‹ Contributions à l'histoire naturelle de la TunisieChapitre 327 sur 367 · NM N · texte numérisé non relu

NM N

Cuivre 22,760 i5,720

Argent 0,010 0,012

Sur le prolongement du filon, dans la vigne de M. Boutonnet, on remarque des marbrures rubannées; de l'autre côté de l'Aveyron, entre cette rivière et la voie ferrée, des imprégnations de cuivre carbonate; puis au flanc de la colline, il forme un grand dyke dont les masses sont toutes disloquées, où le minerai passe à un magma de remplissage de ferro-manganèse encaissé dans les salbandes siliceuses.

L'important filon de galène si riche en argent, mélangé de phillippsite, dont le puits de 34 mètres cité plus haut n'est qu'à 100 mètres de distance, pourrait fort bien n'être qu'un croiseur se rattachant à ce rameau principal.

Dans le ravin de Rouquier, nous avons pratiqué une petite attaque sur un filon de pyrite cuivreuse de 5 à 6 centimètres ; le minerai présente de belles irisations de philippsite, accompagnées de veinules de plomb à petites facettes. Il parait se diriger vers Caylou, où la direction est marquée par des alignements de dykes de quartz.

Sur les bords de l'Aveyron, à l'entrée du tunnel, on voit une petite galerie effondrée et masquée par les débris éboulés qui en obstruent l'entrée ; elle dénote évidemment une ancienne recherche.

L'analyse de l'échantillon de Rouquier a donné : cuivre 12,34 avec traces d'argent.

Près de l'habitation de M. L. Boutonnet, de FalgairoUes, plusieurs tranchées pratiquées sur la partie supérieure d'un autre filon qui se profile au loin sur le flanc de la colline,

ont produit de la galène à petites facettes et à cristaux simulant de petites houppes, du cuivre gris et carbonate vert; le tout ofTre les plus belles espérances. Ces veines minéralisées sont parallèles au grand filon de la vieille mine.

Près du village de Courbières, on rencontre plusieurs filons de quartz renfermant des minerais cuivreux et plombifères.

Dans les petites attaques que nous avons pratiquées sur le principal filon de la propriété Fabre, de 0*50 de largeur, nous avons découvert, à 2°*50 de profondeur, une bande de 0"*12 de cuivre, gris-bleuté, silicate noir, accompagné de minerai de fer peroxyde ainsi que de magnifiques géodes à cristaux verts.

L'analyse a donné : cuivre 25,40 p. 100 avec traces d'argent.

Ici encore la minéralisation se manifestant sur une grande étendue, la continuité en profondeur ne fait pas de doute.

Dans le ruisseau de la Barasque, quelques coups de mine ont mis à jour deux filonnets de plomb avec indices de cuivre; l'un mesurant 0"*08 pourrait bien être un croiseur; l'autre, dans une direction toute différente, est enclavé dans une gangue de quartz noir imitant la lydienne.

Dans la même direction et près de là, à l'entrée d'un tunnel, on trouve un ancien puits d'où l'on a extrait de la galène à texture granuleuse, d'une ressemblance frappante avec celle de Falgairolles.

Ces filons se développent certainement en profondeur ; ils ont donné :

Plomb 8,800 p. 100 Argent 0,028

Nous n'avons attaqué aucun autre des nombreux filons sur lesquels se remarquent des indices métalliques, à

Laffage, à Biromontel, à Seilloz et à Combettes ; ce dernier contient de la baryte. On en remarque encore dans ce groupe d'autres moins accusés.

De ces premières prospections, il résulte que nous avons devant nous un merveilleux champ d'exploitation qui, par la nature du terrain, comme par la richesse et l'abondance des minerais, rappelle en tous points le Hartz allemand qui a produit tant de fortunes ; il y a là tous les éléments nécessaires pour constituer plusieurs concessions.

Sillonné à la fois par une voie ferrée et par une abondante rivière, il se prête admirablement à une installation d'exploitation et d'enrichissement du minerai.

D'ailleurs d'autres richesses minérales d'un autre ordre et non des moins intéressantes, mais non encore dévoilées, se montrent aussi en perspective dans la même région. L'industrie étant nulle dans le pays, la main d'œuvre est abondante et à bon marché. On peut même trouver sur place une bonne partie des matériaux utiles au boisage.

