‹ Contributions à l'histoire naturelle de la TunisieChapitre 334 sur 367 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Diverses observations. « Deslandes. — Note adressée à l'Académie des sciences. — Orages célèbres, 14-15 avril 1 778. — L'église de Couesnon, près de Brest, détruite par trois globes de feu qui, s'étant réunis, avaient pris leur direction vers l'église.

Jatnin (Cours de physique). — Gros orage, cité Odiot, à Paris. M"* Espert vit un globe de feu à vingt pieds audessus de l'arbre; petites étincelles en flammèches. Une détonation efîroyable avec une douzaine de rayons dont un vint frapper une des maisons de la cité, où il fit un trou dans le mur. Un reste de matière électrique se mit à étinceler comme une flamme blanche, vive et brillante et à tourner comme un feu d'artiGce.

Gauthier de Clauhry. — Orage du 9 juillet 1874, à Paris ; le thermomètre marquait 37 à 38 degrés et 21"^ pendant l'orage, la couleur du ciel était ardoisée, quelques gros nuages s'y trouvaient stationnaires. Une masse de feu passa par-dessus l'école des Sœurs, après avoir dégradé quelques maisons, se précipita sous la forme d'une boule sur le pavé, roula sur le trottoir et éclata; une partie pénétra dans une boutique pour y éclater de nouveau et fondit en partie un fil de fer fixé au plancher. Une ouvrière resta comme pétrifiée; elle avait perdu l'ouïe, elle balbutiait et pouvait à peine se servir de ses membres. Le magasin avait été rempli comme de flammes. La tête de la maîtresse du magasin semblait en feu; une légère brûlure à l'angle

externe deTœil droit résulta de ce phénomène. Porte odeur de soufre. Le concierge de cette maison, qui se trouvait sur le pas de la porte, sentit pénétrer dans ses vêtements une matière brûlante qui lui semblait les enflammer; la lumière qui Tenveloppa était comme une flamme. Une dame dans la rue se vit également enveloppée de flammes. Une autre dame, plus loin, éprouva la même sensation et fut légèrement brûlée à la jambe. Enfin, près de là, une personne ressentît une commotion dans le bras droit en saisissant le bouton d'une sonnette.

Arago cite parmi les effets de foudre globulaire, avec plus ou moins de dégâts, la foudre en boule toujours errante, bondissante, courant dans les chambres, parfois avec la vitesse d'une souris, remontant quelquefois vers les nuages pour disparaître.

Arago. — M. Babinet a communiqué à TAcadémie des sciences, le 5 juillet 1852, la note suivante :

« L'objet de cette note est de mettre sous les yeux de l'Académie, un des cas de foudre globulaire, que l'Académie m'avait chargé de constater, il y a quelques années (le 2 juin 1843), et qui avait frappé, non en arrivant, mais en se retirant, pour ainsi dire, une maison située rue Saint-Jacques, dans le voisinage du Val-de-Orftce. Voici, en peu de mots, le récit de l'ouvrier dans la chambre duquel le tonnerre en boule descendit pour remonter ensuite. Après un assez fort coup de tonnerre, mais non immédiatement après, cet ouvrier, dont la profession est celle de tailleur, étant assis à côté de sa table et finissant de prendre son repas, vit tout à coup le châssis garni de papier, qui fermait la cheminée, s'abattre comme renversé par un coup de vent assez modéré, et un globe de feu, gros comme la tête d'un enfant, sortir tout doucement de la cheminée et se promener lentement par la chambre, à peu de hauteur des briques du pavé. L'aspect du globe était encore, sui-* vant l'ouvrier tailleur, celui d'un jeune chat de grosseur

moyenne, pelotonné sur lui-même et se mouvant sans être porté sur ses pattes. Le globe de feu était plutôt brillant et lumineux qu'il ne semblait chaud et enflammé, et l'ouvrier n'eut aucune sensation de chaleur. Ce globe s'approcha de ses pieds, comme un jeune chat qui veut jouer et se frotter aux jambes, suivant l'habitude de ces animaux; mais l'ouvrier écarta les pieds, et par plusieurs mouvements de précaution, mais tous exécutés, suivant lui, très doucement, il évita le contact du météore. Celui-ci paraît être resté plusieurs secondes autour des pieds de l'ouvrier assis qui l'examinait attentivement, penché en avant et au dessus. Après avoir essayé quelques excursions en divers sens, sans cependant quitter le milieu de la chambre, le globe de feu s'éleva verticalement à la hauteur de la tête de l'ouvrier qui, pour éviter d'être touché au visage, et en même temps pour suivre des yeux le météore, se redressa en se renversant en arrière sur sa chaise. Arrivé à la hauteur d'environ un mètre, au-dessus du pavé, le globe de feu s'allongea un peu et se dirigea obliquement vers un trou percé dans la cheminée, environ à un mètre au-dessus de la tablette supérieure de cette cheminée.

