‹ Contributions à l'histoire naturelle de la TunisieChapitre 314 sur 367 · PAR LB D** F.-X. 6ILL0T · texte numérisé non relu

PAR LB D** F.-X. 6ILL0T

Les faits déjà nombreux d'anomalies végétales, publiés dans les Bulletins de la Société d'histoire naturelle d*Autun depuis plusieurs années, provoquent de la part de zélés correspondants l'envoi de monstruosités, déformations ou productions bizarres analogues, les unes parfois sans intérêt, les autres plus ou moins remarquables et qu'il n*est pas inutile d'enregistrer. Nous ne pouvons que remercier ces excellents collaborateurs, instituteurs pour la plupart, et les engager à multiplier leurs recherches et leurs observations.

I» — Fasciations»

Le phénomène de fasciation, c'est-à-dire d'aplatissement rubané des tiges et rameaux des plantes est une des déformations les plus fréquentes, dont nous avons déjà publié de curieux exemples, et dont nous avons reçu en dernier lieu les suivants :

l"" Robinia pseudo-acacia L. Reçu de M. E. Château, instituteur à Bourg-le-Comte, le 21 juillet 1903, deux branches fasciées : l'une, d'une longueur de 1™10, régulièrement aplatie de la base au sommet élargi avec un maximum de 0°*045 ; l'autre, de 1"15, mais dont Taplatissement ne dépasse pas 2 centim. Le Robinier étant un des arbres sur lesquels la fasciation se produit fréquemment, il n'y aurait pas lieu d'en parler si ce n'est pour signaler le relief très prononcé en forme de véritables cannelures, tout le long des rameaux fasciés, des faisceaux 6bro-vasculaires se rendant aux feuilles, la multiplication et le rapprochement, en séries régulières, au sommet des rameaux élargis, des feuilles et des épines stipulaires, qui en indiquent l'emplacement, au lieu de l'aphyllotaxie habituelle des fasciations,

et enfin la division terminale d'une de ces branches en rameaux légèrement courbés et inégaux, par un phénomène d'expansivité dans les rameaux et dans les feuilles, dont Qermain de Saint-Pierre a donné autrefois Texplication {Bull. Soc. bot. de France^ VII, 1860, p. 584), les rameaux de partition se distinguant des rameaux nouveau-nés sur une tige fasciée, en ce qu'ils ne naissent pas à l'aisselle d'une feuille.

2"" Prunus Mahaleb L. Bois de Sainte-Lucie. Récolté par E. Château, à Salomay-sur-Guye (Sa6ne-et-Loire),le 12 août 1903. — Branche de 45 centim. de longueur, régulièrement fasciée en s'élargissant de la base au sommet, avec un aplatissement maximum de 2 centimètres de largeur, et se terminant par un enroulement complet en crosse spiralée, avec un arrêt brusque de la fasciation, et terminaison de la branche par une extrémité mince, longue de 5 centim., d'apparence normale, et unique, ce qui exclut ridée de soudure de plusieurs rameaux. Cette tige est très fouillée, et les feuilles, rapprochées en ordre irrégulier et condensées surtout au niveau de la crosse, reprennent leur cycle ordinaire sur l'extrémité terminale. Elles ont, du reste, la forme et les dimensions des feuilles normales, mais les faisceaux vasculaires qui les alimentent sont très saillants sur la tige, qui en est fortement striée. Il n'existe ni pilosité anormale ni déformation des feuilles qui puissent faire supposer une influence parasitaire. L'aplatissement de la branche semble donc avoir été déterminé par une multiplication des faisceaux fîbro- vasculaires foliaires, plus développés qu'à l'état normal, d'où fasciation avec phyllomanie.

3<> Cucurbita maxima Duch. Potiron. M. Chassignol, instituteur à la Boulaye (S.-et-L.), nous a communiqué, le 30 juillet 1903, un pédoncule fascié de Courge Potiron, récolté dans son jardin potager. Ce pédoncule, long de 38 centim., sort de l'aisselle d'une feuille unique. Il est régulièrement aplati, avec une largeur de 12 millim., et

terminé par quatre fleurs mâles, normalement constituées, quoique plus petites qu'à l'ordinaire, et insérées, les deux inférieures latéralement à 1 oentim. Tune de l'autre, les deux terminales soudées à la base par leurs calices. Ce pédoncule rubané est parcouru dans toute sa longueur par quatre côtes saillantes, presque ailées, deux latérales et deux intermédiaires, séparées par de profonds sillons. Il parait évident qu'ici la fasciation reconnaît pour cause la soudure et la coalescence de quatre pédoncules floraux.

