IV. — PhyUanthies
1*" Plantage major L. Plantain des oiseaux. Récolté à Bourg-le-Gomte, par M. E. Château, instituteur, le 28 août 1903. Plante robuste, à feuilles plus longuement pétiolées et à limbe plus allongé qu'à l'ordinaire, quelques-unes mêmes lancéolées et plus ou moins colorées en rouge. La souche porte dix épis, dont deux à fleurs et fruits normaux; les autces plus ou moins altérés. Dans les uns, les bractées seules sont de dimension exagérée et foliacée, le périantbe régulier, les étamines réduites à des filets stériles, Tovaire longuement exsert sur un pédicelle ou carpophore allongé, avec loges pourvues d'ovules avortés. Dans les autres, les bractées sont tout à fait foliacées, la corolle allongée en un long tube à divisions élargies et rougeâtres, les étamines avortées et Tovaire transformé en un long pédoncule terminé par un petit bouquet de quatre folioles alternes. On trouve, entre ces deux termes, tous les degrés de la phyllodie, à laquelle, on le sait d'ailleurs, les Plantains sont particulièrement sujets.
2*' Trif olium pratense L. Trèfle cultivé. M. Château nous a encore adressé (20 juillet 1903), une énorme touffe de Trèfle cultivé, Trifolium pratense h. {T. sativum Rcbb.), dont les rameaux nombreux et vigoureux portent des inflorescences d'apparence foliacée et vertes. A l'examen, on constate que chaque fleur possède un calice à dents plus régulière et plus allongée qu'à l'état normal, une corolle à
pétales écartés, déformés, décolorés et marcescents, des étamines avortées ou rudimentaires, et, au centre, Tovaire entièrement remplacé par une petite feuille uni ou trifoliolée, mais à limbe étalé et bien conformée.
Il y a donc là des phénomènes de virescenoe et de phyllanthie des plus prononcés, et que M. Château fait rentrer dans les Gécidies produites par VEriophyes plicator trifolii Nal. sur la plupart des espèces du genre Trifolium. Je ferai observer cependant que TAcare en question, produit la plicature des feuilles et la transformation de l'ovaire en une petite foliole enroulée, rougeâtre et hypertrophiée, qui revêt bien mieux l'apparence d'une véritable cécidie, comme j'ai eu l'occasion d'en observer de nombreux exemples que je mets également sous vos yeux, sur le Trifolium elegans Savi, le long de la voie ferrée entre les gares de Dracy- Saint-Loup et de Cordesse-Igornay. Dans ces derniers cas, une partie des fleurs sont altérées, d'autres sont. restées normales, tandis que dans le Trifolium sativum Ûe Bourgs le-Gomte, toutes les fleurs sont foliifères. Il en était de marne dans un autre pied de Trif, elegans remarqué, il y a quelques années, à Saint-Ëmiland, et dont la phyllanthie s'est reproduite plusieurs années de suite, et même sur le pied transplanté; également pour Trifolium repens L. Il me semble donc exagéré d'attribuer toutes ces modifications tératologiques à l'influence de VEriophyes. Il faudrait, tout au moins, admettre que dans certains cas l'action initiale de l'insecte a déterminé une excitation végétative qui a dépassé le but et provoqué l'expansion foliacée des ovaires conta-* minés. J'ai remarqué, en outre, que, la plupart du temps, les trèfles atteints de la phyllanthie la plus prononcée végétaient à la fois dans un sol riche et sur le bord des chemins ou des champs, où ils étaient exposés à être foulés aux pieds. Or, on sait par l'observation et même par des expériences assez probantes, que les lésions traumatiques, le tassement, le piétinement des tiges favorisent la virescence
iératologique et la pbyllanthie des organes floraux, en dehors de toute action parasitaire. Celle-ci cependant peut être invoquée, avec vraisemblance, comme cause occasionnelle, mais au début seulement et à titre d'influence traumatique, au même titre, mais plus fréquente que d'autres. Ce problème ne peut être résolu que par de nouvelles observations et expériences poursuivies concurremment avec la recherche méthodique et minutieuse du parasite incriminé. M. Molliard, qui s'est particulièrement occupé de la « virescenoe pathologique du Trifolium repens L., a n'a jamais pu, non plus, constater la présence d'insectes quelconques, Phytoptides ou Acariens, mais il a remarqué sur tous les pieds de Trèfle à fleurs virescentes ou phyllanthées que les feuilles étaient parsemées de taches noires cryptogamiques, dues à une Dématiée, le Polythrinciiàm trifolii Kunze, et se demande s'il n^ a pas une relation de cause à eJBTet entre l'infection cryptogamique et les modifications tératologiques des fleurs. (Revue gén, de bota/nique^ XII (1900, p. 323).