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RAMEAUX EN FRUITS

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teur, avec plusieurs petites branches partant du pied, ont deux ans.

Cet arbuste demande un terrain siliceux et léger. Au Jardin d'essais, au-dessous du Belvédère, où l'on en avait tenté la culture, l'essai n'a pu réussir, non seulement en pleine terre mais même en pots, le terrain étant trop argileux, trop fort et plutôt humide ; il a fallu y renoncer. A l'établissement horticole de Bab-Saadoun, il en a été tout autrement; le sol est beaucoup plus élevé et le terrain léger et siliceux ; aussi le Lawsonia^ sans être très vigoureux peut-être, se développe bien.

Cette plante n'est pas délicate dans le terrain qui lui convient ; cependant elle demande quelques soins, surtout des arrosages, quand la température est par trop sèche. Dans les jardins arabes, elle ne vient pas davantage à l'aventure. En France elle ne pourrait pas pousser en pleine terre, même dans le Midi ; il lui faudrait la serre ou l'orangerie.

Dans le Sud barbaresque où le Henné est cultivé plus en grand, les pieds sont plantés de 3 en 3 mètres dans tous les sens, et des céréales sont ensemencées sur toute la surface laissée libre. Après la moisson qui a lieu fin mai, on donne un binage aux plants de Lawsonia qui ont déjà profité de l'arrosage donné aux céréales; ces dernières enlevées, on arrose spécialement chaque pied de Henné. ^

Le Lawsonia se propage habituellement de boutures, mais on peut l'obtenir de semis ; comme longévité, il peut atteindre trente-cinq à quarante ans comme dernière limite, avec 3 ou 4 mètres de hauteur, et une envergure maximum de 2 mètres de diamètre. Quant aux tiges ou troncs, les plus gros ne dépassent pas la dimension d'un oranger de trente-cinq à quarante ans d'âge, soit un diamètre de

1. Je dois à l'obligeance de M. le O' Gillot, les renseignements l>otaniqueS) et ceux relatifs à la culture du Law$onia dans le Sud, à M. Minangouin, inspecteur de l'agriculture en Tunisie.

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15 à 18 centimètres à leur base. Le bois est très cassant et sans aucun usage.

A la date de ma visite chez M. de Certaines, 24 décembre 1902, le Lat(;5oma était en fruits. Ceux-ci sont disposés en grappes comme ceux du Troène, mais plus lâches et composés de grains ou capsules d'abord rougeâtres, puis plus ou moins noires, mais non charnues ; ils se dessèchent et tombent vers la fin de janvier, comme j'ai pu le constater, lors d'une seconde visite (18 janvier). La fleur vient en grappes composées de petites fleurettes d'un blanc jaunâtre, sans grand effet, mais d'un parfum pénétrant et agréable, d'après M. Simon, directeur de l'établissement horticole. En cela il serait en désaccord avec certains auteurs qui donnent cette odeur comme plutôt désagréable ; quoi qu'il en soit, les femmes d'Orient en font des bouquets qu'elles placent dans leurs appartements et en préparent même une eau cosmétique.

Ces fleurs font leur apparition vers la mi-août; en novembre il peut encore en exister quelques-unes retardataires ou de seconde floraison. La fructification a lieu en décembre ; les graines sont sans vertu et sans usage.

Il n'en est pas de même des feuilles dont le suc jaune rougeâtre, employé comme teinture domestique par les femmes arabes, a fait cultiver l'arbre à Henné dans tout rOrient, depuis un temps immémorial. D'après Belon, la culture de cette plante en Egypte était réservée aux pachas qui en retiraient de grands profits et l'expédiaient à Constantinople (Mérat et de Lens, Diet. de Mat. médicale^ t. IV, p. 78). Il s'en faisait autrefois un grand commerce en Tunisie mais, depuis une quarantaine d'années, le gouvernement ayant mis un droit prohibitif sur ce produit, les indigènes ont renoncé à cette culture en grand, et ils n'en plantent plus que pour leur usage personnel et en culture dérobée. On en importe par ce fait beaucoup d'Egypte.

A Nabeul, où l'on ne cultive pas le Lawsonia, mais où il

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en existe cependant quelques pieds dans les jardins arabes, son usage n'en est pas moins courant ; on le reçoit de la Tripolitaine, en feuilles desséchées dont j'ai rapporté des échantillons. La récolte des feuilles se fait dans le courant de décembre, un peu avant leur chute qui a lieu en janvier. A la 6n de ce mois, elles sont toutes tombées, mais les bourgeons apparaissent dès les premiers jours d'avril, et au mois de mai, Tarbuste a repris sa parure de feuilles, pour une nouvelle récolte. Ces feuilles, cueillies en décembre et même un peu plus tôt dans les oasis du Sud, sont séchées ; en cet état, elles exhalent une odeur assez aromatique. Elles sont ensuite pilées, ou plutôt moulues, et passées au tamis de différentes grosseurs. Cette poudre, pour être livrée au commerce, est enfermée dans des sacs de toile de grandeur variable, de 125 à 500 grammes.