4'' Delphinium elatum DC, variété horticole à fleurs d'un bleu pâle. Pied d'aloueUe des jardins. Envoyé par M. E. Château, instituteur à Bourg-le-Comte (21 juillet 1903). Présente une fasciation spiroïde de la tige entière, très analogue à celles déjà décrites par notre collègue M. Gagnepain, sur Valeriana dioïca L. {Bull. Soc. hisi. nat. d*Autunj XIII, 2 (1900), p. 41), et par moi-même sur Valeriana officia nalis L. {Bull. Soc. bot. de France, XLI(1894), p. 448). La tige, grosse et large à sa partie inférieure de 35 millim., atteint 7 centim. à sa partie supérieure très élargie. La tige fasciée subit une torsion complète de droite à gauche, et sous l'influence de cette torsion, la tige a éclaté, Taxe s'est condensé de plus en plus, les mérithalles se raccourcissant, les feuilles et les rameaux floraux de plus en plus réduits et rapprochés, et l'inflorescence se termine par des faisceaux de fleurs pédicellées, qui semblent émises directement par la tige principale, par concrétion et arrêt de développement des rameaux. Les fleurs, du reste, et les fruits qui leur succèdent sont parfaitement conformés et fertiles.

5° Onothera biennis L. Onagre commune. Les fasciations de cette espèce sont fréquentes et ont été depuis longtemps signalées par Fermond, Godron, J. Camus, etc. (0. Penzig, Pfanzenteratologie, I, p. 481). M. E. Château en a rapporté, le 28 septembre 1903, du Gros, commune de Bourg-le-Comte, sur les bords de la Loire, où l'Onagre est abondante, un certain nombre de pieds très vigoureux.

remarquables même par le développement robuste de la racine et de la tige, la multiplicité et les dimensions des feuilles et des fleurs. — 1"* Sur une tige de 1™50, dont la base mesure 7 centim. de circonférence, la fasciation commence seulement à 70 centim. du collet de la racine ; à partir de ce point, la tige s'aplatit régulièrement jusqu'à 20 centim. du sommet où sa largeur maximum atteint 3 centim., et où elle se divise en trois rameaux, légèrement aplatis à la base, mais à extrémité arrondie et normale. — 2^ Sur une tige de 0^80, mesurant à la base 6 centim. de circonférence, l'aplatissement commence presque dès la base et, à la hauteur de 45 centim., atteint 4 centim. de largeur; à ce niveau elle émet, du même côté, trois rameaux latéraux rapprochés, de forme et de grosseur normales, et la fasciation continue, mais en se rétrécissant pour se terminer par une crosse, avec torsion spiroîde, surchargée de fleurs et de fruits, bien constitués, rapprochés en bouquets denses ; tout le long de la portion courbée, la tige émet des petits rameaux redressés, grêles et panciflores, partant principalement de la concavité inférieure. — S"" Une autre tige de 0°'70, n'ayant que 4 centim. de circonférence à la base, ne présente dans toute sa longueur qu'un faible aplatissement; mais à 10 centim. seulement au-dessous du sommet où elle atteint 25 millim. de largeur, elle se recourbe brusquement, presque à angle droit pour se redresser au bout de 4 centim. en se bifurquant, et en émettant de nombreux ramuscules et des fleurs très rapprochées et très serrées. — 4* Enfin, dans une quatrième tige, plus grêle, de 3 centim. à peine de circonférence, la fasciation qui commence à 40 centim. de la base est bien plus prononcée relativement; à 10 centim. plus haut, la tige se divise en deux rameaux très aplatis, atteignant 3 centim. de largeur, et qui se terminent euxmêmes par de nombreux ramuscules fasciés, plus ou moins contournés et garnis de fleurs, pour la plupart avortées et virescentes, transformées en glomérules de petites feuilles

repliées et velues, comme dans les Âcarocécidies. Dans ce dernier cas, la fasciation qui, dans les autres plantes, paraît due seulement à un excès de végétation, se complique d'un phénomène de parasitisme évident, bien que sur les folioles desséchées je n*aie pu apercevoir Tinsecte, et qu'aucune cécidie n'ait encore été signalée, à ma connaissance, sur rOnagre.

