Révolution française du 14 octobre 1903, p
qu'une addition. Je ne crois pas qu'à la fin do la Législative, les patriotes aient renoncé définitivement à leur rêve d'unité religieuse et qu'ils raient cru dès lors irréalisable. Il me semble au contraire ressortir des textes et des faits que ce rêve d'unité religieuse a été seulement transposé dans leur esprit. S'ils ont compris, à cette date, que l'unité religieuse était impossible, irréalisable, par le catholicisme, même constitutionnel, s'ils ont renoncé à imposer à tous les Français leur première ébauche de religion nationale, leur mentalité n'est pas pour autant devenue laïque. Ils admettent, les lyis à regret, les autres avec joie, la nécessité de séparer l'Etat du catholicisme, mais ils ne se résignent pas à séparer l'Etat de toute religion, à lui enlever le caractère religieux. Au moment même où est votée la laïcisation de l'état civil, le culte de la patrie, éclos spontanément aux Fédérations, s'organise et prend corps. Ce n'est pas un pur hasard que le rapporteur de cette même loi du 20 septembre 1 792, qui enlevait l'état civil aux prêtres, Gohier, ait proposé à la Législative d'entourer la constatation civile des naissances, mariages et décès d'un cérémonial palriotique imposant et solennel de nature à remplacer le cérémonial catholique. Cette proposition n'était pas isolée, et d'ailleurs la Législative la faisait sienne en décrétant sa principale disposition, celle qui ordonnait l'érection dans toutes les communes d'un autel de la patrie, sur lequel serait gravée la Déclaration des droits avec l'inscription : Le citoyen naît, vit et meurt pour la Patrie, François (de Nantes), de Moy et bien d'autres avaient déjà projeté de remplacer la religion
ancienne, considérée comme caduque, par la religion nouvelle de la patrie.
Que Momoro se soit montré, en avril 1791, un chaud partisan de l'église constitutionnelle, qu'il ait refusé alors aux prêtres réfractaires l'usage des églises au nom de Vunité religieuse \ et que plus tard le même Momoro soit devenu un ardent déchristianisateur et un fougueux ouvrier du culte de la Raison, il n'y a là rien qui doive étonner. Momoro fut fidèle au fond avec lui-même et il ne changea pas de mentalité. Avec le catholicisme ou contre lui, il continuait à poursuivre l'unité religieuse.
L'histoire religieuse de la Révolution française n'est pas toute dans l'histoire des deux clergés ennemis, constitutionnel et réfractaire, et dans l'histoire des cultes révolutionnaires. La francmaçonnerie qui, à bien des égards, est une église, les cultes protestants et le judaïsme, à qui la Révolution accorda le droit de cité, ne peuvent être négligés sans dommage.
L'histoire de la maçonnerie est pourtant encore à faire. Elle n'a guère été abordée jusqu'ici que dans l'espritle plus passionné etle moins scientifique, d'un côté comme de l'autre ^ Des études de détaiP, pro-