TOME XVII
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Parmi les Myriapodes, les deux espèces qu'on rencontre partout et sous toutes les pierres sont, d'après M. Bouvier, la Scolopendra momcan^ (Linn.), variété Scopoliana (C.Koch); l'autre est un Géophilidéy VOrya barbarica (Main.) ou Geophilus barbaricus (P. Gerv.). J'ai rapporté plusieurs exemplaires de ces deux espèces.
Scorpions.
Dans l'ordre des Scorpionidés, genre d'Arachnides désignés indistinctement sous le nom de Scorpions, M. Blanc a reçu de M. le professeur Krœpelin, directeur du Musée d'histoire naturelle de Hambourg, auquel il avait envoyé de nombreux exemplaires de toutes les espèces qu'il possédait, le nom de chacune d'elles, mais sans autres détails . Notre bibliothèque ne possédant pas d'ouvrage, traitant spécialement ce sujet, j'essaierai d'y suppléer en en donnant une description sommaire et en les comparant entre elles.
l"* Bnthus anstralis (Linn.), variété Prianus (C. Koch.). Cette espèce est la plus grande ; elle habite le sud de la Tunisie et ne remonte pas dans le Nord, ou tout au moins ne s'y rencontre que très rarement et accidentellement ; elle commence à se montrer à la hauteur de Sousse, Kairouan. A Zaghouan et sur ce parallèle elle est inconnue. 8a longueur peut atteindre 9 centimètres et demi, depuis l'extrémité de la tête jusqu'à celle de l'aiguillon ; s'il y en a de plus grandes, elles ne dépassent pas 10 centimètres. Les palpes qui constituent la deuxième paire des appendices buccaux sont disposées en pinces ; elles sont très fortes, surtout chez les femelles qui les ont toujours plus développées que chez les mâles ; moins cependant que dans le Scorpio maurus, proportionnellement à sa taille, comme nous le verrons plus loin ; elles sont aussi bien plus allongées et moins bombées. La queue se compose de six anneaux, en y compre-
nant celui qui porte Taiguillon. Ces anneaux sont presque aussi larges que longs, bombés en dessous, sillonnés et fortement carénés en dessus. La tête et Tabdomen réunis sont au moins égaux à la longueur de la queue ; la coloration générale est d'un jaune foncé. L'avant-dernier anneau, le dernier qui porte l'aiguillon et l'aiguillon lui-même sont brunâtres ; les palpes sont d'un brun verdâtre. La confusion n'est pas possible entre cette espèce et la suivante.
Le Buthus aitstralU se trouve, comme tous ses congénères en général, sous les pierres; faute de pierres, il se creuse un trou dans le sable, non verticalement mais obliquement avec une pente très douce qui ne s'enfonce que très faiblement au-dessous de la surface. L'ouverture reste ouverte et, suivant la température, l'animal s'y cacbe plus ou moins profondément. Pour le chercher on peut tenir compte de ce mode de refuge qui est établi au pied des plantes, des arbrisseaux; ce qui l'empêche d'être écrasé.
2'' Buthus occitanus (Âmor.). Cette espèce n'atteint jamais la longueur du Buthus ausiralis; sa taille maxima ne dépasse pas 7 centimètres. Il est en outre plus grêle, plus allongé, moins robuste. Les palpes sont très réduites, à peine plus grosses que le reste de la mandibule. Les pinces mobiles sont assez longues, mais très efïilées. La queue a toujours six anneaux, bien plus longs que larges, peu bombés en dessous et cannelés. En dessus la carène est peu profonde. La queue est une fois et demie plus longue que le corps. La coloration générale est d'un jaune clair ; il en est de même pour les pattes et les deux derniers anneaux ; seule Textrémité de l'aiguillon est teintée en brun.
Cette espèce n'est pas localisée comme la précédente; c'est de toutes la plus commune ; elle se trouve aussi bien dans le sud que dans le nord de la Tunisie. Aux environs de Bir-M'Cherga, sous les pierres, dans les ruines, elle abonde; c'est d'ailleurs la seule que j'y aie trouvée. Ses
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habitudes sont les mêmes que pour Vaustralis; en hiver, en grattant sous les pierres, on les trouve engourdis au fond de leur trou. Ces trous ou leurs bords sont souvent garnis de débris d'insectes, de larves, qui leur ont servi de nourriture. Ces insectes vont se réfugier sous les pierres et deviennent la proie des Scorpions qui chassent ainsi sans sortir de leur retraite.
