trouve l'embouchure de l'oued Aouîna, petit affluent de Toued Bezirk, qui a le même régime que ce dernier : berges peu profondes, creusées dans les alluvions de la plaine et ombragées de nombreux Lauriers roses ; Teau sans être de première qualité, est potable, au moins à l'époque de notre passage (5 et 6 avril).
Aidés de notre guide et surtout des nombreux petits bergers arabes que nous mimes à contribution et qui ne craignent pas de se mettre à l'eau, nous n'eûmes pas de peine à réunir la petite faune renfermée dans cet oued, qui présente tout d'abord une particularité très inattendue, l'absence complète du Barbeau, Ba/rbus caninus. Quand il existe, c'est le poisson le plus abondant, par conséquent on ne peut manquer d'en prendre, soit des jeunes, soit des adultes, et nous étions outillés pour les deux cas*
L'Anguille n'y est pas rare; c'est toujours la variété à bec moyen ou à long bec des auteurs. Les exemplaires capturés ne sont peut-être pas assez adultes, pour permettre d'être tout à fait affirmatif sur ce point.
Hais le plus abondant que nous ayons pris en nombre, c'est encore le petit poisson identique à celui de l'oued Miliane, de l'oued Bakbàka, etc. C'est la même espèce que ce dernier, et nous avons réuni les types les plus complets comme grosseur; la taille maximum de nos exemplaires n'est pas dépassée. Gomme les précédents, ces exemplaires ont été soumis à la haute compétence de M. le professeur Vaillant, qui y a toujours reconnu le Uuciscus (PhoooinelluB) Chaignoni nov. sp. En résumé, la faune ichtyologique de Toued Bezirk se trouverait réduite à deux espèces au lieu de trois, comme dans d'autres cours d'eau susmentionnés^
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Je n'ai cité Korbeus qu'à cause de ses trois sources chaudes où j'espérais trouver une faune spéciale ; mais une fois sur les lieux, notre espoir fut vite déçu. A la source principale, Teau est à la température de 58"* centigr., ce qui ne Tempêcherait pas d'être habitée, si elle prolongeait son cours sur une certaine étendue, permettant à Teau de se refroidir; mais à 25 mètres à peine de son point de sortie, elle tombe dans la mer avec une différence de niveau de 8 à 10 mètres. Il en est de même pour les deux autres sources qui ont encore moins d'importance que la première.
Si on part de Zaghouan, en suivant dans la direction de Test, la piste de Bou-Ficha, après une heure et demie de marche, on quitte cette piste pour prendre, sur la droite, un mauvais sentier qui mène en peu de temps au pied de la montagne. Arrivé là on se trouve à rentrée d'une gorge profonde et bordée de rochers escarpés ; l'aspect est sauvage et désert, mais des plus pittoresques. Dans la brousse, la végétation est dense et vigoureuse et dénoterait une nature de terrain susceptible de belles cuN tures. C'est à l'entrée même de la gorge que se trouve la source d'Hammam-Zriba. Il y a peu d'années encore, elle arrivait dans un hammam attenant au marabout de Sidi Bezekri, situés l'un et l'autre à une vingtaine de mètres au-dessus de son niveau actuel. Les indigènes venaient y prendre des bains. D'imposantes ruines autour du hammam indiquent qu'à l'époque romaine ces eaux jouissaient d'une grande réputation et il y avait là une importante station balnéaire. Aujourd'hui, l'eau a disparu du hammam qui a été abandonné, et ne se montre plus qu'en dessous. Elle sort du milieu d'un rocher grossièrement circulaire, qui est lui-même entouré d'eau, celle-ci formant cuvette ou petit bassin, où apparaissent^ des poissons malgré la température plus que tiède de l'eau car, à sa sortie du rocher central, elle est à la température de 39 degrés centigrades ;
elle est douce et peut se boire, à la oondition de la laisser refroidir. Âpres avoir dépassé les rochers du bas de la montagne, elle forme un oued qui serpente au milieu des ondulations de la plaine et va se perdre dans l'oued Bagra.
Gomme poissons, j'y ai recueilli le même Barbeau que précédemment. Barbus caninus (Cuv. et Val.) ; et toujours le petit Leusiscus {Phoxinellus) Chaignoni (Vaillant). Des Arabes m'ont assuré que l'Anguille ne remonte pas jusque-là ; c'est vraisemblable en raison de la température élevée de l'eau, qui est encore tiède à une assez grande distance de son point d'émission.