Pour utiliser cette poudre, il faut en prendre la quantité nécessaire, suivant l'emploi qu'on veut en faire, la mettre dans un récipient quelconque avec de Teau froide, la malaxer avec l'eau en se servant des doigts, jusqu'à consistance pâteuse (comme du mortier, disait l'Arabe) ; la pâte obtenue a une couleur jaune verdâtre.

On ne prépare ainsi le Henné que le soir, après le repas, au moment d'aller se coucher, car on ne l'applique pas durant le jour. C'est alors que l'on enduit les parties que l'on veut faire rougir, c'est-à-dire le creux de la main ou les cheveux. Pour les mains on en met tout le long des phalanges en dedans, et dans le creux de la main, de façon à ce que l'application vienne Qnir en V plus ou moins aigu, dans la direction du poignet et en avant; le pouce intérieurement est également enduit. Gela fait, on bande la main avec un linge qui empêche la pâte de bouger et l'emplâtre de tomber ou de se détacher. Quelquefois aussi on enferme la main, garnie de Henné, dans un sac affecté à cet usage et qu'on garde pendant toute la nuit sans remuer les mains. Dès le matin, on enlève le tout; on lave

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sommairement la pâte desséchée, on frotte les mains avec de l'huile, on laisse sécher, puis on lave au savon, et la teinte rougeâtre est obtenue.

C'est donc un laps de temps de six à huit heures qui est de rigueur pour imprégner la peau ; si Ton veut obtenir une couleur très foncée, brun-caroubier par exemple, il faut recommencer deux ou trois nuits de suite. On en teint également les ongles, parfois même les ongles seuls.

Les femmes emploient également le Henné, pour se teindre les cheveux en rouge plus ou moins doré. Toujours le soir, le Henné est préparé et appliqué sur la tête, en relevant les cheveux et en les mettant en masse ; la tête est serrée dans un bandage qui retient le tout. Pendant la nuit, on doit garder autant que possible l'immobilité ; au matin, les femmes enlèvent le linge avec l'emplâtre, se donnent un coup de peigne sommaire, et se rendent au bain, où la toilette se fait plus complète.

Le Henné est toujours le même ; il faut qu'il fasse pâte pour l'appliquer, mais ce n'est pas tant dans les proportions de celui-ci que réside les différences de tons obtenues ou à obtenir, que dans la durée de son application. Aussi pour les cheveux, le ton rouge est très fondu ou plus prononcé, suivant la durée de l'emploi, ou le nombre de ses applications.

Soit pour les cheveux, soit pour les mains, la coloration dure plus ou moins longtemps, suivant les lavages volontaires ou forcés qu'on leur fait subir. Le minimum est de quinze jours à trois semaines, et le maximum de deux mois. Toutefois, les Égyptiens qui s'en servaient déjà savaient la rendre plus durable, car on a trouvé des momies portant encore, surtout aux ongles, les traces de peinture au Henné.

L'application du Henné sur les cheveux est bien pratiquée par les femmes arabes, mais c'est surtout pour les petites nUes qu'on en use, depuis l'âge de cinq à six ans, jusqu'à dix ou douze ans. Les cheveux deviennent dorés et s'allon-

gent, paraiMl? Comme je l'ai dit plus haut, cette opération est faite le soir, au moment de se coucher ; on recouvre avec un papier et on met un linge par dessus ; le lendemain on enlève cette couverture ; un coup de peigne est donné à la maison, et la toilette s'achève dans un bain maure.

La teinture des cheveux par le Henné est inoffensive ; on a essayé de le mettre à la mode chez les dames européennes, mais elle en a été peu appréciée et bientôt abandonnée, tandis que dans l'antiquité, Tusage du Henné était prisé à un si haut prix, qu'il était exclusivement réservé aux personnages de haute naissance et interdit aux esclaves.

Le Henné est encore employé comme remède pour les pieds. En hiver, les indigènes ont souvent des engelures, des gerçures ; ils s'appliquent aux pieds un emplâtre comme il est dit ci-dessus pour les mains, pendant deux ou trois nuits de suite. Dans l'Inde, on l'emploie contre la lèpre, soit en applications topiques, soit en buvant le suc des feuilles.