3"" Buthus bicolor (Hempr. etEhr.), facile à reconnaître de prime abord, à cause de sa couleur entièrement noire. La taille, chez les plus grands sujets, dépasse celle de Voc' citanus, sans atteindre celle de Vatistralis, Comme dans le premier, la queue est presque une fois et demie plus longue que le corps. Les articles sont au nombre de six, l'avant-dernier est plus fort que les autres ; le dernier qui porte l'aiguillon est presque nul. Le dessous des anneaux est faiblement incurvé, cannelé ; le dessus, non sillonné, est creusé en gouttière. Les membres sont plus grêles que dans les deux autres espèces. Les palpes, à leur naissance, à hauteur de la charnière des pinces, sont moins grosses que le reste de la mandibule ; les pinces elles-mêmes sont longues et très effilées. Les mœurs sont les mêmes que pour les autres espèces. Il se trouve également dans le nord et le sud de la Tunisie ; cependant, des trois espèces déjà citées c'est la moins commune. Je ne l'ai point rencontrée sur le territoire de Bir-M'Cherga, où ïoceitanus est très commun. Mais sous une pierre, au milieu des sables bordant l'oued Bézirk, un Arabe m'a capturé un bel exemplaire de ce Scorpion noir, Buthus bicolor. Je crois à propos de le mentionner, cette espèce étant rare dans le nord de la Tunisie.
4"^ Scorpio maurus (Linn.) diffère, à première vue, des trois autres par son corps plus ramassé, ses membres plus forts, marqués d'un point noir aux articulations. Ses mandibules sont épaisses, et les pinces, très renflées à la base surtout et en dehors, sont plutôt courtes, granuleuses et
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poilues. La queue, toujours composée de six articles, est plus courte que le corps et très grêle; le dessous des anneaux est droit, le dessus est presque plat. La queue et Textrémité des membres sont garnis de quelques poils. La couleur est d'un jaune foncé ; l'extrémité des pinces est marron. La taille ne dépasse pas, dans les plus grands, six centimètres.
Comme habitat, cette espèce ne fréquente pas les mêmes lieux que les précédentes ; il lui faut un terrain frais et humide; elle se loge bien sous les pierres, mais non loin de l'eau. Il est inutile de la chercher dans les endroits qui ne présentent pas ces conditions. Elle doit se nourrir principalement de Cloportes ou autres Isopodes, c'està-dire d*insectes fréquentant les endroits humides. C'est dans ces conditions que j'ai trouvé à Âîn-Draham un superbe adulte et un jeune sous une pierre, au bord d'un petit oued.
Le 14 avril 1904, entre Bir-M'Cherga et Sidi-Bou-Zit, à deux kilomètres avant d'arriver à l'oued Miliane, j'ai capturé sous une pierre isolée, dans une clairière herbeuse et relativement humide de la brousse, un bel exemplaire de Scorpio maurus L. C'est la première fois que je rencontrais cette espèce dans le bled de Bir-M'Cherga.
M. le professeur KrsBpelin, dans sa réponse à M. Blanc, lui signale deux autres espèces de Scorpionidés, comme devant se trouver en Tunisie, mais il n*en donne pas les noms. M. Blanc qui a entre les mains plusieurs centaines de sujets, tant du nord que du sud, n'a jamais rencontré d'autres espèces que celles que j'ai citées ci-dessus. C'est à lui que je dois les quelques détails relatés plus haut sur les mœurs de ces Scorpionidés.
L'Arachnide, rapportée de Kairouan dans un précédent voyage et que j'avais signalée en 1901, appartient à la famille des Fatuv Scorpions {Pseudo^Scorpiones) ; en comparant l'animal à la figure donnée par Cuvier, ce pourrait être
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le Solpuge phalangiste, Solpuga phalangisia (Lichst. Sav.), Galeodes (Oliv.), de couleur noire ou noirâtre.
Une autre espèce capturée dans les ruines de Sidi-Bou- Zit, présente à peu près la même grosseur de corps, mais avec les pattes beaucoup plus longues; sa couleur est grisâtre. Elle offre une grande analogie avec le Solpuge intrépide, Solpuga in^repida (Savigny). Peut-être serait-il à propos de faire quelque réserve touchant les noms d'espèces; quanta celui du genre, il n'est pas douteux.
Ces insectes sont très agiles et courent avec une rapidité surprenante ; le premier surtout, en relevant son abdomen qui décrit en Tair une courbe prononcée.
Mollusques»
Je citerai le nom de quelques coquilles terrestres que j*ai recueillies à Bir-M'Cherga, mais sans avoir l'intention d'y ajouter une description. Toutes ces espèces sont bien connues, et elles le sont d'autant mieux que c'est leur abondance et leur profusion excessive qui m'en font parler.
Les deux espèces principales sont : V Hélix accompsia (Bourg.) et la Leucochroa candidissima (M.-Edw.), qui pullulent par milliers de milliers, sur tout le bled de Bir- M'Cherga, dans la partie inculte de la plaine, entre Bir- M'Cherga et l'oued Miliane, et dans bien d'autres localités, en plus ou moins grande abondance.
