‹ Contributions à l'histoire naturelle de la TunisieChapitre 335 sur 367 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Vorage du 16 juillet et la foudre en boule. — Le 16 juillet, par Vent d'Est, un violent orage a éclaté sur la ville. La température avant l'orage était de 35®, pour s'abaisser à 23^ après Torage. Sa durée a été de 30 à 35 minutes, se terminant par un coup sec, formidable. Quelques nuages noirs parcouraient le ciel; ils semblaient être de vrais réservoirs d'électricité, d'où s'échappaient à chaque moment les éclairs et le roulement du tonnerre. Vu d'un peu haut le spectacle était splendide, dépassant en beauté les plus beaux feux d'artifice.

A 2 heures 20 minutes, en même temps qu'une vive lueur et non pas un éclair, on entendit un coup sec, formidable, semblable à un coup de canon, ébranlant l'air et les maisons.

La foudre en boule venait de tomber sur la maison de Charmasse, à l'extrémité de la rue de l'Arquebuse, sur le toit, à la base d'un ornement pointu en fonte. Elle glissa ainsi sur toute la longueur du toit, en brisant les ardoises; les sonnettes électriques avaient été mises en mouvement.

Pour la clarté de ce qui va suivre, si l'on trace, sur un plan de la ville, une ligne partant de cette maison et aboutissant à la cour du collège (classe d'anglais), on obtient une ligne droite de 505 mètres de longueur, sur laquelle nous allons suivre dans sa promenade, les diverses stations de cette boule errante :

1® La foudre en boule tombe sur le toit de la maison do Charmasse, glisse sur le toit, brise les ardoises, agite les sonnettes électriques.

2® Â 25 mètres, elle passe sur la sous-préfecture, donnant une commotion aux personnes présentes qui croyaient le bâtiment foudroyé. Le paratonnerre n'ayant exercé aucune influence, on peut en conclure que la conductibilité

n'existe plus, ce qui serait un danger pour le voisinage, ou que son action est nulle sur la foudre en boule. Ce fait serait très intéressant; il n'a pas été encore suffisamment observé, comme le cite le journal la Nature^ à propos de la foudre en boule tombée à Boulogne-sur*Seine, le 1*' octobre 1903. Il donnerait lieu à de nouvelles observations.

Pendant que notre foudre en boule passait sur la souspréfecture, on ressentait dans la maison Abord qui lui fait face une forte commotion ; on voyait une grande lueur dans l'appartement. Ce même fait s'étant produit un peu plus loin, nous devons penser que de cette boule de feu se dégageait une grande quantité d'électricité rayonnant aune certaine distance.

S"" Après cette forte commotion sur la sous-préfecture et ces effluves électriques, elle vient (maison Roche), à 145 mètres de son point de départ, raser jusqu'au toit un corps de cheminée très élevé, comprenant quatre cheminées, projetant près de 2 mètres cubes de maçonnerie dans la rue et dans les cours. Sous la violente compression de l'air, les quatre pièces de ces quatre cheminées furent remplies d'une poussière ténue accompagnée d'une faible odeur de soufre. Aucune trace du fluide dans les cheminées. Dans l'admiration du magnifique spectacle, j'étais sur le balcon du troisième étage, à 15 mètres de la cheminée foudroyée ; je vis une grande lueur, en même temps que j'entendis un éclat formidable, sec comme un coup de canon, sans roulement de tonnerre. Légère odeur de soufre, très faible commotion. Une personne demeurant au rez-de-chaussée, M. Bonnau, vit très distinctement la boule de feu s'agiter sur le pavé dans la rue.

4"* Suivant la ligne droite, elle vient casser une tige de lilas (maison Giraudeau); la cassure présente des boulettes de 2 millimètres de long, sur un millimètre d'épaisseur. Ces boulettes sont formées de bois haché atteignant à peine un vingtième de millimètre; on ne peut le reconnaître

qu'au microscope. La tige était perforée à une profondeur de 6 centimètres.

5* A 15 mètres de là, elle découronne un arbre dans un bosquet de la pension des demoiselles Forêt.

6* Ici nous voyons ses effluves s'étendre à gauche, dans la maison^en face. Au rez*de*chaussée, le trapon de cave du boulanger, trapon en fonte, est soulevé et jeté sur le trottoir. Au premier étage, les sonnettes électriques de l'appartement sont mises en mouvement, les pièces paraissent pleines de flammes ; il en est de même dans d'autres pièces au fond de la cour.

