Allusion directe aux événements de Savone
Des miracles à sa naissance, Et des miracles à sa mort !
II garde trente ans le silence, Mais après, quelle bouche d'or !
Troisième preuve: la morale.
Rien de si pur, rien de plus saint !
Qu'on préconise et qu'on étale ' Celle du Grec ou du Romain !
L'on verra dans l'ancienne Grèce, Dans Aristote ou dans Platon, Quelque figure de sagesse, Dernier effort de la raison.
Si l'on passe à l'ancienne Rome, Aux Offices de Cicéron, Ses beaux avis laissent dans l'homme Tout l'empire de la passion.
Qu'on remarque aussi l'égoïsme.
L'avarice ou la vanité, La morgue d'un philosophisme Qui méprise la pauvreté.
Ce n'est que dans notre Evangile Que l'homme s'instruit et guérit, En écoutant son maître habile Et pratiquant tout ce qu'il dit.
Pascal a dit comme un saint-père :
Rejetiez l'histoire d'Adam Et l'homme alors, dans sa misère.
Est plus obscur que le néant !
40 Enfin cette morale sainte.
Qui de tous nos sens est l'effroi, Se répand au loin sans contrainte, Avec transport on la reçoit !
Eh! par qui fut-elle annoncée?
Par des hommes de bonnes mœurs, Mais qui de rien n'avaient l'idée Avant que Dieu les fit docteurs !
L'enfer se soulève contre elle ; Le sang coule mais, vain effort, L'on ne voit partout que fidèle Qui pour Jésus brave la mort !
Rome, le siège de l'Empire, Devient le siège de la Croix, Qu'ornent les palmes du martyre Et l'adoration des rois !
La pièce se termine par une exhortation aux philosophes orgueilleux à reconnaître enfin Tévidence de ces preuves et par un appel à l'union de tous les hons Français :
Dieu l'a dit, ô parole ferme, La terre et l'onde passeront.
Mais cette parole sans terme Ne passera, nous le croyons.
Crois-le donc, toi, folle sagesse Des philantropes * orgueilleux !
Aux vérités de cette adresse Rends tes hommages et tes vœux!
Tu pouvais en toute justice Dans les grands Etats-généraux Te gendarmer contre le vice Et guérir l'Etat de ses maux.
Tu pouvais, sans être rebelle Au prince qui nous gouvernait.
Donner une (orme nouvelle Au régime qui nous vexait.
Mais tu n'as pu priver sans crime Les Français de leur religion,
i. Lisez des tiiéopliilantliropes.
Jeter leur prêtres dans l'abîme Et paganiser la nation.
Tu te plaignais d'intolérance Dans la catholique union.
Mais fut-il plus d'intolérance Que sous ta domination ?
Elle s'est montrée cruelle
Au prêtre même marié.
C'était pourtant, je m'en rappelle (s2c),
Au temps de toute liberté !
Mais qu'a fait le catholicisme
Que tu voulais anéantir?
L'a-t-on vu, même dans son schisme,
Faire autre chose que souffrir?
11 avait besoin de réforme,
L'on est forcé de l'avouer,
Mais la tienne est par trop énorme,
Détruirç n'est pas réformer.
Mais, pour l'honneur de la patrie, Jetons un voile officieux Sur ce que la philosophie A fait d'injuste et d'affreux !
Notre empereur, comme Camille, Est venu fort heureusement Mettre la paix dans la famille Conservons la soigneusement.
Sachons, dans la philosophie, Qui sera toujours bonne en soi, User prudemment de la vie Sous l'heureux joug de la loi,
Sans oublier, si Ton est sage, De l'âme l'immortaHté, Et qu'elle va de ce passage A la terrible éternité.
Malgré la grande envie qu'il avait de publier cette défense de la religion, Tauteur fut obligé par les circonstances de la garder manuscrite :
J'avais l'idée de faire imprimer la partie de ma prose rimée que j'ai assortie de notes ou preuves très étendues, pour le bien qu'elle pourrait faire dans sa simplicité avec ses quatre preuves fondamentales dont il est toujours bon d'importuner les bons esprits ; mais ne voilà-t-il pas une nouvelle inquisition qui s'y oppose avec ce règlement du 5 février * qui va faire tout passer sous les griffes des aigles impériales ? (45 mai 4840).