Elles ne se tiennent pas dans la grande brousse mais dans les terrains incultes, où poussent de hautes herbes, des Jujubiers sauvages, des Oliviers, etc., avec des parties nues. Ce sont ces endroits qu'elles recherchent de préférence. Qui plus est, on ne saurait dire qu'il y en ait moins à un moment de l'année qu'à un autre, parce que s'il y en a des milliers qui périssent, il y en a d'autres milliers bien vivantes, sans parler de celles qui naissent chaque année, et les coquilles des unes et des autres tapissent toujours le
sol. Ces surfaces, d'une blancheur de neige, donnent aux premiers plans un aspect bizarre. Soit à terre, soit échelonnées du haut en bas des grandes herbes desséchées ou non, sur les Jujubiers, les Lentisques, tout est envahi,, et quand elles se trouvent sur des parties ligneuses, branches de Lentisques, par exemple, elles finissent par s'y incruster et, à la longue, ces incrustations, sans cesse accrues, donnent aux branches un faux air de coraux gigantesques.
Cette accumulation de coquilles doit, avec le temps, déposer dans le sol des matières fertilisantes.
Ces deux espèces sont comestibles, mais trop petites (0™015 les plus grosses), pour valoir la peine d'être utilisées.
Une autre petite espèce ffe/ia? activa (Muller), àTétat jeune surtout, envahit tout particulièrement les troncs de Figuiers. Les coquilles en recouvrent Técorce qui dispaii^ît sous leur nombre. On les observe principalement dans les jardins du Bardo, à Saint-Germain, près Hammam-Lif.
Quatre autres espèces plus grosses sont comestibles ; ce sont : Hel. aspersa (MuUer), Hel. melanostoma (Drap.), Hel. Constantin^ (Porbs), et Hel. aperta (Burn.). La dernière est la plus petite et la moins abondante, parce qu'elle recherche surtout les endroits frais. Les trois autres sont communes à Bir-M*Cherga ; après les pluies, il ne faut pas longtemps pour les récolter à profusion. Comme finesse de goût, Y Hélix Constantin^ est supérieure aux deux autres ; elle peut varier de coloration, mais ce ne sont toujours que des variétés de la même espèce.
Le Henné (Lawsonia alba) et ses Usages.
Le Henné, de l'arabe Henna^ est un arbuste de la famille des Lythariacées, série des Salicaires (H. Bâillon, Hist. fies plantes^ t. VI, p. 433), qui porte le nom scientifique de iavjsonia alba (Lam.), du nom de W. Lawson, horticulteur anglais auquel il a été dédié par Linné.
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Les rameaux jeunes et inermes s'indurent en vieillissant et deviennent piquants, de sorte que Linné qui n'avait pu étudier que des échantillons desséchés, en avait fait deux espèces : Lawsonia inermis et Lawsonia spinosa (Sp, pi, éd. i, p. 349), mais Desfontaines (Flora allanticaj t. I, p. 326), et Lamarck {Dict. encycL^ t. III, p. 106), ont démontré qu'il s'agissait, en réalité, d'une seule et même espèce appelée depuis lors L. alba^ à cause de ses fleurs blanchâtres. Cet arbuste a tout à fait le port et l'aspect d'un Troëne, notamment du Troëne de Californie dont il existe quelques sujets au Jardin d'essai de Tunis ; mais, outre les différences spécifiques de la fleur et du fruit, la ramure est moins fournie, les feuilles sont plus lâches, plus petites et surtout plus courtes dans le Lawsonia, d'un vert plus foncé, plus per« sistantes et 4)lus coriaces au toucher, comme celle d'un Philaria ou Phyllirxa, présentant, par le fait, les caractères d'un arbuste des pays chauds.
Le Henné, en effet, originaire de l'Inde et du Beloutschistan, est cultivé dans tout TOrient et dans l'Afrique du Nord, l'Egypte, la Tripolitaine et les oasis du Sud algérien et tunisien, le Djérid, Gafsa, Tozeur, Gabès, etc. On en a également tenté la culture dans les jardins des environs de Tunis, et j'ai pu l'observer notamment à l'établissement d'horticulture de M. le marquis de Certaines.
L'arbre à Henné peut y atteindre l'^bO à 2 mètres. Cette dernière hauteur est un maximum ; au collet, les pieds les plus gros peuvent être de la taille d'une forte canne. La tête, branchue très irrégulièrement et peu fournie, n'a pas plus de 0™50 à 0'°60 de diamètre. Je parle des plus gros; sur une trentaine de pieds plantés sur deux lignes, la majeure partie n'a pas la taille ci-dessus. Ils sont en pleine terre; quelques-uns, plus jeunes, sont en pots, attendant la vente, ou d'être mis en pleine terre, quand ils auront atteint plus de développement. L'âge des plus vieux est de dix ans. Les plus jeunes en pots, ayant 0"'40 à O'^bO de hau-
Planche I.
LE HENNÉ [Lawsonia alba Lamk.)