Cette situation privilégiée, jointe à tant d'éléments de succès, si faciles à vérifier et à reconnaître par la continuation des travaux de recherches conduits avec prudence et sagacité, ne peut que confirmer nos prévisions dans le brillant avenir réservé à l'exploitation des mines de cette région.

Àrleuf (Nièvre), le 15 décembre 1903.

HiPPOLYTE MARLOT,

Géologue.

A propos du don offert par M"** Paulin Fay et dont il a été question plus haut, M. le D^ Gillot a consacré les lignes suivantes à la mémoire de son fils, dont on connaît la fin prématurée :

Note sur Francisque Fay, ingénieur, et sur une Collection de minéraux offerte par M"^ Fay»

sa mère.

La collection de minéraux que je dépose sur le bureau, collection petite par le nombre, mais intéressante par la valeur et la rareté des échantillons, est, en quelque sorte, le touchant héritage d'un jeune compatriote, enlevé par une mort aussi tragique que regrettable, en pleine maturité et en pleine activité. Francisque Fay, Nivernais par la naissance, était Autunois par sa famille maternelle et par ses relations, cousin germain de notre distingué collègue, le D' Henri Qrillot. Brillant élève de l'École centrale des arts et manufactures, le jeune ingénieur fut, à sa sortie de l'école, en 1898, envoyé à Clermont, comme sous-lieutenant de réserve au 36' régiment d'artillerie. C'est pendant cette année de stage militaire que, frappé des ressources hydrauliques inemployées de TAuvergne, il conçut l'idée d'utiliser les chutes de la DuroUe et de doter la ville de Thiers de puissantes usines électriques, destinées, tant comme éclairage que comme force motrice, à développer et transformer l'industrie de tout le pays. Ce projet, ce rêve d'un cerveau de vingt-quatre ans, fut réalisé en moins de cinq années, grâce à l'intelligence, à l'énergie, à l'activité et aux qualités morales de F. Fay, qui sut conquérir la confiance et Testime générales et parvint à triompher de tous les obstacles. Il jouissait enfin du succès éclatant de son œuvre, la Société des Forces électriques d'Auvergne, à l'usine de Sauriat, dont il était le directeur, quand les éléments qu'il avait asservis ont pris une revanche brutale ; et ce corps vigoureux de vingt-neuf ans, cette intelligence d'élite, ont été terrassés et anéantis en quelques secondes par la formidable décharge de 10,000 volts, pendant la

réparation d'un circuit électrique, le 4 janvier 1904, le lendemain même du jour où il venait de recevoir les palmes académiques. La ville de Thiers a fait à son bienfaiteur des obsèques splendides, et ce deuil a été non moins cruellement ressenti à Nevers et à Âutun même, où la famille Fay compte d'anciennes relations et de solides amitiés. Sa mère désolée s'en est souvenue, au milieu de sa profonde affliction, et a tenu à nous envoyer un souvenir de son fils, victime de la science, et qui fût certainement devenu l'un des nôtres. Ce don que nous conserverons pieusement, en mémoire de F. Fay, et dont nous prions M"* Paulin Fay d'agréer nos respectueux remerciements, consiste en minerais d'Antimoine de la Lucette (Mayenne) et en minéraux du Mexique, rapportés par un autre ingénieur de Nevers, M. Theuriot, ancien élève de l'École des Mines de Saint-Étienne, qui a passé dix années à Boléo (Basse-Californie), à organiser et diriger une importante exploitation minière de cuivre, et qui, à son retour, avait envoyé quelques échantillons des minéraux les plus précieux à son ami F. Fay. Plusieurs de ces minéraux même sont nouveaux pour la science et ne sont connus que depuis les études de M. Theuriot et de ses collaborateurs, ratifiées par l'Académie des sciences de Paris.

Collection F. Faj^ provenant de M. Theuriot,

ancien ingénieur directeur des Bfines du Boléo, et portant

les étiquettes de M. Theuriot.

Mines d'Antimoine de la Lucette^ près Laval (Mayenne).

1^ Antimoine ^cristallisé.

2"* Stibine, amorphe et cristallisée.

3* Stibine (Sb^S^), en gros cristaux.

4* Stibine irisée (Sb^S^).

