‹ Contributions à l'histoire religieuse de la révolution françaiseChapitre 52 sur 116 · Dom Gerle, Mémoire cité · texte numérisé non relu

Dom Gerle, Mémoire cité

la Révolution et m'a toujours paru, quoique prêtre, bon patriote. » Depuis ce jour, dom Gerle se présenta six ou sept fois à l'audience de Robespierre pour lui demander une place de commis dans quelque bureau. Il ne put lui parler que deux fois, en présence de son perruquier et d'autres personnes. C'est à cette attestation de civisme et à ces visites que se bornèrent les rapports de Robespierre avec dom Gerle \ Cela ne nous suffit évidemment pas, à nous, pour conclure que Robespierre était initié aux mystères de Catherine Théot, mais cela devait suffire à Vadier et aux membres du Comité de sûreté générale pour compromettre, ridiculiser, renverser peut-être le protecteur des prêtres, l'organisateur du culte de l'Etre suprême et bientôt l'auteur de la loi du 22 prairial.

Cinq jours après le retentissant rapport de Robespierre sur le culte de l'Être suprême, le Coniiité de sûreté générale décernait, le 23 floréal an II, un mandat d'arrêt contre Catherine Théot et ses complices. Le 28 du même mois, le mandat était exécuté par Sénart et Héron, qui s'étaient introduits dans les assemblées de la mère de Dieu sous prétexte de se faire initier. Quelque temps après, comme il fallait grossir la conspiration et montrer que la contre-révolution s'y mêlait au fanatisme, le Comité de sûreté générale faisait également arrêter un ancien médecin de la famille d'Orléans, Quesvremont-Lamothe, qui logeait dans

1. Si on en croyait l'abbé Moreau (p. 69), dom Gerle aurait écrit, après son arrestation, plusieurs lettres à Robespierre pour lui demander sa protection. Mais l'abbé Moreau n'indique pas où il a puisé ce renseignement, dont je n'ai trouvé nulle part confirmation.

la même maison que dom Gerle*, la marquise de Chastenoy^ chez qui on trouva quelques livres de magie et de sorcellerie ; et enfin le neveu de Catherine Théot, ex-prêtre qui revenait d'une mission dans les Hautes-Alpes, pour le compte du Comité de salut public. Vadier fut chargé du rapport'. Il attendit, pour en donner lecture à la Convention, que Robespierre se fût compromis un peu plus encore aux yeux des libres-penseurs purs par son triomphe pontifical à la fête de l'Etre suprême (20 prairial). Il ne monta à la tribune que le 27 prairial. Par prudence pourtant ou peutêtre par calcul, il ne parla ni de la lettre trou- ' vée chez Catherine Théot, ni de l'attestation de civisme accordée à dom Gerle. Il ne prononça même pas le nom de Robespierre \ A Ten tendre, le Verbe attendu était le fils de Louis XVI, le petit Capet, dont le portrait « supérieurement dessiné par la femme Lebrun, maîtresse du traître Calonne » avait été mystérieusement caché par les conjurés dans une cheminée du château de Saint-Cloud.

Plus de doute, c'était ce tableau, heureusement découvert par les agents du Comité, qui devait être solennellement inauguré aux écoles de droit près

1. Ainsi qualifié dans le rapport de Vadier, « disciple de Mesmer, grand magnétiseur, fanatique dangereux ».

2. Chateaubriand, qui fut conduit chez cette marquise en 1786, en a laissé ce portrait dans les Mémoires d'Oatre-tombe : « Une belle femme, qui n'était plus de la première jeunesse, mais qui pouvait encore inspirer un attachement. )> Cf. édition Hiré, 1, 177, 196; II, 69; III, 10.

3. Vilate suppose gratuitement que ce rapport fut l'œuvre de Barère.

4. Selon Sénart, ces suppressions auraient été autorisées ou concertées par le Comité de sûreté générale. Mémoires, ch. xv.

le Panthéon, inauguration qui serait le prélude de l'enfantement miraculeux du Verbe divin et de Taccomplissement des prophéties ! Après avoir décrit d'une façon plaisante et burlesque les cérémonies de la Mère de Dieu, dont le nom de Théot était changé en Théos, « mot qui en grec signifie la divinité* », après avoir récité les plats cantiques dus à la plume de dom (îerle ^ et fait éclater une tempête de rires en lisant la lettre des deux colombes adressée au même dom Gerle, Vadier terminait son rapport par cette conclusion qui montre bien le véritable but poursuivi par les machinateurs de l'affaire : « Citoyens, il ne m'appartient pas de prévenir les sages mesures qui vous restent à prendre à l'égard des prêtres scélérats. Je dois me renfermer dans le sujet qui fait la

i. D'après Tinterrogatoire officiel, c'est Catherine Théot ellemême qui aurait fait ce rapprochement : « A répondu se nommer Catherine Théo (sic), lequel dernier nom signifie Dieu en grec, âgée de soixante-neuf ans..., etc. »

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