‹ Contributions à l'histoire religieuse de la révolution françaiseChapitre 48 sur 116 · Interrogatoire de Catherine Théot, le 28 floréal an IL · texte numérisé non relu

Interrogatoire de Catherine Théot, le 28 floréal an IL

2. « Une des jeunes femmes a dit : Que je reprenne encore ma portion ; — elle a réitéré plusieurs fois les signes des sept dons et a laissé sa bouche collée pendant quelques minutes sur la bouche de la mère, répétant à plusieurs fois avec enthousiasme : Que je suis heureuse, hélas ! » {Procès-verbal d'arrestation.) On voit dans les autres pièces qu'il s'agit de Rose Raffet.

rieuse ! Venez, cher frère bien-aimé, passer FaprèsmiJi de mercredi sur les quatre heures et demie. Vos deux petites sœurs et amies qui vous attendent. »

2° (( Gerle, Gerle, le cher fils Gerle, vos deux petites sœurs vous engagent à venir demain, jour de la décade, déjeuner avec elles, sur les neuf heures et demie, pas plus lot ni plus tard... Mille choses agréables au cher fils, de la part de deux colombes*. »

Tout ce monde vivait trop dans l'attente du miracle pour s'occuper de politique. A lire attentivement les pièces du dossier officiel, c'est à peine si Ton peut constater, dans les conversations tenues par certaines femmes, quelques allusions malveillantes à la Terreur. « Un bruit de chevaux s'étant fait entendre dans la rue, dit le procès-verbal d'arrestation, l'une desdites femmes a dit : « Ce (( sonl peut-être ceux qui vont gardera la boucherie « nationale », et quelques instants après, comme une autre desdiles femmes parlait d'attendre dans la charrette, la môme a répliqué : « Si j'y allais ja- <( mais, je voudrais passer la première. »

Il y a loin de cette réflexion jetée en passant à la conspiration contre la République, qu'un mois plus tard Vadier dénoncera à la Convention au nom du Comité de sûreté générale!

Mais comment le Comité de sûreté générale, plus sévère que Chaumc^tte, fut-il amené à faire arrêter la vieille prophétesse, dom Gerle et les

1. Vadier combina plusieurs fragments de ces différentes lettres. Elles sont données ici d'après le procès-verbal manuscrit conservé aux Archives nationales.

principaux adeptes? Que se proposait Vadier en révélant à la France Thorrible complot que ces petites gens, très obscurs et très inoffensifs, auraient tramé contre la République?

L'affaire Catherine ïhéot est le premier épisode public de la rivalité entre les deux Comités de salut public et de sûreté générale, de la lutte entre Robespierre et ses ennemis, qui se terminera au 9 thermidor.

Une des causes profondes des divisions de la Montagne avait été la question religieuse. Robespierre, qui croyait à la Providence comme son maître Rousseau et qui craignait d'étendre la Vendée par des violences maladroites contre le catholicisme, s'était opposé vivement à la campagne de déchristianisation poursuivie par les hébertisles. 11 avait fail voter le décret du 18 frimaire an 11, qui interdisait « toutes violences et mesures contraires à la liberté des cultes ». Or, les membres du Comité de sûreté générale, tout en étant les adversaires des hébertistes, parce qu'ils redoutaient la dictature de la Commune de Paris, étaient néanmoins partisans, pour la plupart, de leur programme religieux '. S'ils aidèrent Robes-

1. Etaient membres du Comité de sûreté générale en germinal an II : La Vicomterie, Le Bas, VouUandyDubarran, Vadier, Amar, David, Rûhl, Louis (du Bas-Rhin), Jagot, Elie Lacoste, Moyse Bayle (J. Guillaume, Le personnel du Comité de sîireté générale. La Révolution française, t. XXXIX, p. 229).

L'AFFAIRE CATHERINE THEOT U9

l)ierre à ruiner les hébertistes, ce fut pour des raisons de pure politique.

En germinal an II, quand la République fut débarrassée des factions par la double exécution des hébertisles et des dantonistes, la question religieuse, ajournée jusque-là, se posa de nouveau. Les représentants en mission qui, en dépit du décret du 18 frimaire, avaient abattu les autels dans les départements, commençaient à rentrer à Paris. Beaucoup se plaignaient d'avoir été entravés dans leurs opérations par le Comité de salut public. Ils demandaient qu'on sortît du provisoire et de l'arbitraire, qu'on généralisât et régularisât, par une mesure législative, les déchristianisations restées jusque-là locales et particulières. La loi du 18 frimaire, qui maintenait l'existence légale du catholicisme, était un obstacle qu'il fallait d'abord écarter. Puisque la République est incompatible avec le catholicisme, pensaient-ils, il faut supprimer complMement le catholicisme, lui enlever jusqu'à l'apparence d'une existence légale.

Javogues, écrivait, de Monlbrison, àColIotd'Herbois, le 16 pluviôse an II (4 février 1794), une longue lettre très amère, où il faisait une critique sanglante des actes du Comité du salut public, tombé aux mains de phrasiers comme Barère, de robins comme i^ieur (de la Cote-d'Or), qui décrètent à jet continu. Il se plaignait particulièrement du décret du 18 frimaire qui avait arrêté, à l'en croire, le mouvement nécessaire de déchristianisation et encouragé les aristocrates. .« Apparemment, s'écriaitil, que Couthon a b<'Soin d'une religion quelconque pour soutenir le règne des fripons et des musca-

dins qui se sont réfugiés dans le département d'où il est... Oui, il existe un plan de contre-révolution dans le Comité de salut public. J'en ai vu les suites se développer partout où j'ai passé. On a cherché à faire rétrograder la Révolution, en envoyant des hommes qui paralysaient des arrêtés vigoureux. Les patriotes tremblent*... »

Quelques jours plus tard, le6 ventôse (24 février), Paganel réclamait, de Villefranche, au Comité de salut public une mesure générale pour extirper tous les prêtres de la République. « C'est à vous de la proposer (cette mesure) et à la Convention de l'établir^ »

De Vire, le 2 germinal (22 mars), Bouret demandait au Comité l'approbation d'un arrêté qu'il avait pris pour fermer les églises. Le comité embarrassé ou divisé n'osait prendre de décision^.

Les représentants en mission ne se bornaient pas à réclamer la légalisation des arrêtés, par lesquels ils avaient désaffecté les églises et supprimé le culte catholique, l'abrogation du décret du 18 frimaire, simple mesure négative, ne leur paraissait pas suffisante. Supprimer le catholicisme, c'était bien, le remplacer par une autre religion en harmonie avec la République, par ce culte de la Pat?ne éclos spontanément aux fédéralions, c'était chose indispensable, urgente.

Le culte de la Raison s'était institué sans plan d'ensemble, comme au hasard, sur l'initiative

1. Actes du Comité du Salut public , publiés par M. Aulard, t. X, p. 697-706.

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