Mines de Bolèo, Basse-Californie (Mexique).

5"* Azurite, cristaux groupés en boule.

6^ Azurite, en sphéroïdes.

7"* Azurite sur Atacamite.

8"* Azurite sur Atacamite et oxydule de cuivre. 9*" Atacamite sur sulfure de cuivre.

10* Sphéroïde d' Azurite, enveloppé d' Atacamite. 11® Malachite et Azurite, échantillon poli à la meule. 12® Cuprite. Octaèdres avec squelette de Cuprite. 13® Boléite, cristaux cubiques. La Boléite est un minéral nouveau trouvé par nous au Boléo (Basse-Californie). — Le nom de Boléite a été ratifié par l'Académie des sciences :

[PbCl(HO)CuCl(HO)] + AgCl.

14® Cumengéite. La forme primitive de la Gumengéite est l'octaèdre. La Cumengéite est un minéral nouveau trouvé par nous au Boléo (Basse-Californie). Le nom a été sanctionné par l'Académie des sciences. Formule : PbCl^ + CuOH^O. — La Cumengéite diffère de la Boléite par l'absence de Va AgCl.

15® Cumengéite sur Boléite. Les cristaux octaédriques de Cumengéite se groupent sur les faces du ùube de Boléite, de manière que les arêtes de la base de Tune et de l'autre substance soient parallèles. Ces groupements sont d'autant plus singuliers que les deux substances groupées et mutuellement orientées sont chimiquement différentes. Ce groupement de cristaux octaédriques sur le cube constitue une étoile extrêmement curieuse ; mais il n'existe que quelques étoiles complètes.

16® Percylite, cristaux à gouttières. Ces cristaux paraissent formés de six atomes de Cumengéite pour un de Boléite. Mallard leur a donné le nom de Percylite.

17* Sphérocoballite. Carbonate de cobalt anhydre. Tris rare. Trouvé dans une géode au Boléo.

18* Sphérocobaltite sur Âtacamite. Tris rare. Trouvé dans une géode au Boléo.

19* Chrysocolle. Hydrosilicate de cuivre, sur minéral cupromanganésé.

Placers de Calmahy (Basse-Califomiey

20* Quartz aurifère. Échantillon provenant d'une mine d'or de la Basse-Californie.

Tous les minéraux qui composent cette collection, au nombre de vingt, ont été fournis par M. Theuriot, ingénieur des Mines, qui a passé dix ans au Mexique, comme ingénieur en chef des mines de cuivre de Boléo (Basse-Californie), et qui n'en est revenu qu'après l'installation complète de l'exploitation. Il a été ensuite directeur des mines d'antimoine de la Lucette (Mayenne).

M. Theuriot a bien voulu nous donner lui-même les renseignements suivants (lettre du 25 février 1904) :

1^ Les minerais d'Antimoine sortent des mines d'Antimoine de la Lucette (Mayenne), dont M. Theuriot vient de quitter la direction.

2"* Les minerais de cuivre proviennent tous des mines de cuivre de Boléo, Basse-Californie (Mexique).

3^ Les échantillons d'or viennent des placers de Calmahy (Basse-Californie).

Le gisement du Boléo, à peu près seul de son espèce, est constitué par quatre couches, — et non des filons, — intercalées dans des tufs et des conglomérats formés par la destruction de roches trachytiques et volcaniques de la contrée. Ces couches sont à 50 mètres environ verticalement les unes des autres.

La troisième couche seule est exploitée. Le cuivre s'y présente à peu près à tous les états, variables avec la hauteur au-dessus du niveau de la mer. Rien n'est plus curieux

que Taspect offert parfois par certains chantiers, où Ton peut voir à la fois toutes les couleurs imaginables. Depuis les affleurements jusqu'à la cote 80 mètres environ, la gangue de la couche est ferrugineuse ; de la cote 80 à la cote 40, elle est manganésée; au-dessous de la cote 40, la gangue est argileuse. Dans la zone ferrugineuse, on trouve le cuivre à Fétat d'Azurite, de Malachite, d'Âtacamite, de Silicates complexes, etc. C'est là qu'on a trouvé aussi quelques espèces minérales nouvelles, la Boléite, la Cumengéite, la Percylite. Dans la gangue manganésifère, on trouve des plaquettes de cuivre natif, de Toxyde noir, de roxydule rouge, du sulfure noir, des cristaux d'oxydule, etc. Enfin, dans la zone inférieure, de beaucoup la plus importante au point de vue industriel, en raison de son étendue mais non de sa richesse, le cuivre est exclusivement à l'état de sulfure pauvre, disséminé dans une gangue argileuse, difficile à fondre. On ne trouve plus d'échantillons minéralogiques dans cette zone argileuse, qui commence vers la cote 40 et s'étend jusque dans la mer Vermeille. Ce minerai est gris, identique à la cendre de charbon.

