‹ Contributions à l'histoire naturelle de la TunisieChapitre 337 sur 367 · D' X. GILLOT · texte numérisé non relu

D' X. GILLOT

Encore les Anthonomes !

. Ces coléoptères, de la grande tribu des Curculionides (Rhynchophores ou Porte-Bec), font beaucoup parler d'eux, dans notre région, depuis quelque temps. Cette année, les plaintes contre leurs dégâts sont générales ; c'est pourquoi il nous a paru opportun de donner quelques détails sur leurs mœurs et de résumer les conseils des divers auteurs et praticiens pour les combattre. ^

Une douzaine d'espèces d'Ânthonomes sont citées, en

1. Voir : Agriculture nouvelle, 1903, n» 628, p. 324; — Feuille J. iV., 1892, n* 261, p. 180; — Louis Canet, Soc. hUt. mL d'Autun, 1901, XIV, p. 49.

Saône-et-Loire, par les entomologistes. Voici leur signalement commun : corps globuleux; taille petite, variant de 2 à 4 millimètres, sans le bec ou rostre qui est long, droit et grêle. Téguments généralement roux ou bruns, avec, le plus souvent, une fascie variable sur les élytres. Anthonomus rubi Hbst. seul est noir; il vit sur les ronces, les framboisiers, les fraisiers et la Rosa canina. Deux ou trois fréquentent les érables, les pins et les ormes; les autres sont les hôtes des poiriers, pommiers, sorbiers, alisiers, pruniers, prunelliers, cerisiers, aubépine.

Nous ne parlerons que des Anthonomes du poirier (^1. piri Bohm.) et du pommier (^4. pomorum L.), qui motivent les plaintes des arboriculteurs et que les spécialistes seuls peuvent distinguer Tun de Tautre; d'ailleurs : ab uno disce omnes. Combien de fois une récolte de superbe apparence a été, par eux, notablement réduite !

Les insectes adultes passent Thiver abrités dans les crevasses des écorces et au pied de tous les arbres, sous les feuilles mortes, les débris, les pierres, les mottes de terre. Aux premiers rayons solaires de mars, ils quittent leur retraite ; en grimpant et surtout en volant, ils se répandent sur les poiriers et les pommiers, pour l'accouplement. Deux ou trois jours après cet acte, dès que les boutons à fleurs commencent à se gonfler, la femelle effectue sa ponte, qui peut durer une quinzaine au moins. Le manège est curieux et nécessite une succession de trois mouvements :

!• Le bec en avant et servant de vrille, elle perce les boutons à fleurs;

2' Elle se retourne et, avec son oviducte, elle dépose un œuf à l'entrée du trou, mais seulement dans ceux où le taraud a rencontré les étamines, en traversant le calice et la corolle non épanouis ;

3' Elle reprend la première position et, au moyen de son bec, pousse l'œuf au fond de la cavité.

Souvent elle perfore quatre ou cinq boutons pour ne pondre que dans un seul.

A peu près une semaine après la ponte, éclosent les larves, qui dévorent les étamines, le pistil et parfois l'ovaire; elles vivent près d'un mois et atteignent 6 millimètres. Pendant la floraison, les boutons renfermant leur hôte ou simplement piqués rougissent et ne s'ouvrent pas; on les dit k roussis » ou en « clous de girofle » ; les organes floraux peu atteints ou frôlés peuvent se développer, mais les jeunes fruits tombent bientôt. Les ravages sont toujours plus grands quand la floraison n'est pas rapide.

La nymphose a lieu en mai ; les insectes parfaits se montrent en mai et juin et sont très communs certaines années (jusqu'à plus de 1,000 sur un seul arbre). S'ils ont pullulé en 1904, c'est qu'ils étaient déjà nombreux en 1903, la récolte de cette dernière année n'ayant été à peu près anéantie par la gelée dans notre région, que pendant la floraison des arbres fruitiers et les pontes étant déjà accomplies.

Ainsi l'insecte parfait n'habite pas la fleur ni le fruit.

Ces généralités étant connues, comment conduire la bataille? Nous n'avons aucun moyen de préserver directement les boutons floraux contre les atteintes des Anthonomes; la lutte ne peut avoir pour but que de diminuer le nombre de ceux-ci et il faut, pour cela, s'inspirer de leurs mœurs, des dates et endroits de leurs métamorphoses. Ce que nous allons dire à ce sujet n'a pas le mérite de la nouveauté et consiste dans une série d'opérations intimement liées entre elles.

Dans les provinces à grande culture du pommier et dans les établissements horticoles modèles, on opère comme suit :

1® Profiter de la période hivernale, c'est-à-dire de fin novembre à fin février, pour débarrasser les troncs et les branches des écorces crevassées, des mousses et lichens, refuge des insectes en hiver. Pour ce, gratter modérément,

avec une raclette; brûler tous les débris, qu*on aura le plus grand soin de ne pas laisser tomber à terre, et comme le froid et la mise à nu ont peu d'effet sur les insectes parfaits, compléter ce premier travail par un badigeonnage au lait de chaux additionné de 5 à 10 pour cent de sulfate de fer. On préconise aussi le iy sol , en solution de 30 à 50 grammes par litre d*eau, soit 3 à 5 pour cent; pour tous les traitements d'été, le lysol ne doit pas dépasser la dose de 5 grammes par litre d'eau.

2^ Avant le réveil printanier, brûler les amas de feuilles ou d'herbes qui se déposent au pied des arbres.

3^ Durant la floraison et avant sa fin, récolter avec soin les boutons roussis ou desséchés et les brûler.

4"* Pendant la belle saison, dès l'apparition des nouveaux Ânthonomes, procéder à « l'anthonomage » ou récolte des adultes, pendant les mois de mai et de juin : étendre sous les arbres une toile en rapport avec leurs dimensions, les secouer fréquemment, à quelques jours d'intervalle et brûler tout ce qui tombe. Ces insectes ont la faculté de se rouler en boule au moindre danger et de contrefaire le mort; mais ils se dégourdissent subitement et sont très agiles au soleil : il est donc utile d'opérer de bon matin et d'agir rapidement. La pratique indique bien vite le meilleur mode de secouage et la disposition à donner à la toile réceptrice.

Cet ensemble d'opérations pratiquées pendant plusieurs années consécutives diminuera notablement la gent Anthonome et bien d'autres insectes tout aussi nuisibles aux arbres fruitiers.

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