Il est à remarquer que, dans toutes ces fasoiations, la tige est plus ou moins recourbée en crosse ou en spirale au sommet ; que la courbure a toujours lieu dans le sens du plus grand diamètre, c'est-à-dire dans le plan d'aplatissement avec deux faces latérales; et que ces courbures reconnaissent pour cause la disposition des organes axillaires, rameaux ou fleurs, dont les faisceaux vasculaires, arrêtés dans leur course, ont déterminé l'incurvation, tandis que ceux du côté opposé continuent leur trajet, comme il est facile de s'en rendre compte au simple aspect des nervures superficielles et saillantes de la tige.

6*" Asparagus officinalis L. Asperge (planche A, fig. 1). Provient encore du jardin de M. Ghassignol, instituteur à la Boulaye (30 juillet 1903). La tige entière présente le phénomène de fasciation à torsion ou spiroîde sur sa hauteur totale de 30 centim. A la base, l'aplatissement de la tige mesure une largeur de 45 millim. ; la torsion se dirige également de droite à gauche, et forme huit tours de spire complets et de plus en plus serrés de bas en haut. Toutefois, la partie supérieure s'évase et l'extrémité tortueuse de l'axe se replie à l'intérieur de la coupe ainsi formée. C'est de la convexité de cette partie supérieure seule que partent les rameaux très nombreux, très allongés de 30 à 40 centim., et formant comme un long balai ; aucun de ces rameaux n'est fascié à sa base et les fleurs sont normales. William Masters ( Vegetable Teratology^ p. 1 4), a décrit et figuré une fasciation avec torsion spirale de l'Asperge, qui a beaucoup de rapports avec la nôtre, mais moins développée.

* La cause déterminante de ces différentes fasciations nous échappe, et les origines en sont vraisemblablement différentes et variables. (Moquin-Tandon, Tératologie végétale^ p. 146; W. Masters, Vegetable Teraiology^ p. 11.) Une des opinions les plus anciennes, et qui répond certainement à bon nombre de cas, attribue le phénomène de la fasciation à la soudure de plusieurs rameaux (A. Gubler, Bull. Soc. bot, France^ VII (1860), p. 871); J. Nestler, Revue gén. de botanique, VII (1895), p. 466; H. Pockeu, ibid., XII (1900), p. 154, etc.). Il semble dû souvent à un excès de nutrition de la plante ou des Vameaux, augmentant la force d'expansivité dans l'axe et dans les feuilles (Germain de Saint- Pierre), produisant un élargissement du point végétatif (W. Russell, Bull, Soc. bot. France, XLI (1894), p. 86; Molliard, Revue gén. de bot., XII (1900), p. 326, etc.). C'est même la véritable fasciation qui transforme la structure du point végétatif d'une tige, de façon à modifier la forme du massif des cellules initiales, à le rendre symétrique par rapport à un plan, alors qu'il est normalement symétrique par rapport à un axe. Cette tige acquiert une forme aplatie, ce qui est toujours le phénomène par lequel débute la fasciation et qui entraine la coalescence ultime des rameaux qui en naissent. Pour certains auteurs, en particulier Duhamel, c'est la soudure initiale ou synophtie des bourgeons qui produit la fasciation ; pour d'autres c'est la fasciation, au contraire, qui produit la synophtie. Enfin, dans quelques cas, les fascies semblent occasionnées par une lésion traumatique de l'axe (W. Russell, loc. cit.); par des larves d'insectes au point d'origine de la fasciation, comme Molliard en a cité des exemples : larves de lépidoptères chez le Raphanus Raphanistrum et le Picris hieracioïdes (Molliard, loc. cit.). Notre collègue, M. Château, paraît disposé à considérer cette cause parasitaire comme plus fréquente qu'on ne l'a cru jusqu'ici et ferait volontiers rentrer les fasciations dans les cécidies. Cette opinion me

