Précis de Pontard, p
tenant à Téglise, elle la transforma en ermitage. C'est là qu'en 1779, elle reçut la visite du chartreux dom Gerle, à qui elle raconta ses visions. Elle entendait des voix qui lui commandaient de remédier aux maux de TEglise et d'abaisser les grands du monde. Dom Gerle*, cœur sensible et vague, philosophe et mystique, l'écoutaavec bienveillance et engagea avec elle une correspondance suivie. Alors Suzette se mit à prophétiser plus clairement. Elle prévoyait de grands changements. « Le chef de l'Eglise, écrivait-elle, n'aura plus aucune juridiction temporelle. » Le clergé perdra ses biens, cause de tous ses vices. La paix sera établie entre les hommes et entre les nations.
La Révolution survint, qui donna à ces prédictions une apparente confirmation. De toutes les parties du royaume et même des pays étrangers, on vint consulter la prophétesse de Vauxains. Les malades accoururent pour recouvrer la santé. Suzette connut la popularité. Le succès fut tel que dom Gerlo, devenu, comme elle l'avait prédit, député à la Constituante, n'hésita pas à entretenir l'Assemblée des grâces surnaturelles accordées à sa protégée. Le 13 juin 1790, il entama un discours sur ce sujet, en se proposant de montrer que la Constitution civile était vraiment Tœuvre de Dieu, puisqu'une pauvre fille inspirée d'en haut l'avait prophétisée onze ans auparavant.
Le vote de l'ordre du jour interrompit la convaincante démonstration. Mais, sans se décourager,
1. Sur (lorn Gerle, consulter Notes biographiques sur les députés de la Basse- Auvergne, par Francisque Mège. Paris, 1866.
clom Gerle publia quelques jours après une sorte de biographie de Suzetle Labrousse \ el en appela au peuple des dédains et .des moqueries de la Constituante. Dans la même brochure, il annonçait que la prophétesse avait formé le projet d'aller éclairer le pape, à Rome, sur les affaires de France, mais qu'avant de partir, elle voulait soumettre son plan à une assemblée d'évêques constitutionnels, dans une conférence « d'où pouvait résulter un grand bien ». Encouragée par dom Gerle et par Pontard, évoque de la Dordogne, iéte assez peu équilibrée, Suzette fit en effet le voyage de Paris. Il semble bien que ses amis aient voulu se servir d'elle dans leur lutte contre les réfractaires. Elle arriva dans la capitale vers la fin de 1791. La duchesse de Bourbon sollicita Thonneur de la recevoir, la logea dans son hôtel et la fit initier dans une loge de rose-croix. Elle vit Fauchet, Desbois, qui, paraît-il, se rangèrent au nombre de ses partisans, mais furent assez vite désillusionnés. Si on en croit ses notes manuscrites ^ elle serait entrée en relations avec des hommes politiques, avec Robespierre qui lui aurait dit : « Je serai un jour obligé de remettre en place ce que je cherche à détruire aujourd'hui, la religion, vous m'aiderez. » Mais ce propos prêté à Robespierre n'est rien moins qu'authentique, si Ton songe que les notes manuscrites de Suzette Labrousse ont été écrites dans la dernière partie de sa vie, très loin des événements. En janvier 1792, Pontard fondait un Journal