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L AFFAIRE CATHERINE THÉOT ET LE MYSTICISME CHRÉTIEN RÉVOLUTIONNAIRE

Les années qui précédèrent la Révolution furent marquées par une crise de mysticisme qui, sous des formes un peu différentes, gagna toutes les classes de la société. Tandis que les gens du monde

1. Cet article a d'abord paru dans la Revue de Paris du 15 avril

Sources. Archives nationales, F^ 4775^1 (dossier de l'afifaire Catherine Théot), T 604-60o (papiers de Chaumette). Revue rétrospective, n» du ÎW novembre 1835 (Mémoires de dom Gerle pour sa défense dans l'affaire Catherine Théot) ; — Journal prophétique du Pontard (1792-1793, Bibl. nat. Lc2 654); — Re7iseignements donnés au public sur des faits relatifs à Mademoiselle Suzette Labrousse, par Dom Gerle, 1790. Bibl. nat. Lb^» 8904; — Précis de la vie de Suzette Labrousse, par Pontard, 1791, Bibl. nat. Lb39 9832; — Vie privée de Catherine Théot, 1794 ; — Sénart, Mémoires, Bibl. nat. Lb** 36a ; — Vilate, Les mystères de la Mère de Dieu dévoilés, réimp. en 1825 chez Baudouin ; — Papiers inédits trouvés chez Robespierre, Saint-Just, Payan, supprimés ou omis par Courtois. Paris, Baudouin, 1828, 3 vol. Bibl. nat. Lb** 38 (ces papiers forment un dossier aux Archives nationales sous la cote F^ 4436).

M. Vuillaume, dans son article de la Revue hebdomadaire (3 septembre 1898), s'est servi uniquement des sources imprimées, qu'il suit pas à pas, et sans critique, il n'a pas songé à confronter les Mémoires de Sénart avec le procès-verbal d'arrestation du même Sénart. Il croit naïvement avec Vilate que Robespierre était un adepte de Catherine Théot. U ne met pas en doute que Barère ait écrit le rapport de Vadier, etc.

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— une duchesse de Bourbon, par exemple — demandaient les secrets de Tavenir et Texplication de Tunivers aux rêveries de Swedenborg et de Saint-Martin ou aux pratiques magiques de Cagliostro et de Mesmer, les humbles, artisans, laboureurs, domestiques, se réunissaient autour de prophétessesde rencontre, d'une Suzette Labrousse ou d'une Catherine Théot, qui, les livres saints en mains, leur annonçaient de prochains cataclysmes d'où sortirait une humanité nouvelle, régénérée par la justice et par l'amour. Comme aux temps de la Réforme, le catholicisme ne suffisait plus à remplir l'âme populaire. Jusque dans les cerveaux les plus obscurs, la propagande philosophique avait eu un vague écho. Sans doule la foi restait profonde et même le besoin du divin n'avait jamais été plus ardent, mais les accusations dressées par h^s encyclopédistes contre les abus du despotisme et contre les vices du clergé, les appels émouvants de Rousseau à la sainte Nature, la promesse tant de fois répétée du règne de l'égalité, tout cet idéal confusément entrevu avait troublé bien des consciences catholiques.

Les sincères, ceux qui réfléchissaient un peu, essayèrent d'accorder les doctrines nouvelles, qui s'imposaient malgré tout h leur raison, avec Tantique foi sur laquelle leurs pères, depuis des siècles, avaient vécu. Beaucoup pensaient y avoir réussi en oppasant au catholicisme corrompu de leur temps le christianisme primitif, tout frais sorti de la parole divine. Ceux-là lisaient les Evangiles et les Prophètes avec l'espoir d'y trouver des raisons de croire à Voltaire et à Rousseau. Et leur attente

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(Hait rarement trompée. C'est ainsi que se produisit, dans le bas clergé surtout, sous l'influence de l'Encyclopédie commentée par les Livres saints un mouvement de mysticisme et d'hérésie dont le schisme de la constitution civile devait être l'épilogue.

Des prêtres comme Fauchet, comme Lamourette, comme Pontard, comme le chartreux dom Gerie, et bien d'autres, sont des mystiques qui se proclament à la fois philosophes et chrétiens, et vont chercher dans l'Ecriture l'explication du présent et la révélation de Tavenir. Dans son livre, écrit en mai 1789, sur la Religion nationalf*, Fauchet remercie la Philosophie en termes enthousiastes des immenses services qu'elle a rendus à la Religion, à la vraie Religion, celle qui n'existe pas encore, mais qui va renaître, celle qui ne sera plus exploitée et corrompue par l'aristocratie sacerdotale unie au despotisme. Depuis Constantin, dit-il, le clergé a tué la Religion, « mais les hommes pensaient. La Philosophie, indignée d'un orgueil si plein d'impudence, puisqu'il était en contradiction ouverte avec les principes de la Religion qu'on prêchait et de la Nature qui criait de toute part contre ce délire odieux, soulDa le feu de la révolte. Elle attaqua toutes les institutions qui faisaient le malheur de l'humanité, ou qui le laissaient faire... Nous sommes au terme des excès. La régénération approche. Non, l'on ne soufl'rira plus que l'intrigue et l'insolence placent l'abomination de la désolation dans le lieu saint. Et les Philosophes, oui, docteur, les Philosophes, en rappelant les hommes à grands cris aux principes, remet-

Iront en honneur, sans se Tôtre proposé, la vraie Religion, el alors eux mêmes fléchiront volontiers le genou devant elle. L'univers ne Ta pas vue encore dans sa beauté divine ; elle a marché à travers les siècles obscurcie des voiles de l'ignorance, de la barbarie, de la lâcheté, de la corruption des prêtres qui la prêchaient et la déshonoraient, des peuples qui la professaient et Foutrageaient, des scolastiques qui la défendaient par des absurdités et la surchargeaient de leur science imbécile* ».

Et, après avoir adressé à la Nature des invocations lyriques que n'aurait pas désavouées Rousseau, le même abbé philosophe, reprenant un mot de Tévèque doLescar, annonçait comme prochains (( les grands- maux prédits par les Prophètes et qui doivent précéder la conversion totale des nations et le règne de Jésus-Christ sur la terre. C'est le moment marqué pour la grande Grâce et la grande Miséricorde... Du sein des ombres imiverselles, une vive lumière s'élève et montre tous les hommes les uns aux autres comme des égaux et des frères"... »

Avec Fauchct pensaient de même, à la veille de la Révolution, beaucoup d'autres prêtres qui feront partie du clergé constitutionnel. Ils ont lu Isaïe et Ezéchiel, et ils attendent que la colère céleste s'abatte sur la nouvelle Babylone. Du cataclysme qu'ils croient proche, ils espèrent que sortira Tépurement de la Religion et le bonheur des hommes. Dans leur àme inquiète et troublée, les semences

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