paraît très probable dans certains cas, et réclame de nou- • vellep observations, dont il suffit de signaler l'importance et l'intérêt. Il faut toutefois éviter de tomber dans une exagération que favoriserait volontiers Tengouement actuel pour les recherches cécidiologiques. Il suffit de rappeler, en dehors de toute cause externe, traumatique, parasitaire ou autre, la fréquence des fasciations par abondance de matière nutritive (Moquin-Tandon, loc. cit., p. 153), dans les plantes soumises à une culture intensive. Chicorée, Bette carde, Gélosie crête-de-coq, etc. Je citerai, entre autres, l'observation que j'ai pu faire* au mois d'octobre 1903, sur une planche de Chicorée frisée, cultivée dans le jardin de l'hospice de la Providence, à Autun, et, dont la plupart des plantes commençaient à monter en graines. Sur 46 pieds, j'en ai compté 28, par conséquent plus de la moitié, qui présentaient des fasciations plus ou moins prononcées de la tige et des rameaux, quelques-uns avec aplatissement et élargissement de la base et de la nervure médiane des feuilles. Il n'est pas douteux que la richesse du sol en engrais et la suractivité de la nutrition qui en est résultée n'aient été les causes des fasciations hyperplasiques consécutives. On peut invoquer, en outre, une prédisposition acquise par hérédité; en eJBTet, on a cité, déjà, bien des exemples de transmission héréditaire, par semis, de fasciations, non seulement chez les plantes cultivées que je viens de rappeler, mais même chez des plantes sauvages, Carlina vulgaris^ Helianthus tuberosus^ Cichorium Intybus, etc. (Moquin-Tandon, Foumier, Chatin, Cosson, etc., Bull. Soc. bot. France, VII (1860), p. 923 ; Hugo de Vriès, Sur la cuUure des fasciations des espèces annuelles et bisann^telles^ in Revue gén. debot,, XI (1899), p. 136, etc.). Ajoutons enfin que des cas de fascies souterraines ont été observées, notamment sur des Spirées, portant vraisemblablement sur des tiges souterraines, plutôt que sur les racines vraies (Gravis., Bull. Soc. roy. bot. Belg., XIX, 2 (188d, p. 68).

Planche A.

FIG. 1. ASPERGE (FASCIATION SPIROÏDE). — FIG. 2. CHOU-FLEUR (ASCIDIE FOLIAIRE)

{Raphaël, phot.)

Planche B

CARLINE VULGAIRE Fig. 1. Tige normale. — Fig. 2» Tige fasciée.

{Raphaèlt phot.)

llk — Ascidies*

La soudure des organes appendiculaires, le plus souvent des feuilles, par leurs bords, produit les déformations en coupe, ou en oornet, déformation cupulée (Moquin-Tandon, Tératol. vég.y p. 174), ou Ascidies (W. Masters, Veget. terat., p. 22), qui, malgré des exemples déjà nombreux {Orme^ Tilleul, Althxay Vicia^ etc.), sont relativement rares.

1* Chou-fleur. Brassica oleracea var. Botrytis (planche A, fig. 2). Ce sont les feuilles du Chou qui semblent avoir le privilège de présenter le plus souvent des monstruosités ascidiformes ; ce sont celles, du moins, qui ont été le plus anciennement et le plus souvent décrites par Gh. Bonnet, de GandoUe, Moquin-Tandon, W. Masters, etc. M. Ghassignol, instituteur à la Boulaye, a eu, cette année même, 1 occasion d'en observer deux cas dans un semis de chouxfleurs de son potager. Dans un premier cas où les deux premières feuilles étaient transformées en deux petits cornets, la plante anormale a été envoyée à Paris et présentée à la Société botanique de France, à la séance du 26 juin 1903. Quelques semaines plus tard (30 juillet 1903), M. Ghassignol en trouvait et m*en a remis un nouveau spécimen pour la Société d'histoire naturelle d*Autun. Le pédoncule, long de 9 centim., se termine par une petite feuille, très régulièrement enroulée et évasée en cornet ou entonnoir, dont la longueur mesure 5 centim., et la largeur à ToriSce 3 centim. La soudure est complète de bas en haut, avec trois nervures principales extérieures saillantes et ramifiées. L'intérieur du cornet est tapissé par Tépiderme de la face supérieure de la feuille ; nous avons donc affaire à une épiascidie.

L'étude anatomique d'une ascidie analogue, faite par W. Russell {Revue gén. de botanique, IV (1891), p. 33, 337), n a pas beaucoup éclairé le mécanisme de cette déforma-

tion, dans laquelle il ne faut voir probablement, sous Tinfluence d'une cause inconnue et d'origine organique interne, qu'une multiplication ou dédoublement anormal avec évasement des faisceaux vasculaires au sommet du pétiole.

2* Saxifraga {Megasea) crassifolia L. et ciliata Wall. — Ces plantes exotiques, fréquemment cultivées dans les jardins, paraissent particulièrement disposées à donner naissance à des ascidies foliaires. MM. E. Château, à Bourg-le-Comte, et C. Marchai, au Creuset, m'en ont envoyé de nombreux et beaux spécimens. J'ai eu l'occasion d'en observer moi-même à Âutun. L'étude anatomique doit en être faite par M. J. Maheu, préparateur de botanique à l'École supérieure de pharmacie de Paris, et leur description détaillée sera réservée pour une note ultérieure.

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