Adresse à ses concitoyens, déjà citée
3. Traité de la poésie en général, par Ghaumette, membre du Logopanthée de Moulins.
1786, secrétaire et élève du médecin anglais Tluck, de la Faculté de Londres. Aux approches des Etals généraux, il s*adonne à l'économie politique et remplit un gros cahier de quatre-vingt-dix pages d'une dissertation intitulée : Etat actuel des affaires générales concernant les finances du royaume de France, qui constate les i^evenus et dépenses du Roi^ avec des remarques particulières et intéressantes.
Il se vantera, en 1793, d'avoir rôvé, dès cette époque, au bonheur de l'humanité, soupiré après la liberté, el d'avoir écrit, pour en avancer l'Iieure, des articles politiques dans les feuilles qui s'imprimaient à Avignon. « Je démasquais les prêtres, je résistais aux nobles ! » Chaumelte exagère. Ses protestations d'alors contre le clergé et la noblesse durent être assez timides, si on en juge par hî discours que nous publions plus loin, et dont l'inspiration se retrouve dans une sorte de traité philosophique composé sans doute vers le môme t(împs, et qu'il intitula modestement : La Clef du livre des erreurs et de la vérité.
Après avoir tàté successivemenl, et parfois simultanément, de la navigation el de la poésie, d<» l'économie politique et de l'histoire naturelhî, (h; l'archéologie et de la médecine, Chaumelte, qui ne fut étranger à aucun des grands courants (hî son siècle, s'était fait philosophe et franc-maçon. Quand et où enlra-l-il en loge .-^ à Nevers où à Moulins? Il est difficile de répondre avec jirécision, car il ne reste sur la vie maçonnique* de (chaumelte qu'un seul document, à notre connaissance, un cahur de dix feuillets couverts au recto et au v<*rso dune écriture très serrée sans date ni signatun*. i\oA h* Mathiez. 10
discours qu'il prononça en qualité de vénérable, à Texpiration de ses fonctions, pour résumer les travaux de sa loge pendant Tannée écoulée, et procéder à la nomination des « officiers » de Tannée suivante. Notons, en passant, que ce vénérable était un jeune homme, qui n'avait pas plus de vingtsix ans.
Nous avons cru devoir reproduire ce discours pour deux raisons: d'abord, parce qu'il nous fournit sur la personnalité de son auteur et sur la formation de ses idées de très utiles indications ; ensuite, à cause de l'intérêt qu'il peut présenter pour Thisloire de la maçonnerie en général :
Voici, mes T.*. C*. F.*., une année révolue depuis que, consultant plutôt mon zèle et votre amitié que mes trop faibles talents, vous avez bien voulu me choisir pour présider à vos travaux ; si j'acceptai pour lors cette dignité en tremblant, je ne fus pas moins reconnaissant du motif qui m'y avait élevé, et je vous dois encore des remerciements de l'indulgence avec laquelle vous avez bien voulu supporter mon incapacité. Je me félicite cependant d'avoir vu pendant mon administration régner entre nous une paix solide, et d'avoir initié à nos premiers mystères, ou à ceux des grades supérieurs, plusieurs bons et dignes F.*., et de leur avoir ouvert les premières portes du temple de la Sagesse.
Je dis les premières portes, et je crois devoir. M.*. F.*., qualifier ainsi les grades les plus élevés qui sont connus dans cette l.-. L.'. ; quelque instruits que soient les F .'. qui la composfîrtt, qu'ils me permettent de le dire, il reste encore bien des choses, et même les plus importantes, à étudier. Si j'ai pu, pendant que j'ai été à la tète de cette auguste assemblée, répandre les lumières de notre art sublime, j'ai cru, pour mériter davantage votre confiance et ne point être sou])çonné d'étendre trop loin les pouvoirs de ma place, devoir attendre à tracer avec franchise les devoirs d'un vrai maçonjusqu'àcet instantoù, prêta remettre en de plus dignes
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mains ce maillet, symbole de la puissance, mes exhortations et mes sentiments ne pourraient être regardés que comme les conseils d'un frère, d'un ami, d'un égal.