Ce trou avait été fait pour laisser passer le tuyau d'un poêle qui, pendant l'hiver, avait servi à l'ouvrier mais, suivant l'expression de ce dernier, le tonnerre ne pouvait le voir, car il était fermé par du papier qui avait été collé dessus. Le globe de feu alla droit à ce trou, en décolla le papier sans l'endommager, et remonta dans la cheminée. Alors, suivant le dire du témoin, après avoir pris le temps de remonter le long de la cheminée, du train dont il allait, c'est-à-dire assez lentement, le globe, arrivé au haut de la cheminée, qui était au moins à 20 mètres du sol de la cour, produisit une explosion épouvantable, qui détruisit une partie du faîte de la cheminée et en projeta les débris dans la cour; les toitures de plusieurs petites constructions furent enfoncées, mais il n'y eut heureusement aucun

accident. Le logement du tailleur était au troisième étage et n'était pas à la moitié de la hauteur de la maison. Les étages inférieurs ne furent pas visités par la foudre et les mouvements du globe lumineux furent toujours lents et non saccadés. Son éclat n'était point éblouissant et il ne répandait aucune chaleur sensible. »

Peltier. — Violent orage, 28 août 1839. La foudre tombe au milieu de la cour du bureau central de Toctroi de la ville de Paris. Le globe de feu frappe le sol, en y creusant un enfoncement de 18 centimètres de diamètre, s'agite violemment en tournant sur lui-même, rebondit pour retomber à 3 mètres plus loin, faisant une nouvelle excavation, s'agitant toujours violemment, saute bientôt sur le mur de clôture, en suit le chaperon; déjà très diminué de volume, s'élance dans la rue, tombe sur le pavé mouillé, traverse la porte cochère de l'hôpital Saint-Louis, pour disparaître au milieu de la cour. Les ouvriers à Tabri sous les hangars ressentent une vive commotion électrique avec odeur sulfureuse.

M. Meunier^ feuilleton de la Presse. — Cas de la cité Odiot, par le professeur Jamin. — « M""* Espert dit : Ce phénomène dura plus d'une minute. C'était un si beau spectacle, que je n'eus pas même l'idée du danger, ni de la peur; je ne pouvais que m'écrier : Que c'est beau!... que c'est beau!... Un autre rayon de la foudre alla dans la pension de M"' Loiseau, rue Neuve-de-Berry, où il blessa une des institutrices.

X» Paris retentit du bruit affreux de ce terrible coup de tonnerre, mais peut-être suis-je la seule personne qui ait vu, par hasard, le phénomène qui se produisit; et je ne donnerais pas pour beaucoup de n'avoir pas été témoin d'un aussi admirable et merveilleux spectacle. »

A propos du coup de foudre en boule du 1*' octobre 1903, qui a pénétré dans l'église de Boulogne-sur-Seine, on remarqua, cite le journal la Nature^ une boule de feu se

promenant quelques instants sur la place de TÉglise, sans avoir été détournée par le paratonnerre.

L'auteur de Tarticle, supposant que le paratonnerre était devenu défectueux, demande que tous les paratonnerres soient soumis à un contrôle. Comme nous le verrons tout à l'heure, le paratonnerre de la sous-préfecture n'a nullement influencé la foudre en boule sur son passage dans l'orage du 16 juillet, à Autun; si ce paratonnerre fonctionne bien, la foudre en boule serait dans un autre état d'électricité.

Georges Dary. — En mai 1833, la foudre tombe à Amiens, sur une maison voisine du Jardin des Plantes, sous la forme d'un globe bleuâtre de la grosseur d'une noix. Ce globe pénètre par une fenêtre ouverte, fait le tour de la salle à manger où tout le monde était à table, frôle légèrement la main du maître de la maison qui se servait du potage et disparait avec une forte détonation.

Wilfrid de Fonvielle cite le fait suivant : le 10 septembre 1845, le tonnerre en boule se présente sur le seuil d'une cuisine, située au village de Salagnac (Corrèze); trois femmes qui s'y trouvaient ne prennent pas peur en présence de l'étrange sphère. Elles crient à un jeune homme aux pieds duquel elle roulait, de l'écraser pour l'éteindre. Heureusement, ce paysan, qui était venu à Paris, s'était fait électriser pour deux sous, aux Champs-Elysées ; il avait appris à respecter le fluide mystérieux et ses secousses ; il laissa passer la boule. Bien lui en prit; elle éclata bientôt dans une écurie voisine. Elle foudroya un porc qui s'y trouvait renfermé et qui, ne connaissant rien aux merveilles de l'électricité, osa la flairer d'une façon inconvenante.

Nous pourrions encore citer bien des cas extraordinaires de la foudre en boule ; chaque manifestation offre de nouveaux sujets d'étude.

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