La BoléilBy — du nom de Boléo, — trouvée par M. Theuriot en 1891, a été étudiée et décrite par MM. Mallard et Cumenge, dans une note insérée dans les comptes rendus de l'Académie des sciences (t. CXIII, séance du 26 octobre 1891), complétée par une note parue dans le Bulletin de la Société de minéralogie de décembre 1892.

La Cumengéite^ — du nom de M. Cumenge, un des administrateurs des mines de Boléo, mort depuis ainsi que M. Mallard, -^ trouvée également par M. Theuriot, et annoncée par M. Cumenge, par une note à TAcadémie des sciences, en date du 24 avril 1893, a été, la même année, présentée par M. Mallard à la Société de Minéralogie, dans

sa séance du 19 juin. M. Damour, membre de Tlnstitut, a étudié également ces deux espèces minérales nouvelles. Enfin, M. Ch. Freidel les a non seulement étudiées, mais a réussi à reproduire artificiellement des petits cristaux de Boléite et de Cumengéite.

Caractères de la Boléite. — Cristaux cubiques, d'un beau bleu indigo, trouvés dans une gangue argileuse spéciale. Ces cristaux sont parfois implantés sur du Gypse cristallin, sur de TAtacamite, de TAnglésite ou de la Phosgénite. On en a rencontré aussi quelques cristaux octaédriques. Dureté un peu supérieure à celle de la Galcite. Fond à la flamme d'une bougie.

Densité = 5,08

Composition = Ag 8,50 7o

Cu 15,

Pb 48,90

Cl 19,55

0 (par difî.).... 3,77

D'où la formule : 3[PbClHO,Cu01(HO)] + AgCl.

Caractères de la Cumengéite. — Généralement en cristaux octaédriques. Jouissant de la propriété curieuse de former des groupements de six octaèdres (étoiles), malheureusement presque toujours incomplets. Les cristaux octaédriques de Cumengéite se groupent sur les faces des cubes de Boléite^ de manière que les arêtes de base de l'une et de Vautre matièi^e soient parallèles. Ces groupements sont d'autant plus extraordinaires que les deux substances groupées et mutuellement orientées sont chimiquement différentes. Couleur bleue plus violacée que celle de la Boléite ; éclat plus vif et

plus adamantin. Dureté un peu inférieure à celle de la Boléite.

Densité = 4,675

Composition = Cu 16,80 7o

Pb 55,15

Cl 18,88

0 (par difif.).... 4,3*7

D'où la formule : PbCl^ + CuOH^Cqui ne diffère de celle de la Boléite que par l'absence de Va AgCl.

Percylite. — Il y a aussi, dans la collection, des cristaux cubiques à gouttières^ sur la nature desquels on n'est pas encore absolument fixé. Cependant l'analyse a montré que la substance quadratique formant les six cristaux sur les faces du cube de Boléite est constituée par six molécules de Cumengéite et un de Boléite. Cette substance contient donc un peu d'argent et serait intermédiaire entre la Boléite et la Cumengéite; sa cristallisation s*adaptant à celle de la Boléite^ comme celle de la Cumengéite s'y adapte éga^ lement sow une autre forme. M. Mallard a proposé de laisser à cette substance quadratique le nom de Percylite^ minéral analogue découvert en Sonera (Mexique), et sur la composition duquel on n'est pas très fixé.

Ces minéraux nouveaux ne sont tous que des curiosités miner alogiques. Il n'existe même que quelques étoiles oom-* plètes (six octaèdres de Cumengéite groupés sur cube de Boléite).

Tous les autres échantillons appartiennent à des espèces minérales connues.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée.

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