I. E. Boagaad, loc. ct(., p
Thil (1321), Beaujeu (1379), Savoie (1390), la Trémoille (1403), Montagu (1450), Rabutin (1467), Sévigné (1672), Orignan (1694), Simiane (1705); puis au-dessus des portes, les devises de M*"* de Chantai, partout répétées : Virius vulnere virescU^ et Sic virtus super astra vehU. La cha* pelle, peinte en bleu et décorée de croix et de fleurs de lys héraldiques, a été bénite par Mgr Rivet, sous les vocables de sainte Marguerite et de sainte Jeanne de Chantai. La cloche de l'ancienne chapelle a été conservée; elle est encore en vénération ; on la sonne à Fapproche des orages pour les éloigner. En haut du grand escalier, un tableau représente une Vierge présentant l'enfant Jésus à deux religieuses visitandines agenouillées, dans lesquelles on reconnaît les portraits de W^"" de Chantai et de M""' de Chaugy. La partie ancienne, la mieux conservée^ est précisément Taile occupée par les anciens appartements du baron de Chantai et de sa femme, dont on nous montre le lit à grand baldaquin et à colonnes torses. La partie centrale, entièrement moderne, renferme le salon, avec de belles cheminées en marbre, des meubles également modernes mais recouverts de tapisseries d*Âubusson et de velours de Beauvais, des tableaux de Gustave Doré, des lustres en verrerie de Venise, etc. La salle à manger est tendue en tapisseries de Beauvais. La bibliothèque, ornée d'un beau plafond à caissons, est considérable, comme il sied à un homme d'études tel que M. de Pranqueville ; elle est très méthodiquement divisée en sections : lettres, sciences, jurisprudence, histoire, littérature anglaise, œuvres religieuses, etc. Dans la salle de billard, un beau portrait de M. de Rabutin, baron de Chantai, à l'âge de trente-deux ans, et deux portraits remarquables de M"*' de Chantai, la représentant, l'un à l'âge de vingt ans, dans la splendeur de sa jeunesse, l'autre en religieuse, toujours avec la devise : Sic virtus super astra vehit. Les anciens fossés, remplis par une dérivation du Serein, sont aujourd'hui
comblés et remplacés par des terrasses, supportées par les restes des vieux murs de deux mètres d'épaisseur. ^
La route presque toute en plaine de Bourbilly à Époisses traverse un pays dont la richesse est bien en accord aVec le nom qu'il porte. Époisses vient en effet du mot celtique Espicia^ riche contrée. Les terres, déjà très fertiles, ont encore gagné à Vexploitation du phosphate de chaux qui en fut faite de 1876 à 1890. Ce minéral s'y trouve à l'état de nodules et il y était si abondant que le droit d'exploitation se payait jusqu'à 3,000 francs l'hectare ; profit d'autant plus net que le sol, fouillé jusqu'à trois mètres de profondeur, était remis en état et parfaitement nivelé. La propriété a doublé de valeur depuis.
M. Marlot qui nous donne ces renseignements prétend que ce gisement est loin d'avoir été épuisé, et qu'il contient encore beaucoup de phosphate de chaux.
Après un excellent déjeuner à l'hôtel Leblanc, où nous avons pu constater que le fameux fromage d'Époisses n'est pas moins bon à l'état frais que conservé, nous nous rendons au château d'Époisses, où M. le comte de Guitaut accompagné de son fils, nous accueille de la façon la plus gracieuse, et nous fait lui-même les honneurs de son manoir.
Les explications que M. le comte de Ouitaut veut bien nous donner de vive voix ont été déjà, en grande partie, développées par lui, dans un mémoire fort intéressant et très documenté qui a été publié sous le titre : les Seigneurs du château d'Époisses^, Les origines du château d'Époisses sont fort anciennes, et remontent à une maison royale visitée, au sixième et au septième siècle par la reine Brunehaut et par Thierry, roi de Bourgogne. L'église,
1. On trouvera des détails iùtéressants daas la Notice historique sur le château de Bourbillyt par M. Ch. de Franqueville, dans le Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de Semur-en-Auzois, 8* année, 1871, p. 223 et suivantes.
2. Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de Semur (Côted'Or), années 1902 et 1903, Semur-en-Âuxois, 1904, p. 268.
dédiée à saint Symphorien et fondée dans Tavant-cour, a été construite au douzième siècle. C'est un des plus anciens monuments du diocèse de Langres; une miniature du tableau d'Ingres représentant le martyre de saint Symphorien orne Fautel.
