Aulard, t. XI, p
Commune-Affranchie (Lyon), le l®"" germinal, Michaud, de Chàteauroux, le 28 ventôse, Crassous, de Dourdan, le 25 pluviôse, Paganel, de Villefranche, le 6 ventôse, Albitte, de Bourg, le 11 pluviôse, etc. Les municipalités joignaient leurs instances à celles des représentants*.
Et c'était au moment même oij les hébertistes montaient à l'échafaud que de toutes parts les patriotes s'accordaient à souhaiter Texécution de leur programme religieux !
On a fait deshébertistes des victimes du prétendu fanatisme chrétien de Robespierre ^ Pour ma part, je n'en crois rien. J'attends qu'on prouve le christianisme de Robespierre. D'ici là, je n'ai aucune bonne raison de mettre en doute la sincérité des moiih politiques que Robespierre a invoqués pour réclamer la mise en jugement des Cordeliers. S'il condamna leur athéisme, c'est moins pour des raisons philosophiques que pour des considérations patriotiques. Il leur reprocha surtout d'avoir failli déshonorer la Révolution aux yeux de l'Europe par leurs exagérations et leurs violences et d'avoir risqué d'étendre la Vendée en poussant les populations catholiques au désespoir. Enfin, il ne faut pas oublier que le Comité de sûreté générale, composé de déchristianisateurs déterminés, prêta
1. Par exemple la municipalité de SainUMichel (canton de Saint- Romain, Seine-Inférieure). Arch. nat. F* C", Seine-Inférieure. Comptes décadaires de germinal an II.
2. « Pour tuer la libre pensée, cet homme d'ancien régime ne vit rien de mieux à faire que de tuer les libres penseurs... C'est pour n'avoir pas pensé sur Dieu comme Robespierre que ces infortunés furent traînés à l'écliafaud. » Aulard, Culte de la Raison, p. 244 et 245.
néanmoins à Robespierre son concours contre les hébertistes, afin de débarrasser la Convention et les Comités du pouvoir rival delà Commune de Paris.
En réalité, il n'y avait entre le programme religieux des hébertistes et celui de Robespierre qu'une nuance consistant uniquement en une différence de tactique. Comme les hébertistes, Robespierre estimait que le catholicisme était radicalement incompatible avec Tordre nouveau, qu'il était le principal obstacle à l'affermissement de la République, comme eux, il croyait nécessaire de remplacer l'ancien culte par un culte nouveau* mais, pour imposer partout la messe décadaire, il répugnait à employer la force. Il craignait d'une part que les violences ne se retournassent contre la Révolution et d'autre part qu'elles n'ébranlassent chez un peuple mal préparé à ce changement,, si profond et brusque, jusqu'aux bases de la vie morale.
La distinction, l'opposition devenue classique à force d'être rebattue, entre le culte de la Raison, prétendue religion athée, œuvre des hébertistes, et le culte de l'Etre suprême, prétendue religion déiste, (inivre personnelle de Robespierre, cette distinction est toute artificielle et ne répond en rien aux faits. Pendant la période appelée culte de la Raison, d'octobre 1793 à mai 1794, ce n'est que très exceptionnellement que les orateurs des
1. Les hébertistes, qui s'efforcent de férier le décadi et de remplacer la messe catholique par une messe civique, ne me paraissent pas pouvoir être appelés des libres penseurs, si, par ce mot, on entend des esprits affranchis de toute préoccupation religieuse et cultuelle.
fêtes civiques firent des professions de foi ou des déclarations d'athéisme. La grande majorité, au contraire, pour ne pas dire la presque unanimité, adorèrent l'Etre suprême en même temps que la Nature et la Raison. De même et inversement, pendant la période appelée culte deTEtre suprême, la Nature et la Raison ne cessèrent pas d'être adorées conjointement avec l'Etre suprême. L'expression même, par laquelle les contemporains désignaient le nouveau culte, n'avaitrien d'uniforme. Ilsdisaient indifféremment temple et culte de la Raison, ou delà Loi, ou de la Vérité, ou de la Liberté, ou de la Nature, a CultedelaRaison, culte de l'Etre suprême, constate lui-même M. Aulard, ce fut pour l'opinion, surtout en province, la même chose*. »
Loin de faire œuvre nouvelle, loin de jouer au fondateur d'Eglise, au pontife, comme on se plaît à dire sur la foi de ses adversaires, quand Robespierre prononça son fameux discours du 18 floréal sur les rapports des idées morales et religieuses avec les principes républicains et sur les fêtes nationales, il ne fit en réalité que coordonner et systématiser des idées maintes fois émises avant lui, il se borna à reprendre et parfois à copier presque littéralement les nombreux projets de fêtes nationales élaborés au Comité d'instruction publique de la Législative et de la Convention '\ et, ce faisant, il donnait satisfaction aux demandes, alors générales, comme nous l'avons vu, des représentants en mis-