‹ Contributions à l'histoire naturelle de la TunisieChapitre 359 sur 367 · Académie des Sciences (juillet · texte numérisé non relu

Académie des Sciences (juillet

Depuis Timportante découverte d'Henri Becquerel, en 1896, on connaît les propriétés radio-actives de V Uranium^ mais, bien que les minerais à base d'uranium soient assez nombreux, aucun n'est important. On sait également que VUranite et VAutunile sont très radifères, mais les gisements classiques de Saint- Yrieix, près Limoges, et de Saint- Symphorien-de-Marmagne sont épuisés depuis longtemps. Force fut donc de chercher ailleurs.

Le journal le Radium , fondé en janvier 1904, par un publiciste bien connu, M. Henri Farjas, vint heureusement modifier cet état de choses. Â son appel, ses lecteurs s'empressèrent d'envoyer des minerais de toutes sortes à la direction de ce journal, et bientôt il s'en trouva d'assez radifères et en quantité suffisante pour alimenter une véritable usine qui fonctionne admirablement, à Nogent-sur- Marne, sous l'habile direction de M. Ârmet de Lisle. Elle produit régulièrement maintenant des sels de radium, d'actinium, de polonium, etc.

C'est en lisant ce journal que M. H. Marlot pensa que le phosphate de plomb pourrait bien être radifère, puisque le phosphate d'urane l'était; il se rappela qu'un filon de pyromorphite lui avait été indiqué, en 1894, par MM. Emile Carion et Victor Berthier, sur la commune de Grury, au domaine des Dorains; il s'y rendit, obtint des propriétaires, MM. Oallice et Marie, un permis de recherches et fit immédiatement des sondages pour reconnaître le gisement.

Les premiers échantillons recueillis furent envoyés au laboratoire de M. Curie; ils donnèrent des résultats si satisfaisants que l'usine de Nogent prit à son compte la continuation des fouilles.

Ceci se passait au mois de mars dernier. Depuis, les recherches se poursuivent. Un autre filon a été rencontré récemment au lieu dit : la Salade ou Jallery, au pied du vieux manoir féodal de Paulin ; un troisième filonnet vient d'être reconnu près de la métairie de Baptiserat, toujours

sur la commune de Orury, et il est probable qu'on en découvrira d'autres, car la région est traversée par de nombreux Slons de quartz, de barytine et de fluorine. Un chef mineur et vingt-deux ouvriers, sous la direction de M. H. Marlot, sont occupés aujourd'hui à ces travaux de recherche, qui consistent en tranchées, puits, descenderies et galeries. Ces dernières occupent déjà aux Dorains une longueur de 90 mètres, à Paulin, 85 mètres, avec des coupes à travers bancs dans les deux endroits.

Ces filons, peu épais, qui ont une orientation Nord-Ouest avec pendage à l'Est, sont loin d'être réguliers. Souvent étranglés, ils sont parfois stériles. Le phosphate de plomb, PyromorphUe, est presque toujours accompagné d'arséniate de plomb, Mimetès$^ et plus rarement de carbonate de plomb, CérusUe. Il n'existe qu'à la surface, c'est le chapeau altéré d'un filon de galène légèrement argentifère (sulfure de plomb), qu'on rencontre à partir de deux mètres en profondeur. La roche encaissante est un granité.

Le gisement des Dorains est exactement à quatre kilomètres d'Issy-l'Évêque et de Orury, à droite du chemin de grande communication n* 26, de Luzy à Aigueperse, au lieu dit : Bouche-auœ-'Grains.

Une petite tranchée pratiquée en cet endroit le mit à jour, lors de l'établissement de ce chemin autorisé par arrêté préfectoral en date du 4 mai 1847. Le docteur Jules Carion qui avait exercé la médecine à Issy-l'Évêque, de 1825 à 1835, et qui était bien connu dans la région comme naturaliste, fut averti qu'une pierre jaune très lourde venait d'être découverte aux Dorains. Il s'empressa d'en recueillir de nombreux échantillons. C'est lui qui signala le premier, croyons-nous, ce filon de pyromorphite qui nous fut indiqué vers 1861 par son fils, Emile Carion, alors notaire à Toulon-sur- Arroux.