A six kilomètres de Zaghouan, sur la route qui mène à Sainte-Marie-du-Zid, on passe l'oued Bagra sur un pont en pierres nouvellement construit. En ce point, l'oued n'est encore qu'un fort ruisseau ; sa source se trouve à 5 ou 600 mètres seulement du pont. Elle sort de terre au milieu d'un cirque garni d'herbes, de joncs formant marais, et sans surélévation au-dessus de son cours.
Là encore j'ai recueilli en assez grand nombre le Phoxi^ nellus Chaignoni et le Barbus caninuSy mais pas d'Anguille ; elle y existe cependant, mais ne remonte peut-être pas aussi haut à cause du peu de profondeur de l'oued. Par contre, dans la partie inférieure du cours de l'oued Bagra, elle est très abondante et y atteint une grande taille.
Je tiens du R. P. Maillet-Quy, de l'établissement agricole de Sainte-Marie-du-Zid, qui a souvent exploré cette partie de l'oued, une communication très importante concernant ce poisson.
Pour le R. Père, observateur judicieux et s'intéressant à l'étude de l'histoire naturelle, l'existence de deux espèces ou variétés d*Anguille, peut-être de trois? ne fait pas de doute ; et cela, bien entendu, en comparant entre eux des sujets de même taille. Certains d'entre eux ont une tête énorme, presque difforme, avec les bords des mâchoires
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sensiblement parallèles; tandis que d'autres ont le museau conique, ef&lé, et représenteraient le type à long bec des auteurs. Peut-être y a-t-il lieu également de tenir compte d'une variété intermédiaire, Tanguille à bec moyen? Quoi qu'il en soit, si ces caractères ne suffisent pas pour établir des espèces difiérentes, ils sont plus que probants pour faire admettre des variétés bien tranchées et habitant les mêmes eaux.
Grâce au bienveillant concours et aux renseignements que les RR. Pères ont bien voulu me fournir, j'ai pu explorer la source de Hammam-Jedidi, située à huit kilomètres à l'est de leur établissement. Hammam-Jedidi n'est pas situé dans un site aussi solitaire et aussi pittoresque qu'Hammam-Zriba, mais au pied d'une modeste colline qui est cependant le prolongement de hauteurs plus élevées situées en arrière. Il y a un grand hammam composé de plusieurs corps de bâtiments ; c'est une station balnéaire très fréquentée par les indigènes. La source arrive directement dans un de ces bâtiments et, par ce fait, n'est pas visible. L'eau en est très salée, et sa température, à la source même, est de 58 à 59 degrés centigrades.
Après sa sortie du hammam, elle devient l'oued EUHammam, sur un parcours de deux kilomètres, puis se jette dans l'oued Hattouss dont l'eau est douce et qui devient l'oued Melah (salé, saumâtre), après qu'il a reçu l'eau de l'oued El-Hammam.
J'ai été assez heureux pour capturer, dans ces trois sortes d'eau, deux espèces de poissons que je n'avais observés nulle part ailleurs. Evidemment, c'est la nature éminemment salée de l'eau qui les a amenés à vivre dans ce milieu. Ils m'ont rappelé ceux que j'avais rapportés, dans le temps, de Hammam-es-Salahim près de Biskra. Je les ar communiqués à M. le professeur Vaillant qui a reconnu le Cyprinodon calarite, Cyprinodon calaritaniÀS Bonelli, en faisant observer que le mâle et la femelle diffèrent beaucoup, ce
qui, au premier abord, peut les faire prendre pour deux espèces différentes.
J'ai parlé de trois sortes d'eau, parce que j'ai trouvé ces nouveaux poissons principalement dans Toued salé ; ce qui ne les empêche pas de faire des incursions, que je crois d'ailleurs peu lointaines, soit dans Teau douce, soit dans leau saumâtre. Cette particularité n'a pas lieu pour le Phoannelhis Chaignoni que j'ai pris également, mais nullement dans l'eau salée.
Je n'ai vu ni dans l'eau douce, ni dans l'eau saumâtre, aucun autre poisson que ces trois espèces; le Barbeau y fait complètement défaut, et l'Anguille s'y trouve moins encore.
Un séjour d'une semaine en Kroumirie, sur la (in de mai 1904, en compagnie de M. Blanc, m'a fourni quelques documents nouveaux pour l'étude des Poissons que j'ai pu capturer dans un certain nombre d'oueds.