Plus encore que la censure, il craignait le censeur, Portails fils, qu'il accuse avec amertume d'ingratitude.
Et avec Portalis fils pour grand maître de la fabrique, dont je connais les principes et surtout l'honnêteté, après avoir fait sortir son père de prison, après avoir placé, lui et son oncle, dans mon bureau de la section des émigrés ^, après l'avoir rayé lui et son père, sa mère, Siméon, frère à sa mère, après avoir fait députer Portalis père au Conseil des Anciens, après tout cela, le croirez-vous ? J'ai écrit deux lettres à Portalis fils pour le féliciter sur son mariage, l'autre au sujet de ma pension de retraite comirie juge. Point de réponse ni sur l'une, ni sur l'autre. J'écrivis pour le dernier sujet à sa mère, à qui ma femme, dans sa misère, avait fait plus d'une fois politesse ; pas plus de réponse. Heureusement, Dieu m'a fait la grâce de me ménager un repos où je puis méditer à mon aise et à mon avantage sur le fonds que
1. Le décret du 3 février 1810 instituait un directeur général de rinaprimerie et de la librairie (Portalis lils), réduisait le nombre des imprimeurs, qui devaient être dorénavant « brevetés et assermentés », etc.
2. Au Comité de législation, Durand de Maillane était placé à la tête de la section des émigrés. (Cf. Mémoires, p. 263.)
l'on doit faire dans la reconnaissance des hommes (15 mai
En même temps qu'il envoyait à Grégoire sa prose rimée, Durand de Maillane lui annonçait (5 janvier 1810) qu'il mettait la dernière main à une
Digression historique divisée en deux parties où il est traité, dans la première, de l'état civil et politique des Français sous les trois races des ci-devant rois ; dans la seconde partie, des causes plus ou moins prochaines de la Révolution, et des événements qui l'ont immédiatement précédée. Le tout en souvenir et pour la défense du Tiers état dans l'Assemblée constituante, par un député des communes, membre de ladite Assemblée.
Le 23 juillet 1810, son travail terminé, il fait parvenir à Grégoire les premières feuilles du manuscrit comprenant Tavànt-propos.
Je vous adresse le titre et l'avertissement de mon plaidoyer dans un procès qui nous est commun, ce qui me fait croire que vous verrez mon travail avec quelque plaisir, et que vous voudrez bien m 'apprendre par quelle voie je pourrai vous le faire parvenir. Sa lecture sera, je l'espère, commune à M. le sénateur Lanjuinais, pour qui je suis rempli d'estime.
11 m'aurait fallu les talents ou de l'un ou de l'autre, pour rendre ma défense digne d'une aussi belle cause, mais rien n'empêche, quand vous l'aurez, qu'il ne soit par vous embelli et renforcé, d'autant que je n'ai employé que des recherches assez communes, avec des faits historiques très publics, ce qui n'est pas le moins efficace dans un pareil
UN GAIXIGAN CONVERTI A LTLTRAMOXTAMSME 81
ouvrage pouréTÎter la contradiction ou la dispute. Je regarde aussi cette dernière partie comme si concluante, que loin d'avoir du regret à Tusage qu'il s'en est fait pour le bien du ci-devant Tiers état, il faudrait v recourir, s'il était à faire. Mais en voilà assez pour ne pas trop prévenir votre jugement et l'amicale censure que j*ai tends de vos bontés pour moi.
C'est Tapparition de Técrit contre-révolutionnaire de Dainpmartin * qui Ta affermi dans son dessein de publier une défense du Tiers état :
La notice qu*un journal m'a donnée de l'ouvrage nouveau de M. de Dampmartin, où cet auteur attribue la chute de la troisième race aux trop grands avantages que le ci-devant Tiers état a reçus d'elle, en excitant ma bile, m'a fait reprendre le dessein, que j'avais comme abandonné, de publier, si la chose est possible, le contraire d'une assertion aussi fausse et aussi injuste; je dis injuste, parce que probablement le nouvel ouvrage a été fait dans les anciens préjugés favorables au plus inique de tous les systèmes politiques dans un pays libre ou civilisé, celui du régime féodal, dont la noblesse et ses privilèges excessifs n'ont été que la suite intolérable à l'époque des Etats généraux (:23 juillet 4840).