Le premier seigneur d'Époisses, dont les archives locales fassent mention, fut Raymond de Montbard, oncle maternel de saint Bernard, en 1113. C'est en 1591, au moment des guerres de la Ligue, que le château, appartenant à Louis d'Anssienville-Révillon fut entouré, par le capitaine des Georges, d'une double enceinte de fortifications, en partie démolies pendant la Révolution, mais dont il reste encore plusieurs tours et fossés. Dans la cour, au pied de la « tour de Bourdillon », on nous montre une pyramide de boulets datant de cette époque et rappelant les sièges soutenus par le château. C'est en 1661 que, par son mariage avec une demoiselle de la Orange d'Ârquien de Maligny, ' famille qui avait succédé aux d'Anssienville, Guillaume de Pechpeyrou-Comminges, comte de Guitaut, chambellan du prince de Condé, devint propriétaire de la terre d'Époisses, qui lui fut confirmée par le prince de Condé, en 1672, et resta depuis lors dans la famille. Le comte Guillaume de Guitaut fut, non seulement l'ami du prince de Condé, qui séjourna à plusieurs reprises à Époisses, mais de M"'* de Sévigné avec laquelle il entretint un commerce épistolaire des plus suivis; et M. le comte de Guitaut qui a su mettre en ordre les archives du château, et en tirer parti, nous montre, soigneusement reliée, toute une collection précieuse de lettres du prince de Condé, de Richelieu, Mazarin, M"*** de Sévigné, etc. Le duc d'Âumale a été l'hôte du château d'Époisses, dont il est venu consulter les archives pour écrire son Histoire de la maison de Condéj et bon nombre de lettres inédites de M"*' de Sévigné ont été publiées d'après les originaux que possède M. de Guitaut, et que nous feuilletons avec respect. La partie conservée de
Tbabitation est heureusement la plus intéressante au point de vue de Thistoire ; nous y voyons encore la chambre du prince de Gondé, avec le balcon en fer forgé qui fut placé de son temps et d'où Ton jouit d'une belle vue sur TAvallonnais. La chambre habitée à plusieurs reprises par Louis XIV est dans le même état qu'au départ du grand roi. Un autre appartement, habité par M°* de Sévigné, a été conservé aussi religieusement. Meubles, tentures, rien n'a été enlevé ni déplacé. Sur la neuvième solive de cette chambre, on lit l'inscription suivante, tracée, nous assure-t-on, de la propre main de la célèbre marquise :
Nos plaisirs ne sont capparence Et souvent se cachent nos pleurs 1629
Sous Téclat de ces belles fleurs 515
Qui ne sont que vaine espérance.
Une chambre italienne où Ton remarque un excellent portrait de religieuse, qu'à son analogie avec ceux de Bourbilly, on croit être celui de M™* de Chantai qui fréquenta beaucoup Époisses.
Dans l'appartement qu'occupa Henri IV, le portrait du capitaine de Guitaut, commandant les gardes de la reine Anne d'Autriche. *
Au rez-de-chaussée, salon, billard, bibliothèque installée dans un salon décoré par les La Grange d'Arquien, comtes de Maligny, en 1650, avec leurs initiales A. M. enlacées en haut de la voûte.
Toutes ces salles sont ornées de peintures du dix-septième et du dix-huitième siècle; elles renferment une véritable galerie de portraits historiques ou de famille; tous les princes de la maison de Bourbon, les hommes d'armes et les grands écrivains du quinzième et du seizième siècle.
1 . C'est ce portrait qui a inspiré à Horace Vernet son magnifique tableau de l'arrestation du grand Condé par ce même comte de Guitaut.
Nous ne pouvons que féliciter M. le comte de Quitaut de la pieuse et intelligente sollicitude avec laquelle il a su conserver, entretenir et sobrement restaurer tous ces trésors, archives et portraits, heureusement sauvés pendant la Révolution, car, si le château subit un commencement de démolition, il ne fut cependant pas pillé. « C'est une preuve bien certaine des sentiments d'afifection de la population d'Époisses pour les propriétaires du château, sentiments réciproques qui se sont continués d'âge en âge jusqu'à nos jours. y>^
Nous achevons la visite par un tour de promenade dans les jardins et sur les terrasses, encore plantées d'arbres superbes et séculaires, et nous prenons congé de M. le comte de Ouitaut, en le remerciant de l'excellente leçon d'histoire de la Bourgogne qu'il vient de nous donner avec autant de complaisance que de savoir.
En résumé la journée du 3 juillet fut plutôt consacrée à l'histoire et à l'archéologie qu'à l'histoire naturelle. C'est, du reste, ce qui explique la présence à cette excursion d'un plus grand nombre de dames qu'à l'ordinaire. Et l'on comprend sans peine que nos aimables compagnons féminins aient d'avance préféré aux poudingues de Sincey aussi bien qu'aux gryphées plus ou moins silicifiées de Courcelles, la solitude si calme de Bourbilly, et si pleine encore du souvenir des deux femmes célèbres qui l'ont habitée, car après M"* de Chantai, ce fut M"* de Sévigné. C'est en effet à Bourbilly que « V enfant gâtée de son siècle^ » pour nous servir des expressions de Lamartine, à qui nous empruntons les lignes suivantes, « fut allaitée et bercée au printemps de l'année 1626, époque où sa mère la rapporta dans ce nid de la famille ; c'est là que ses yeux s'ouvrirent à la lumière, qu'elle essaya ses premiers pas, qu'elle respira cet air élastique et toujours frissonnant de la haute