A deux kilomètres de Fernana, en venant de Souk«el- Arba, la route traverse l'oued R'zella, un peu en aval du pont qui reçoit l'oued Guédouairia. Ce dernier passe directement dans le fond de la vallée que domine Fernana ; de là il remonte vers le Nord-Ouest. La route de Fernana à Ain- Draham, ou plus exactement au Camp de la Santé, le traverse deux fois. Il a de l'eau toute l'année mais, à l'époque des grandes chaleurs l'eau y est rare.
J'y ai recueilli le Barbus canini^s et le Phoannellw Chai' gnoni. Celui-ci me semblait différer un peu des pré* cédents par quelques caractères extérieurs. Le corps est plus effilé, l'attache des nageoires est rougefttre, la oolo-^ ration générale plus claire. Ges caractères sont-ils constants ou simplement passagers? Dans tous les cas, d'après l'opinion autorisée de M. le professeur L. Vaillant, ils se rapportent à la même espèce.
A deux kilomètres de l'oued Guédouairia et en remontant vers le Nord, on passe l'oued El-Mahdi, petit cours d'eau
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serpentant dans un vallon à peu près parallèle au premier ; il se perd dans les terres et ne communique pas avec Toued R'zella. Aussi le Barbeau y fait-il complètement défaut. En fait de poissons, il ne renferme que le Phoxinellus Chaignoni dont certains exemplaires sont de belle taille et se rapprochent davantage des types rencontrés jusqu'ici.
L'oued R'zella lui-même possède le Barbus canintÂS et TAnguille, ainsi que le Phoxinellus. Je ne mentionne ces deux derniers que d'après le dire des indigènes, n'ayant pas eu la possibilité de les capturer moi-même.
Après un assez long parcours, l'oued R'zella devient l'oued Bou-Heurtma qui va se jeter dans la Medjerda.
Le but principal de notre course, ce jour-là, était d'aller visiter, toujours en poursuivant vers le Nord, dans le district des Chiaias, la source chaude d'Hammam-Ouidaidia. Gomme on n'avait pu nous fournir aucune donnée sur la nature et l'état de la source, encore moins sur sa position, nous allions un peu à l'aventure. Il y a trois heures de marche à cheval de Fernana à la source qui est au fond d'une gorge très profonde et sauvage, dans laquelle coule Toued El-Lill. De même qu'à Korbeus, nous en avons été quittes pour une excursion des plus pittoresques, mais sans résultat. La source est sulfureuse ; sa température monte à 50 degrés centigrades. Elle se trouve dans le lit même de l'oued et, pendant la saison des pluies, elle est recouverte par les eaux. Dans ces conditions, il n'y avait pas lieu d'espérer y trouver aucun être vivant.
L'oued El-Lill se jette lui aussi dans Toued Bou-Heurtma; on y pêche le Barbeau et l'Anguille, mais on n'a pu me renseigner sur la présence ou l'absence du Phoxinellus que les Arabes ne soupçonnent même pas, et les eaux étaient trop fortes pour nous permettre de nous en rendre compte par nous-mêmes.
Dans la profonde vallée qui se prolonge au sud-ouest d'Ain-Draham, coule l'oued Sidi-Abdallah qui est la réunion
des nombreuses sources qui découlent de chaque côté de ses flancs. En dessous même d'Aîn-Draham, la proportion d'eau dans l'oued étant encore faible et le terrain très accidenté, les poissons ne peuvent remonter jusque-là. Il faut descendre à deux ou trois kilomètres plus bas, à hauteur du marabout de Sidi- Abdallah, pour trouver les premiers.
L'oued Sidi-Abdallah tombe dans l'oued El-Kebir qui, après un parcours plus ou moins long, se réunit à des cours d'eau plus importants qui se succèdent et vont se jeter à la mer, dans la direction de la Galle, tout à fait en dehors du bassin de la Medjerda.
L'oued Sidi-Abdallah renferme le Barbeau et surtout des exemplaires du Phoxinellus Chaignoni d'une taille inconnue jusque-là; quelques-uns mesurent 9 centimètres et demi, de l'extrémité du museau à celle de la queue.
J'ai communiqué à M. le professeur Vaillant des échantillons de PhoxinellxAS des trois oueds précités.
Quant au Barbeau de l'oued Sidi-Abdallah, il semble présenter de légères différences avec les précédents. La coloration générale est beaucoup plus foncée, le corps moins épais, le museau un peu plus allongé et un peu écrasé. Ces caractères le rapprocheraient peut-être du Barbus callensis (Cuv. et Val.) que P. Oervais dit présenter beaucoup d'analogie avec le B: fluviatilis ; mais la divergence dans la forme des écailles subsiste toujours et Téloignerait de ce dernier, en le rapprochant par des caractères plus essentiels du B. caninw. Il est une particularité cependant qui a de la valeur, c'est l'absence de membrane noirâtre tapiçsant les parois internes et enveloppant les viscères, comme cela se présente dans le Barbus caninus. (Cuv. et Val.) du bassin de la Medjerda, auquel je laisse le nom qu'il porte au musée du palais Saint-Pierre, à Lyon.