Les propriétés radio-actives des minerais des Dorains ou de Paulin sont excessivement variables. Très manifestes

dans les parties provenant de la surface, elles vont en diminuant à mesure que Ton descend et disparaissent complètement dans les spécimens recueillis à trois mètres de profondeur. D'autre part, la radio-activité est parfois sensible dans un fragment prélevé à côté d*un autre où elle est absolument nulle.

EnBn, tels quels, ces minerais sont intéressants puisqu'ils apportent un appoint à la fabrication des sels de radium, et nous félicitons sincèrement notre ingénieux collègue, de son heureuse idée.

Organisateur de l'excursion, M. Marlot nous avait procuré des voitures qui nous avaient conduits rapidement de la gare de Luzy aux Dorains, en sorte qu'après avoir visité ses travaux, sous sa direction, nous avons pu arriver à Qrury, à l'heure fixée pour le déjeuner, tout en nous arrêtant le temps voulu à Montperroux, Mons petrosuSy dont le château situé sur la hauteur a longtemps appartenu aux sires de Bourbon ^ Au commencement du onzième siècle, c'était un donjon très fort, entouré d'un rempart de quinze mètres de hauteur sur cinq mètres d'épaisseur. Ce rempart était luimême flanqué de sept grosses tours très élevées. Trois de ces tours furent démolies en 1500, et l'on construisit sur leur emplacement un vaste bâtiment pour loger les seigneurs.

Il reste peu de chose aujourd'hui de cet important château ; une façade de la cour n'est cependant pas sans intérêt; sur une pierre encastrée dans la muraille on lit la date de 1588; quelques morceaux de la Renaissance sont à remarquer, ainsi qu'un énorme chenât en fer forgé, très ancien, dont la partie verticale représente un chevalier prêt au combat.

1. Ces Boarboa se rattachent à la première maison de Bourbon par Ânséric, fils d'Aimon 1*', dont la lignée est connue jusqu'au quatorzième siècle. {La Mure, Histoire de$ comles de Forez^ édition Chantelauze.) C'est directement de cette branche que sont sortis les Bourbon-Montpeyroux qui existaient encore à la fin du quinzième siècle. Cette filiation se suit dans la collection Clérembault. (Les Sceaux de France, et aussi dans les Fisfe du comté de Forez^ p. 178 et suivantes.)

Le baron de Montperroux était avec les seigneurs de Sully, de la Motte-Saint-Jean et de Luzy, vassal assistant de révêohé d'Âutun. Ces quatre barons qui, au seizième siècle, n'exerçaient plus par eux-mêmes le droit de portage des évêques ^ avaient conservé le droit, aux jours de réception solennelle, de tenir ou faire tenir par leurs délégués les quatre coins du drap de velours du trône épiscopaP. Le 24 janvier 1574, Claude de Dyo est convoqué comme baron de Montperroux, pour assister au convoi fait à l'entrée de Monseigneur Tévêque d'Autun, Charles Ailleboust. 3

Orâce à l'amabilité de M. Lex, bibliothécaire-archiviste du département de Saône-et-Loire, nous pouvons indiquer les noms de quelques propriétaires de Montperroux :

1270. Philippe de Bourbon qui fait foi et hommage pour cette terre à Girard, évêque d'Autun.

1284. Hugues de Bourbon.

1295. Girard de Bourbon.

Au milieu du quinzième siècle, Philippe de Bourbon qui en fait don à Guyot de Dyo, par son mariage avec Catherine de Bourbon.

1487. Jean de Dyo, leur fils, puis Jacques de Dyo leur petit-fils.

26 mars 1643. Reprise de fief par FranQOis-Éléonor de Damas, palatin de Dyo.

1721. Marie-Élisabeth de Damas de Thianges, palatine de Dyo, marquise de Montperroux, veuve de Louis-Antoine- Érard de Damas d'Anlezy et héritière de Français-Éléonor dé Damas de Thianges, son frère.

1751. Madeleine-Angélique de Gassion, palatine de Dyo,

1. Voir : Droit de portage des évéqueSt Congrès scientifique d'Âutun, 1876, t. II, p. 2t7.

2. Hi$tQire de U Réforme et de U Ligue dans 2a ville d'Autun, par H. Abord, t. III, p. 39.

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