S'il craint que des obstacles ne retardent la publication de sa Prose rimée, il espère du moins que sa Défense du Tiers état pourra paraître promptement, de son vivant même, sinon à Paris, du moins à l'étranger.
Que si aver limberbe Arislarque (j'ai presque dit aristo-
1. La France sous les rois. Essai historique sur les causes qui on* préparé et consommé la chute des trois premières dynasties, par Anne-Marie de Dampmartin. Paris, 1810, 5 vol. in-8.
Mathiez. 6
crate) que l'on a mis à la tête des censeurs impériaux, on ne pouvait imprimer mon manuscrit à Paris, vous feriez une bonne œuvre, si vous trouviez le moyen de le faire imprimer à Lausanne ou ailleui^. Mais avant tout il faut avoir votre approbation de l'ouvrage, au moins dans son plan, pour prétendre à vos secours dans son édition.
Pour quelles raisons le manuscrit de Durand de Maillane ne vit-il jamais le jour? Les lettres que nous avons entre les mains ne le disent pas avec précision. Dans la dernière (20 septembre 1810), après avoir longuement gémi sur la « nouvelle inquisition des livres », qui vient d'interdire V Histoire des sectes de Grégoire, Durand de Mail- Jane semble se résigner à ne pas faire paraître son ouvrage :
Je ne vous parle plus de mon majiuscrit sur VÉtat des Français sous les trois races, avec autant d'embarras pour l'impression, quoiqu'il ne soit entré dans ma composition que de l'histoire sans personnalité.
Il n'a pas renoncé pourtant à tout espoir ; car, à la fin de la même lettre, il demande conseil à Grégoire et à Lanjuinais en ces termes :
Les avis de l'amitié sont les plus sûrs. Je serais aussi bien curieux du vôtre conune de M. de Lanjuinais (que je salue) sur ma Défense du Tiers état. Vous pourriez l'un et l'autre dans cette cause commune, m'aider à la rendre meilleure ou moins mauvaise par vos conseils, par vos notes même, si vous l'en jugez digne, et je la crois telle, à en juger par vos principes, qui sont les miens en cette matière. Sans vous distinguer de nous dans le second ordre du clergé, où vous aviez autant et plus à vous plaindre de vos exclusions ab- . solues des honneurs et des profits des prélatures, même à titre de récompense, je pense aussi que mon travail serait
vtile, peut-être même nécessaire, dans le temps où l'on se flatte de voir sous telle impératrice * rétablir les préjugés de l'ancien régime. Si vous me témoignez donc quelque désir 4e voir le manuscrit, je vous le ferai passer par la diligence ; je crois même qu'il sortirait franc des mains des nouveaux •censeurs.
Grégoire et Lanjuinaisse rëndirent-ils à ce vœu ? Demandèrent-ils à voir Touvrage dont ils avaient •déjà Tavant-propros ? Le manuscrit n'a pas été retrouvé dans les papiers de Grégoire.
En revanche paraissait, en 1825, dans la collection Baudoin, une Histoire de la Convention jiationale^ par Durand de Maillane, suivie d'un fragment historique, par le comte Lanjuinais, et précédée d'une notice biographique sur l'auteur, qu'on a tout lieu de croire de la main du même Lanjuinais. Cette Histoire de la Convention, dont les lettres de Durand de Maillane ne parlent pas, «st-elle authentique^? Le doute vient naturelment à l'esprit, quand on lit cette note de l'introduction (p. xi) :
Quant aux Mémoires qu'on va lire, ils ont été revus et mis en ordre par un jeune écrivain d'un mérite très distingué et qui est né, comme leur auteur, sous le ciel de la Provence. On doit à M. Crivelli,qui fut l'ami et l'exécuteur testamentaire de Durand de Maillane, les renseignements sur lesquels cette notice est écrite.