Peut-être de tout ce qui précède pourrait-on tirer la conclusion suivante : avec toutes les réserves que comporte un aussi vaste terrain d'observation, dont l'étude est à peine
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ébatiohée, le massif du djebel Bir, avec quelques hauteurs plus au Sud, forment la ligne de partage des eaux, dans cette partie de la Tunisie. On trouve le bassin de la Galle d'un côté ; de Tautre, celui de la Medjerda avec tous ses affluents, ainsi que les cours d^eau de sa rive droite se rendant directement & la mer. Le second de ces bassins serait habité par une espèce de Barbeau dont les caractères seraient constants et invariables ; tandis que le Barbeau du bassin de la Galle, par rapport à celui-ci, présenterait les dissemblances mentionnées ci-dessus.
La fontaine romaine à Téboursouk est habitée par une seule espèce de petits poissons; je les ai fait prendre par de jeunes Arabes qui étaient enchantés de l'occasion de gagner quelques sous. Je l'ai communiquée à M. le professeur Vaillant qui veut bien m'écrire que cette espèce se rapproche spécifiquement de celle de Toued Miliane, et doit porter comme elle le nom de Leuciscus (Phoœinellus) Chaignoni nov. sp. L'eau de cette fontaine est claire, limpide et relativement fraîche ; c'est du reste celle qui alimente une grande partie de la ville de Téboursouk. Elle sourd d'un rocher et est amenée au jour par une galerie basse qui permet aux poissons de se tenir à volonté dans l'obscurité ou à la lumière. Ils ont une couleur plus foncée que ceux de l'oued Miliane. Je ne dirai rien des autres caractères que M. Vaillant fera connaître ultérieurement.
Dans les sources de Bulla-Regia, surtout dans celle qui débouche dans la plaine, le poisson ne manque pas ; mais j'ai été obligé de me contenter des renseignements qui m'ont été fournis par mon guide et les indigènes de l'endroit, n'ayant pas les moyens de m'en assurer par moi-même. Un Barbeau, dont quelques sujets paraissaient assez gros, et les plus petits dont j'ai rapporté cependant deux ou trois exemplaires, présenteraient quelque analogie avec ceux de la fontaine romaine de Téboursouk. Les matériaux sont trop insuffisants pour permettre de préciser autremeiit.
En suivant la route qui va de Grétéville à Sainte-Mariedu-Zid, on longe pendant un certain temps l'oued El-Hamma qui n'a pas d'eau en dehors de la saison des pluies, mais qui fait suite à l'oued Bakbâkaqtii coule toute Tannée. Celui-ci a sa source dans les montagnes avoisinant Sainte-Marie^du- Zid. Après le pont, où existe une machine élévatoire amenant les eaux à la Laverie pour le traitement du minerai de plomb, vers le petit couvent d'Ain-Guerrah, les eaux dispa<^ raissent dans les sables. J'ai pu reconnaître dans l'oued Bakbâka, les mêmes espèces de poissons que dans Toued Miliane et autres cours d'eau analogues : Barbus eaninus, peut-être plus bronzé et moins pâle, les eaux étant ombragées et herbeuses ; une Anguille qui semblerait, d'après les figures qu'en donne Blanchard, se rapprocher de la variété' à bec long des auteurs et, en très grand nombre, le même petit poisson que celui de Toued Miliane, dont M. le professeur L. Vaillant, du Muséum, a bien voulu se charger de faire l'étude, et qu'il m'a fait le grand honneur de me dédier, le Leuciscus {Phoxinellus) Chaignoni nov. sp.
En revenant vers la Laverie, station terminus de la ligne du chemin de fer du haut Mornag, et dans le fond du vallon, on passe à côté d'une belle source chaude dont le débit est très important ; l'eau en «st douce. Cette source alimente un grand bassin ou abreuvoir et va se perdre dans les jardins' et les cultures qu'elle arrose. Elle est habitée, dès sa sortie au jour, par une espèce de petit poisson qui paraissait différer quelque peu de celui de l'oued Bakbâka. De même que ces derniers, je les ai communiqués à M. le professeur L. Vaillant, qui les a rapportés à la même espèce.