7* Suivant toujours la ligne droite, la boule de feu se montre entre les maisons Gérard et Thibaudin. MM"** Gérard la voient très bien depuis la porte du magasin ; elles ressentent une commotion pendant que les grandes glaces du magasin Thibaudin vibraient avec un tel fracas qu'on les croyait brisées. Un employé travaillait devant une de ces grandes vitres dans Tarrière-magasin. Ici, le fait pourrait paraître fantaisiste, s'il n'était attesté par la victime et ses patrons. Il ressentit, au même moment, sans autre commotion, un violent coup sur le nez, puis un fourmillement insupportable. Pendant deux heures, il ne pouvait résister au besoin de se frotter, le nez n'offrant pas de conductibilité a seul ressenti le coup. Un chien qui était dans un coin vint se cacher brusquement dans ses jambes.

Comme nous le verrons plus loin la boule de feu a dû se briser en cet endroit ; ce qui explique la force de la commotion sur le magasin Thibaudin. En même temps, un employé de M. Berthier, travaillant sous le porche des magasins, ressentit une forte commotion et fut lancé à quelques mètres contre le mur.

8* Nous voici à la moitié de son parcours. A 20 mètres de là, toujours en ligne droite, rebondissant au-dessus des maisons, elle pénètre dans une chambre de travail située sur une petite cour, maison Chatenet, brise une vitre de la

fenêtre devant laquelle travaillait M. Chatenet fils; on ne trouve aucune trace de verre à Tintérieur, tous les éclats sont en dehors. On distingue une petite étoile de fêlure dans un coin supérieur. Instinctivement, M. Chatenet lève les yeux et voit en feu le fil de fer attaché au plafond qui servait à suspendre une lampe; au même moment, il ressent un violent coup sur la main, près du poignet, il avait une profonde coupure pénétrant jusqu'à Tos et qui fut pansée avec suture par le D' Gillot. En raison de la netteté de la coupure, M. Qillot croit qu'elle est due à un éclat de verre.

9"* A quelques mètres plus loin, toujours en ligne droite, elle rase (maison Neyrat) un corps de cheminée, dans les mêmes conditions que maison Roche.

10® Continuant cette spécialité de démolir les corps de cheminée, elle en rase un autre, maison Reyssier.

1 1® Les habitantf des rez-de-chaussée ressentent une forte commotion. Dans les magasins de M. Sauzay, on voit courir le feu sur les fils du téléphone, un employé placé près de la porte du magasin est déplacé violemment ; dans son bureau, le comptable voit son crayon en feu surmonté d'une longue aigrette, il ressent un violent coup au bras droit.

12® Â peu de distance de la cheminée rasée, maison Reyssier, la foudre brise une vitre et fait glisser le châssis grillagé qui la recouvre, dans la chapelle des congrégations des demoiselles, église Notre-Dame, séparée de la maison Reyssier par une ruelle.

13® Suivant le mur mitoyen de l'église avec le collège, elle disparaît après avoir fait ressentir une légère commotion aux divers élèves qui étaient dans la classe d'anglais. L'un d'eux, plus sensible ou mieux placé, éprouve une secousse plus forte et a le bras droit paralysé, avec fourmillement, pendant une heure.

14® Outre cette course de 500 mètres, notre boule de feu s'était divisée, comme nous l'avons dit au paragraphe 7,

devant le magasin Thibaudin. Cette nouvelle boule va suivre la rue aux Gordiers; elle brise à quelques mètres plus loin Tampoule d'une lampe électrique dans la pharmacie Bouvet ; elle fait sortir des gonds la porte de l'allée et en brise un.

15^ Â 20 mètres plus loin, elle pénètre dans un atelier, au troisième. M. Lecras, tailleur, voit sur sa table de travail une grande lueur ; pour s'en garantir il élève précipitamment son bras nu devant les yeux; il ressent une forte secousse, son bras paraissait porter les traces d'un coup. Il éprouve aussi un fourmillement pendant quelques heures.

16"^ Un peu plus loin, le magasin Lurault paraît rempli de feu.

17"* Enfin, vers la partie formant l'angle des rues aux Gordiers et Saint-Saulge, plusieurs personnes voient la boule de feu s'agiter sur le pavé.

Nous devons ajouter que toutes les personnes qui ont vu ou ressenti les effets, reconnaissent qu'ils ont eu lieu en même temps que le violent coup de tonnerre sec, éclatant avec fracas, sans roulement et terminant la série des grands coups.

La foudre en zigzags est tombée avant dans plusieurs

endroits de la ville. Elle a fracturé la tête de la statue de la

Vierge dite des Ursulines et percé son voile. Elle est aussi

ombée avenue de la Gare, à laGenetoye, au Pont-l'Évêque,

près des Baraques. Il ne pleuvait pas autour de la ville.

La foudre en boule n'étant pas encore expliquée des physiciens, dans son origine et ses effets, nous avons pensé qu'il pourrait être intéressant de relater ce cas. Il y a pourtant lieu de tenir compte des explications citées plus haut et fournies par le savant électricien Planté, en 1901.

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