Quelques chevaux de prix appartenant à de riches Arabes, quand ils sont blancs, sont marqués sur la croupe d'une sorte de main de Fatma; elle est le' fait d'une application de Henné. Cette coutume plutôt superstitieuse a pour effet d'ôter le mauvais œil, au dire des Arabes ; si on rétend sur la surface du corps, il a également la propriété de faire briller le poil des chevaux et de lui donner un ton doré.

Le Henné s'utilise encore en teinture, mais uniquement pour quelques étoffes, soie et laine, servant à faire des vêtements spéciaux : Gandoura^ vêtement de dessus qui recouvre tout le reste, Kaïks, grands voiles dont les femmes se cachent la figure, tout en s'en couvrant la tête ; les hommes le portent un peu en cache-nez, pu le laisse flottant, etc. Pour que le Henné puisse être employé en teinture, il faut qu'il soit déjà vieux ; six à huit ans, mais pas

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plus car, passé ce temps, il perdrait toute vertu tinctoriale; de même qu'avant cette date, il ne la posséderait que très imparfaitement. La couleur obtenue par le Henné est, pour la soie, un joli rouge clair, et pour la laine, un rouge foncé caroubier.

Le Gombo (Hibiscus esculentus).

Grâce, encore une fois, à la recommandation de M. Tlnspecteur de TAgriculture qui m'a adressé, à Nabeul, à M. Barlerin, conducteur des ponts et chaussées, j'ai pu me procurer à Nabeul même, ce qu'on pouvait trouver à cette époque de Tannée, 14 janvier 1903, de la plante nouvellement cultivée appelée Hibiscus esculentus.

C'est une plante annuelle, textile et comestible en même temps, au moins dans de certaines conditions. Originaire des Indes orientales, cette Malvacée est cultivée à Tunis, Sousse, Sfax et dans la plupart des oasis. A Hammamet elle est également cultivée, ainsi qu'à Nabeul. On sème au mois de mars, en petites planches de quatre ou six mètres de surface, avec bordure de terre relevée pour retenir Teau, comme pour toutes les cultures du reste, même pour les céréales. Lorsque la plante est en graines, on Tarrache ou on la coupe au pied ; on la fait sécher, on la bat à la gaule sur une aire et les feuilles tombent. Ces feuilles sont séohées à nouveau ; on les met en sacs et elles sont vendues sous le nom de Maloucria. Ces feuilles desséchées se mangent comme des épinards, mais toutefois des épinards employés comme condiment.

Les tiges sont rouies à l'eau de mer et on en extrait les fibres ; cette filasse sert principalement à faire les petites cordelettes, en usage pour l'extraction de Teau des puits ; leur grande qualité est d'être imputrescibles et assez résistantes, l'usage qu'on en fait ne nécessitant pas une grande force de traction.

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Le rendement de cette nouvelle culture, soit à Nabeul, soit à Hammamet, est prodigieux ; du 18 à 20 pour 100 par hectare, soit de 15 à 1,800 francs par hectare.

Les fruits verts se vendent sur les marchés arabes, sous le nom de Già&naouïa (Bonnet et Barratte, Cat. pi. vase, de Tunisie, p. 79), et sont mangés comme légumes. On en a même essayé la culture en France ; il en existe deux variétés, Tune i fruits longs, l'autre à fruits ronds (Vilmorin- Ândrieux, PL pot., p. 276 avec fig.). Les graines grillées servent de café.

L'Hibiscus esculenius (Linn.), dénommé aussi Ketmie comestible, serait, d'après certains auteurs modernes, l'un des plus précieux légumes qui nous soient connus (A. Prillieux et D. Bois, le Potager d'un curieux, 1899, p. 203), et d'un usage journalier en Egypte et dans tout l'Orient, dans l'Inde, les Antilles et toute TAmérique du Sud. Le climat de Paris lui est défavorable ; il n'y peut croître que par des étés très chauds, mais on pourrait le cultiver probablement en Provence, si son usage tendait à se propager. Très estimé aux Antilles, il y forme la base d'un mets populaire, le Calalou. Son mucilage sert de base à la pâte pectorale de Nafé d'Arabie.

En ce qui concerne la partie essentielle de ce végétal, c'est-à-dire la feuille, elle doit être moulue très finement dans un moulin en pierre, que les familles ont chez elles ; ou bien cette poudre est achetée toute préparée chez les épiciers indigènes.

