‹ Contributions à l'histoire religieuse de la révolution françaiseChapitre 31 sur 116 · Bibl. nat., Le · texte numérisé non relu

Bibl. nat., Le

2. Bibl. nat., Le^'î 49. W la présenta aux Jacobins, le 30 septembre 1791.

3. Voir dans le journal le Creuset le compte rendu des séances de l'Assemblée nationale des 12, 14, 15 juillet 1791.

(n** 59, 24 juillet 1791) et le choix seul de ce journal, qui faisait une ardente campagne en faveur de la République, est déjà significatif. Nous croyons utile d'en donner quelques extraits :

Par cette fuite [à Varennes], Louis XVI a manqué à Dieu, aux hommes, à lui-même, il a violé ses serments, il a abandonné, méprisé la nation, lia avili sa personne^ dégradé son trône. Par cette fuite, préparée avec art dans une dissimulation profonde, il a compromis la réputation, la vie du commandant de la garde nationale et la garde elle même. Enfin, il a foulé aux pieds la Constitution, son ouvrage autant que le nôtre ; il n'en veut donc point ! Eh ! en pouvons-nous douter après son manifeste?... Louis XVI s'y plaint de violence et proteste contre tout ce qu'il a accepté et sanctionné ! Voudrait-on le contraindre en tout? On prendra son silence dans son nouvel état pour un acquiescement à tout ce qu'on exigera de lui! Rien ne sera plus contraire à la justice de l'Assemblée et à sa dignité, à l'esprit de tous ses décrets, qui condamnent jusqu'à l'apparence même de ce qui gêne la volonté, de ce qui la rend seulement équivoque et douteuse dans son expression. Par cette considération. Messieurs, et sans entrer ici dans la définition de l'inviolabilité déjà prononcée par nos décrets, ni dans l'examen du délit commis par Louis XVI, je me borne à observer à l'Assemblée que, s'agissant du plus grand intérêt de la nation, d'une cause qui la touche directement et essentiellement en corps et en particulier, sa volonté doit être, selon toutes les règles de la justice et de la prudence, non seulement consultée, mais suivie. Messieurs, je demande à cet effet que l'Assemblée, en décrétant le principe sur la nécessité de connaître la volonté générale de la nation, avant de prononcer sur cette grande affaire, elle renvoie à ses comités pour lui en présenter le mode dans une de ses prochaines séances *.

1. Le journal fait suivre l'opinion de Durand de Mailiane de 4:ette note : « Nous ignorons dans quelles vues cette opinion nous a. été envoyée. Nous la publions, et nous abandonnons au lecteur le soin de décider quels motifs peuvent avoir décidé les pères

Ce violent réquisitoire contre le roi accusé dé duplicité permanente, duplicité qui rend suspects tous ses actes à venir, cet appel à la nation à qui doit être remis le soin déjuger le délit commis par Louis XVI et probablement aussi de prononcer sur la nouvelle Constitution à donner à la France, puisque Tancienne est irrémédiablement viciée, ce langage républicain ne laisse pas d'étonner sous la signature de Durand de Maillane, quand on se représente son attitude à la Convention et sous le Directoire.

Soit que les revendications démocratiques du parti populaire aient effrayé ses instincts d'homme d'ordre et de bourgeois propriétaire, soit aussi que sa foi religieuse, très sincère et très profonde, se fût alarmée des progrès de la pensée libre, quand il revint à Paris, après l'intermède de la Législative, siéger à la Convention comme député des Bouchesdu-Rhône, il parut assagi et transformé. Membre du Comité d'instruction publique, il y défendit avec acharnement la cause de l'ignorance et de la sainte routine, au grand étonnement des patriotes qui se souvenaient l'avoir vu quelques mois auparavant réclamer, dans une pétition des Jacobins du Midi, l'instruction commune à tous les citoyens et gratuite pour le plus grand nombre*. Le 12 décembre 1792, il combattait à la tribune le plan de Condorcet sur les écoles primaires, en reprenant à

conscrits à éviter de l'entendre et quels sont ceux qui l'ont pu dicter. »

1. Cette pétition, reçue à Paris, le 3 mai 1792, a été reproduite par M. J. Guillaume, Procès-Verbaux du Comité d'instruction piublique de la Législative, 431.

son compte le paradoxe de Rousseau: « Peut-être ne sommes-nous corrompus que parce que nous sommes trop savants », et il s'élevait vivement contre l'exclusion du prêtre de Fécole^

Avec la droite de TAssemblée, il essaya de sauver Louis XVI, dont il réclamait, deux ans auparavant, la mise en jugement. Il vota pour Tappel au peuple et pour la réclusion jusqu'à la paix.

Mais le courage n'était pas sa principale qualité. Il garda le silence aux journées du 31 mai et du 2 juin et évita soigneusement de faire cause commune avec la Gironde. Il se terra dès lors au Comité de législation, où il prépara son Plan de code civil uniforme pour toute la République, dont lecture fut donnée au Comité, le 8 juillet 1793. Ce plan, qui fortifiait les prérogatives de l'Etat et renfermait quelques propositions assez hardies en matière de successions, ne fut pas adopté. On lui préféra le projet de Cambacérès.

Sous la Terreur, Durand de Maillane fit le mort. Il ne rouvrit la bouche qu'un mois après la chute de Robespierre, timidement d'abord, puis avec une hardiesse croissante à mesure que grandissait la réaction thermidorienne. Le 4 fructidor an II (21 août 1794), il défend la liberté des opinions, c'est-à-dire la liberté pour les gens de la plaine d'attaquer les Jacobins, leurs maîtres d'hier. Le 8 fructidor (25 août), au nom de la liberté de pétition, il veut que la Convention accueille à la barre les députations qui dénoncent les actes des repré-

i. Ce discours a été réimprimé par M. J. Guillaume, Procèsverbaux du Comité d'instruction publique de la Convention, l, 123.

sentants en mission. Le 24, il réclame la suppression des sociétés populaires et fulmine contre les Jacobins, dont il faisait naguère Téloge. Lors de la grande discussion sur les fêtes décadaires (nivôse an 111), il imprime une opinion remplie d'attaques violentes contre les philosophes et d'éloges dithyrambiques du calholicisme. Il se rapproche de plus en plus des contre-révolutionnaires.

Le 13 pluviôse (^l^*" février 1795), il fait amnistier les rebelles marseillais qui avaient incarcéré les représentants Bo et xVntiboul au début de l'insurrection fédéraliste de 1793. Cette attitude lui vaut d'être nommé, le 17 floréal, membre de la grande commission des Onze, chargée de préparer la Constitution de l'an IIL Sans doute, si on en croit La Revellière-Lépeaux, son collègue à la Commission, Durand de Maillane n'aurait pas encore été complètement guéri de ses peurs de 1793 et de 1794:

« Durand de Maillane, effrayé des suites que pourrait avoir notre détermination de laisser dans l'oubli la Constitution de 93, qu'il appelait la Constitution du faubourg Saint-Antoine, n'apportait dans la discussion que l'expression de ses angoisses et des supplications pour nous détourner d'une si téméraire entreprise. Il fut tellement épouvanté de l'insurrection du l^** prairial qu'il ne parut plus à la commission*. » A prendre ce témoignage à la lettre, ce serait donc l'excès de la peur qui lui donna la force, le 24 prairial, de réclamer l'examen de la conduite des représentants en mission, d'appuyer, le 2 prairial, en pleine insurrection, le dé-

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