En même temps que les petits poissons pris au filet dans Towed Miliane, j'ai ramené de nombreuses Cre^vettes ou Gr«vettines. Les plus grosses ne dépassent pas 0"035 ; elles ont une coloration jaune verdâtre ; dans l'alcool, elles passent au rouge et finissent même par blanchir. Était-ce
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le Gammarus fluviatilis (M.-Edw.), très commun, d'après E. Simon, dans les eaux douces de TAlgérie?^
Dans le doute, je les ai envoyées à M. Bouvier, professeur de zoologie au Muséum, qui a bien voulu me donner les indications suivantes :
« J'ai fait l'étude des petites Crevettes tunisiennes. Elles appartiennent à une espèce commune en France : la Crevettine de Desmarest, VAtyaëphyras Desmaresti (Millet), souvent appelée Caridina Desmaresti^ bien que ce ne soit pas un Caridine. Cette Crevette n'avait pas été signalée jusqu'ici dans le nord de l'Afrique ; mais ayant étudié vos spécimens, j'ai voulu savoir s'il ne s'en trouvait pas de semblables dans ceux que nous possédons d'Algérie. Cet examen m'a ménagé quelque surprise ; tous nos exemplaires d'Algérie désignés sous le nom de Caridina longirostris appartiennent en réalité à la même espèce que la vôtre ; ils étaient mal déterminés, de sorte que votre envoi m'a permis de faire une rectification fort utile. »
L'oued Debbane renferme en grand nombre VAtyaëphyra Desmaresti (Millet) ; c'est le même qu'on trouve dans l'oued Miliane.
L'oued Bezirk renferme également, en grand nombre, un petit Décapode qui a beaucoup d'analogie avec celui de l'oued Miliane.
M. le professeur Bouvier, à qui j'avais adressé des exemplaires de l'oued Bezirk, a bien voulu me confirmer que a le Décapode recueilli dans l'oued Bezirk n'est autre également que VAtyaëphyra Desmaresti (Millet), dont quelques exemplaires mieux développés et plus gros, mais sans qu'il y ait lieu d'y voir une espèce différente. Dans une seconde lettre, M. Bouvier me fait savoir qu'un autre petit crustacé peut se trouver dans les eaux douces du nord de
1. E. Simon, Étude êur les Cruêtacés terrestres et fluviatiles recueillis en Tunisie, années 1883, 1884 et 1885.
la Tunisie, comme il a été trouvé dans TOranie, le Caridina longirostris (Edwards), dont le nom a été cité plus haut. Dans la même lettre, M. Bouvier ne laisse pas subsister la supposition que j'émettais plus haut. II n'y a aucune analogie, même lointaine, entre les Gammai^iMS et les Atyaë^ phyra; les premiers appartiennent à Tordre des Âmpbipodes, tandis que les seconds sont de francs Décapodes.
Dans les sources inférieures de Bulla-Regia, mon guide m'a capturé de magnifiques exemplaires du Crabe de rivière, Telphusa fluviatilis (Rondelet), qu'on désigne aujourd'hui sous le nom plus ancien de Potamon edulis (Latr.), d'après les renseignements que je dois encore à l'obligeance de M. Bouvier. Dans le temps, j'en avais rapporté de l'oued El-Kebir, près de Blidah, où il abonde, mais avec une taille moitié moindre. En Kroumirie, j'en ai trouvé de taille ordinaire sous les pierres, enterrés plus ou moins dans la terre humide, au bord des torrents. L'oued Guédouaîra renferme de nombreux exemplaires du Potamon edulis (Latr.) ou Telphusa fluviatilis (Rond.); mais où il est particulièrement abondant et atteint une grande taille, c'est dans les eaux et sur les bords de l'oued Sidi- Abdallah, au sud d'Âîn-Draham.
Mais un fait bien particulier à signaler, c'est la présence, à Ain-Draham même, du Crabe commun, Carcinus mœnas (Leacb), à vingt-cinq kilomètres de Tabarka, qui est l'endroit de la côte le plus rapproché ; les deux points en question ne sont reliés par aucun cours d'eau, tout au plus quelques torrents, écoulement des eaux de pluie. Ne pouvant m'imaginer avoir affaire à un animal marin, et ne reconnaissant pas tout de suite cette espèce si commune dans la Méditerranée, je me demandais si elle pourrait être nouvelle? M. Bouvier eut bien vite fait de me détromper, ajoutant toutefois que, tout en étant franchement un animal aquatique et marin, il peut se tenir parfois un peu loin de la mer, dans les endroits saumâtres et humides.