La Maloucria est un mets qui porte bonheur. La veille du Jour de TAn musulman, il doit y avoir dans chaque famille, un plat de Maloucria, dont chacun doit prendre sa part. Elle est mangée avec de la viande et ne se sert pas autrement ; c'est en cela que, si on la compare à une garniture d'épinards autour d'un plat de viande, ce n'est jamais qu'un mets condimentaire.

Toujours est-il que les feuilles ne se mangent jamais

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entières, mais moulues. Elles sont cuites dans Thuile et Feau, car jamais la graisse n'entre dans la cuisine arabe ; on y ajoute la viande qui doit être celle de bœuf, condition essentielle pour la bonne qualité du plat qui, parait-il, ne vaudrait rien s'il était préparé avec d'autres viandes. Je soupçonne, s'il en est vraiment ainsi, qu'il doit plutôt s'agir de l'observation d'un rite.

En terminant, je mentionnerai le nom de quelques plantes condimentaires qui se cultivent à Nabeul. A la date du 18 janvier, rien n'était encore semé ; ou, ce qui l'était, sortait à peine de terre; il n'y avait donc rien à voir sur pied. J'ai parlé de VHibiscus esculentus et son dérivé, la Maloucria; je n'y reviens pas, n'ayant rien à y ajouter.

Les autres plantes sont le Coriandre^ le Cumin^ VAnU et le Fenouil^ auxquelles on peut ajouter le Piment, Les premières poussent en France et sont connues. Je ne cite le Piment qu'à propos du coup d'œil et du pittoresque. Tous les murs à Hammamet et à Nabeul sont tapissés de longs cordons ou guirlandes de fruits du Piment, reliés entre eux comme les grains d'un chapelet; sur le fond blanc éblouissant des habitations, l'aspect en est d'un ton très chaud et d'une couleur bien locale.

Les deux plus intéressantes de ces plantes seraient le Cumin et le Coriandre qui sont rarement cultivées en France. Je n'ai pu qu'en rapporter des graines comme des deux autres. J'y ai joint quelques tiges desséchées de VHibiscus esculentus, non encore dépouillées de leurs fibres textiles, et un paquet de fibres déjà enlevées.

On trouve également, chez les épiciers indigènes, deux sortes de graines dont les femmes juives font usage pour se donner de l'embonpoint. C'est le Drd qui se moud en farine ; on le passe au tamis et on en fait des gâteaux en y ajoutant du sucre. La Helba^ autre graine qui se met en décoction dans l'eau froide ; on en boit l'eau et la graine est rejetée. Dans d'autres circonstances, cette graine de

Helba est moulue et on en fait un pain qu'on mange avec de l'huile ; Tusage n'en est pas habituel, il est seulement employé comme rafraîchissant. ^

Toujours dans le but d'engraisser, les Juives usent beaucoup, dans la saison, du Couscous sucré avec des grains de Grenade.

Poterie et Nattes de NabeuL

Tout en ne rentrant que très indirectement dans le domaine de l'histoire naturelle, on ne peut passer à Nabeul, sans visiter au moins un des établissements où se fabrique la poterie indigène qui fait, avec le tissage des nattes, la réputation de cette petite ville.

Les fours sont des plus primitifs ; ce sont de vrais trous en terre qu'on ne soupçonne que quand on passe dessus. Quel que soit le genre de poterie, la fabrique ou l'atelier varie peu. Elle comprend une grande pièce voûtée, sans fenêtre, avec une porte centrale qui Téclaire ; les deux extrémités du bâtiment restent dans l'ombre. En face de la porte est le tour et l'établi de pierre devant lequel travaille le potier. Dans cette même pièce, il entasse pêle-mêle toutes les poteries au fur et à mesure de leur fabrication, 9oit qu'elles soient destinées au four, soit qu'elles y aient déjà passé. Dans un coin, est l'argile préparée en partie et qui est achevée de l'être par de petits Arabes qui la foulent aux pieds; ils se relèvent à tour de rôle. Ceci est la note pittoresque.

1 . Le DrA est une Oraminée voisine du Millet, et qui porte le nom de Pentcif- Uria ipieafa Wild. {Penniêetum typhùldeum Rich.). Elle est cultivée dans le Sud tunisien, à partir de Zazis, et dans toute la région saharienne (D* E. Bonnet). La Htlbà est une Papilionacée, connue sous le nom de Fénu-greCt TrigonelU fœnutngrmeum L., très répandue dans tout rOrient où elle a joui longtemps d'une grande réputation comme graine alimentaire et médicinale. En dehors de ces graines, elle est employée comme plante fourragère ; elle exhale en séchant une odeur aromatique de Mélilot fort agréable (D' X. Gillot).

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