PREMIÈRE PARTIE
Les différentes espèces d'éclairs. — N'étant ni physicien, ni électricien; ne pouvant vous expliquer les phénomènes électriques qui se sont produits pendant Toragedu 16 juillet, je crois devoir en commencer la relation par les indications que nous fournissent les rares ouvrages traitant des phénomènes météoriques en général, et de la foudre en boule en particulier.
L'air, en temps d'orage, est quelquefois tellement chargé d'électricité qu'elle devient apparente au milieu de l'obscurité, par une vive lueur sur tous les corps. On cite des pluies lumineuses pendant lesquelles la terre semblait en feu. Les nuages paraissaient être de vrais réservoirs d'électricité ; de pareils nuages couvraient la ville pendant l'orage du 16 juillet.
Ârago et la plupart des météorologistes divisent les éclairs en trois espèces.
Première espèce des éclairs. — La première comprend les éclairs linéaires qui se montrent sous l'aspect d'un filet do lumière, très mince et très arrêté sur les bords. La lumière de ces éclairs est très vive et en général d'un blanc bleuâtre ; on en a vu de rouges et de violacés. Malgré leur rapidité proverbiale, ils ne se propagent pas en ligne droite ; presque toujours, ils serpentent et décrivent dans Fespace une courbe sinueuse ou brisée à angles variables. Quelquefois aussi, on les voit se partager en un certain point de leur course, en plusieurs branches parfaitement distinctes. Ce sont les éclairs les plus dangereux, ceux qui atteignent le
plus souvent les objets terrestres, qui portent avec eux la mort et Tincendie et constituent proprement la foudre.
Deuxième espèce des éclairs. — La lumière des éclairs de la seconde espèce, au lieu d'être restreinte à des traits sinueux, presque sans largeur apparente, est diffuse et embrasse d'immenses étendues. Tantôt ces éclairs n'illuminent que le contour des nuages ; tantôt on dirait que ceux-ci s'entr'ouvrent pour leur livrer passage, et alors toute la surface du nuage est comme inondée de lumière. Les éclairs diffus sont de beaucoup les plus communs. Dans un orage ordinaire, dit Ârago, il s'en produit des milliers pour un éclair sinueux et fulgurant.
Troisième espèce des éclairs, — Les éclairs de la troisième espèce diffèrent totalement des précédents. Ils sont extrêmement rares et remarquables surtout par deux caractères bien tranchés, savoir : leur forme sphérique, qui les a fait désigner sous le nom d'éclairs en boule et leur mouvement do translation qui est relativement très lent. Tandis que les éclairs ordinaires ne durent qu'une fraction de seconde, les éclairs en boule persistent plusieurs secondes. On peut aisément les suivre et apprécier leur vitesse, ils sont parfois visibles pendant une, deux, dix secondes de temps (Arago). Ils présentent encore d'autres particularités étranges : souvent on les voit rebondir à la surface du sol ; quelquefois, ils éclatent comme des bombes, avec un fracas épouvantable; d'autres fois, ils laissent après eux une traînée de particules enflammées, qu'on a comparées aux fusées de nos feux d'artifice. On ignore complètement l'origine de cette sorte d'éclair, qui a soulevé parmi les savants les plus vives discussions et dont on serait tenté de révoquer en doute la possibilité, s'ils n'avaient été observés et décrits par des témoins dignes d'une confiance absolue (Margollé et Zurcher).
Pour bien faire comprendre la nature et la formation des foudres de la troisième espèce (la foudre en boule), il
faudrait que noua puissions faire usage de développements que les limites de ces notes ne nous permettent pas d'aborder. Voir les diverses publications sur la météorologie et le mémoire intitulé : Coordination des causes qui précèdent^ produisent et accompagnent les phénomènes éleotriques^ 188ij par le savant physicien Peltier, ainsi que son Traité des trombes et ses mémoires divers. Voir l'article Tonnerre j de F. Arago, mémoire 1838, et le !•' volume des Notices scientifiques. Les savants physiciens Schubler, Munike, Kaentz ont également donné, dans différents mémoires, la description de phénomènes semblables qu'ils avaient eux-mêmes observés et qui seraient trop longs à relater ici.
MargoUé et Zurcher, cherchant l'origine de la foudre globulaire, disent avec les autres physiciens qu'elle n'a été encore ni expliquée, ni imitée comme la foudre ordinaire. Ils ajoutent : « Ces globes de feu descendent vers [a terre en se mouvant avec assez de lenteur pour qu'on puisse bien en reconnaître la forme. Leur couleur est variable depuis le blanc mat jusqu'au rouge vif, ils ne semblent émettre aucune chaleur, on les voit s'arrêter un instant, avancer de nouveau, puis rebondir comme une balle élastique, ou se diviser en globes plus petits, etc.
Dans son Voyage à travers Vélectrioité (1901), Georges Darvy donne Texplication suivante dont la théorie a été entièrement établie par Gaston Planté. Selon lui, la foudre globulaire est due à un flux considérable d'électricité qui provoque la formation d'une boule fulgurante lumineuse, une sorte de condensation de la foudre. Planté Ta reproduite en miniature, au péril de sa vie, à l'aide de ses batteries d'accumulateurs ; elle provient directement d'un nuage à la suite d'un éclair, ou bien elle est formée par influence, de loin, par une nuée fortement électrisée au-dessus d'une petite couche d'air sèche et isolante. Cette boule peut se mouvoir dans telle ou telle direction, éclater, foudroyer ou
disparaître sans bruit, suivant la conductibilité de Tair et la tension électrique du nuage qui Ta formée.
Pour mieux faire apprécier l'intérêt que peut offrir l'orage du 16 juillet, par le phénomène de la foudre en boule et ses bizarreries, nous croyons utile de citer quelques observations ; plusieurs pourraient paraître fantaisistes, si elles n'avaient été étudiées par des hommes de science.