‹ Contributions à l'histoire religieuse de la révolution françaiseChapitre 23 sur 116 · Paris, Baudouin · texte numérisé non relu

Paris, Baudouin

2. Cf. Les curés roxujes et la société montagnarde d'Auch, par G. Brégail, 1901.

3. L'un de ces curés communistes, Petitjean, d'Ëpineuil en Berri, a été récemment étudié par M. E. Campagnac, Révolution française, XLV, p. 424 et suiv.

4. Le Journal prophétique de Pontard a paru de 1792 à 1793. BibL nat., Lc2 654.

phétesse Suzelte Labrousse, émule de Catherine Théot. L'affaire Catherine Théot n'a été qu'un épisode de ce mouvement plus profond et plus sincère qu'on ne croit. Pour beaucoup de prêtres et de fidèles à l'âme naïve et ardente, qui mêlaient confusément dans le même enthousiasme les prédications de la philosophie du xvni° siècle et les enseignements du christianisme, la Révolution fut quelque chose de miraculeux et de providentiel où se manifestaient en traits fulgurants les desseins de Dieu. L'attente de la Régénération fut pour eux une attente vraiment messianique.

Bien des points encore restent obscurs dans les rapports des constitutionnels avec le pouvoir, dans leurs tentatives de rapprochement avec Rome, dans leurs divisions intestines, etc. Aussi n'est-il pas douteux que, dans l'ensemble, leur histoire, plus tardivement entreprise, soit moins satisfaisante que l'histoire des réfraclaires. On peut cependant constater dès maintenant qu'au fur et à mesure que l'étude de. l'église constitutionnelle est devenue plus documentaire, plus scientifique, s'est revisé aussi son procès.

J'en dirai autant et plus justement peut-être de l'histoire des cultes révolutionnaires. Parce que le sujet est nouveau et même brûlant et qu'il me tient particulièrement à cœur\ on me permettra d'y insister un peu plus longuement.

C'est un fait que les écrivains libéraux, que ceux

1. Cf. mes thèses: Les origines des cultes révolutionnaires (JJSO- 179Î). Paris, Soc. nouv. de librairie et d'édition, 190i ; Fm Théophilanthropie et le culte décadaire {179G-lii01). Paris, F. Alcan,

qui se réclament de l'esprit de 1789 et qui aiment à se donner pour les héritiers et les continuateurs des révolutionnaires, ont longtemps négligé l'histoire religieuse de la Révolution française. Alors que les ouvrages catholiques abondent sur le clergé réfractaire et sur le clergé constitutionnel, les ouvrages libéraux sont presque absents et cela seul suffit à expliquer, entre parenthèses, pourquoi les thèses catholiques sont si communément acceptées. Jusqu'à ces dernières années, les libéraux se cantonnaient presque exclusivement dans l'histoire politique. Ils ne traitaient de l'histoire religieuse qu'en passant et comme à regret. Les raisons de leur abstention seraient peut-être intéressantes à rechercher dans le détail. Etait-ce manque de sympathie? défaut de compétence? Etait-ce que l'importance de laquestion religieuse leuravait échappé? — Je serais tenté de croire que la vraie raison est autre, c'est que l'histoire religieuse de la Révolution française les mettait dans un réel embarras. Les catholiques n'étaient pas seuls à répéter une série de jugements tout faits sur la Révolution, les libéraux avaient aussi leurs actes de foi et leurs formules. Ceux-là ne voyaient dans la Révolution quetyrannie persécutrice, désordre et anarchie, ceuxci ne voulaient y retrouver qu'affranchissement, harmonie créatrice et liberté. Les uns et les autres commettaient la môme erreur, étaient victimes de la même illusion, mais inversement. Ils ne voyaient les hommes de 89 qu'à travers le prisme de leurs propres pensées et de leurs propres désirs. Comment les écrivains libéraux, les Thiers, les Quinet, les Michelet, les Louis Blanc, après avoir terminé leurs

grandes histoires politiques de la Révolution par le panégyrique de son œuvre émancipatrice, tolérante, humaine, laïque, auraient-ils pu aborder son histoire religieuse, sans se sentir profondément troublés dans leur admiration? La Révolution proclame les droits de l'homme, elle garantit la liberté des cultes, et elle enlève aux réfractaires, parfois même aux constitutionnels, leurs églises, elle emprisonne, elle déporte, elle guillotine les dissidents! La Révolution supprime les religions d'Etat et elle institue des églises d'Etat, l'église constitutionnelle d'abord, les cultes révolutionnaires ensuite! — Contre l'idée courante, je soutiens en effet qu'il n'y a jamais eu de véritable séparation de l'Eglise et de l'Etat pendant la Révolution, puisque le décret du 18 floréal an 11, instituant la fériation officielle du décadi, n'a jamais été rapporté tant que la République a vécu. 11 n'y a eu en réalité qu'une séparation de l'Etat nouveau et des anciennes églises, mais l'Etat nouveau gardait le caractère religieux. — L'histoire religieuse (le la Révolution apparaissait donc aux libéraux pleine de contradictions. Ces contradictions, qui ruinaient leur système, ne pouvaient que les irriter et beaucoup n'abordent ce côté des faits qu'avec une visible amertume.

Aussi sont-ils restés pour la plupart en mauvaise posture pour répondre aux thèses catholiques*. Au lieu de reprendre les questions à leur tour et de

1. II n'est que juste d'excepter V Histoire de l'Église et de VÉtat au XIX' siècle de M. Debidour, où la Révolution est étudiée de front, sans gène aucune comme sans arriére-pensée politique.

Mathiez. 2

jeter dans le débat de nouveaux dossiers, ils se sont bornés d'ordinaire à invoquer de vagues circonstances atténuantes en faveur des révolutionnaires, dont ils se constituaient les avocats. Ils réprouvent la persécution contre les prêtres, mais ils tâchent de l'expliquer par l'impérieuse nécessité. Ils admettent que la Constitution civile fut une erreur, mais ils en rendent responsables les jansénistes. A l'égard des cultes révolutionnaires, leur défense est plus faible encore. Ils acceptent, à peu près sans discussion, le point de vue des catholiques. Ils reconnaissent sans trop de peine avec ceux-ci que ce furent des constructions factices, des entreprises purement politiques ou philosophiques, qu'il est impossible de prendre au sérieux, ils parlent avec dédain des mascarades d'Hébert et de Chaumette, du ponlificat de Robespierre et de La Révellière-Lépeaux.

Quinet oppose ironiquement les audaces de Luther aux timidités de Danton ou de Robespierre. Il dénie aux révolutionnaires le profond sentiment religieux qui animait, si on l'en croit, les réformés du xvi° siècle. Le culte de la Raison, pour lui, n'est qu'une religion d'acteur inventée par Hébert, marchand de contremarques*. Michelet, moins amer, mais moins logique, considère avec raison les Fédérations comme la manifestation éclatante d'une foi nouvelle, ce qui ne l'empêche pas de conclure que les cultes révolutionnaires furent dépourvus de toute vie religieuse \ ïhiers ne consacre que dix

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