‹ Contributions à l'histoire religieuse de la révolution françaiseChapitre 41 sur 116 · UL, p · texte numérisé non relu

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d(^ Tavenir et les vestiges du passé se mêlent dans une étrange confusiort. L'un d'eux, dom (ierle, écrira plus tard que « sa conscience était agitée depuis trente ans par deux religions qui se combattaient ». Longtemps, dit-il, « il se demanda si la catholique méritait la préférence sur l'autre [la philosophique], douce, consolante et paisible, qui l'invitait du fond du cœur à l'entendre enfin à son tour* ».

Qu'on se représente maintenant ce même conflit moral dans les âmes faibles et exaltées, dans les âmes des simples, élevées dans la dévotion, mais ouvertes malgré tout aux bruits du siècle, dans les âmes des femmes surtout, et on comprendra sans peine les manifestations d'illuminisme et de folie religieuse qui se produisirent un peu dans toute la France, à la fin du règne de Louis XVL Le cas de Suzette Labrousse, de Catherine Théot, de la demoiselle Brohne qui, les unes et les autres, vers 1780, prédirent la chute du clergé et se crurent investies par Dieu même de la mission de restaurer l'Evangile, leur cas relève sans doute de la clinique des maladies mentales. L'historien pourtant ne doit pas s'en désintéresser, parce que ces illuminées eurent leur heure de réputation, que le récit de ces faits et gestes projette des lueurs assez vives sur l'état d'esprit des masses et qu'enfin la politique s'est trouvée mêlée à ces pieuses extravagances.

1. Mémoire de dom Gerle pour sa défense dans raffairc Callierine Théot. Revue rêlrofipective, n*» du 30 novembre i83o.

De toutes ces prophétesses, Suzette Labrousse^ fut la première connue du grand public et la plus vite célèbre. Son enfance s'était passée dans les extases. Tout son désir était de voir Dieu : « C'était, disait-elle, une véritable obsession, une sorte de maladie délicieuse où la crainte et le repos se mêlaient à je ne sais quelle vague lassitude de toutes les facultés. » Pendant de longues heures, elle restait étendue sur le dos dans les prés du Périgord natal, cherchant Dieu de Tautre côté du bleu. « Ses yeux ne se portaient jamais sur le crucifix qu'en versant un torrent de larmes, souvent même son cœur, à son aspect, exprimait ses transports par des cris qui surprenaient toute la famille ^ » Dès son jeune âge, elle s'exerça aux mortifications, porta uncilice, coucha sur un lit semé de cailloux, mit du fiel dans ses aliments. Pour éviter les tentations, que la fraîcheur de son teint et la souplesse de sa taille ne lui épargnaient guère, une nuit, elle appliqua sur son visage de la chaux vive, mais sans succès, sans parvenir à éteindre l'éclat de sa beauté, qui sortit de l'étrange épreuve plus rayonnante. Entrée à vingt-deux ans au couvent des Ursulines de Périgueux, une grave maladie l'obligea d'en sortir. Elle revint alors habiter Vauxains en Périgord, son lieu d'origine, oii sa réputation de sainteté était déjà bien établie. Des particuliers faisaient des testaments en sa faveur. L'un d'eux lui ayant fait cadeau d'une maison at-

1. L'abbé Christian Moreau a écrit sur Suzette Labrousse un livre sans critique qu'on ne doit consulter qu'avec une extrême précaution. Paris, Didot, 1886.

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