Oui, mes très chers f .-., je suis véritablement votre ami, et ce sentiment précieux, fondé sur votre sensibilité, votre bienfaisance, et les autres qualités de votre cœur, sera toujours inaltérable dans mon âme ; daignez donc, je vous en conjure, prêter une oreille attentive ; ce n'est point par la vanité de paraître votre guide dans une route nouvelle, que j'ose ici solliciter votre application aux vérités que je vais vous développer, c'est votre propre satisfaction qui fait l'objet de mes vœux. Jusqu'à présent, ou j'ai expliqué séparément et sans nombre l'ensemble, ou bien j'ai couvert du voile de l'emblème les vrais mystères de notre ordre sublime, tantôt en vous exposant les principes de la sociabilité de tous les êtres, tantôt en vous proposant, à l'aide d'une métaphysique peut-être trop abstraite, d'admirer l'accord qui règne dans toutes les opérations de la Nature et dans toutes les institutions humaines. Une autre fois, en vous faisant entrevoir la majesté primitive de l'homme et sa chute, en cachant enfin, sous les hiéroglyphes du grand œuvre, la sagesse de Salomon et les ressources de l'humanité dégradée. Plusieurs, habitués à ne regarder la maçonnerie que comme une institution simplement sociale et n'y voulant rien voir autre chose, ont pu me regarder, ou comme un novateur, ou comme un discoureur enthousiaste du fantôme que son imagination avait produit : d'autres, sans doute, ont pensé que, prétendant transmuer l'essence des maux (sic), j'offrais à ceux qui voudraient m'écouter le pouvoir de produire l'or et les diamants ; il en est peut-être qui, frappés de l'éclat de la chaîne dont je leur faisais envisager quelques anneaux, ont applaudi à mes recherches, sans avoir le courage d'en chercher la suite avec moi. J'en connais, enfin, que les réflexions ont convaincu de l'existence d'une vérité, mais leurs efforts isolés n'ont pu arracher les ronces du sentier par lequel ils devaient marcher, ni dissiper la colonne nébuleuse qui cachait leur route.
Je ne dois point m'étonner du peu de succès de mes exhortations ; j'apercevais seulement alors au-dessus des arbres le sommet du temple que nous devons rétablir, je n'avais
point encore parcouru la forêt qui le recèle ; à peine mêine^ à présent, suis-je parvenu à l'entrée de la route qui y conduit. Pendant dix ans, j'ai marché sans guide ; j'en connais enfin la circonférence, mais j'ignore encore les obstacles qu'il me faudra vaincre pour trouver le centre qui fait l'objet de mes désirs.
Qu'est-ce donc que j'ai à vous proposer, M.*. C*. F.*. ? C'est de vous unir à moi, c'est de m'aider dans la recherche du grand œuvre, de réagir aux efforts que je ferai pour y parvenir; — j'entends déjà les éclats de la raillerie et du sarcasme ; rassurez-vous, il n'est point question ici de poudre de projection, ni de purifier le cuivre et le mercure vulgaire, c'est la perfection de l'intelligence et des sciences de l'homme que j'ai pour objet. Laissons aux matérialistes le soin de travailler sur les corps, occupons-nous d'une plus noble étude. C'est sur l'âme que nous devons opérer ; c'est cette étincelle émanée du Créateur lorsqu'il forma l'homme» c'est le feu sacré caché dans un tas de boue pendant la captivité, que nous devons séparer de la matière etpurifierdes souillures qu'il y a contractées.
Je n'emploierai, pour vous persuader, aucun raisonnement métaphysique ; cette voie, purement intellectuelle, quoique la plus courte, paraîtrait ici rebutante et effrayerait par les épines qui en défendent l'entrée, c'est d'ailleurs dans la retraite et le silence qu'on doit la parcourir. Votre propre intérêt ne sera pas môme le motif que je ferai valoir, vous ne m'en croiriez pas sur ma parole, à moins que vous n'eussiez déjà quelques notions relatives à l'objet dont je m'occupe. Pour vous convaincre qu'il est des vérités essentielles que tout homme néglige et qu'il est capable de ne pas approfondir, je ne veux qu'émouvoir votre amour-propre et l'honneur de remplir les engagements sacrés que vous avez contractés en entrant parmi nous, engagements qu'un maçon ne pourrait enfreindre sans se couvrir d'infamie, et qu'il a ratifiés à chaque grade postérieur.
Qn regarde comme sacrée une parole donnée à un tripot, souvent à des libertins ou à des escrocs, et on se ferait un jeu d'un serment authentique dont on a pris à témoin le Créateur, la parole divine consignée dans les livres saints, les chefs dans l'ordre maçonnique, enfin des frères, ses amis
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les plus estimables et les premiers citoyens de sa patrie, serment qu'on a solennellement prononcé dans un lieu qui retentit à chaque instant des noms de l'Éternel, de la V'^érité, de la Vertu, de la Bienfaisance et de la Charité.
Non, M .*. F.*., vous n'êtes point capables de vous parjurer aussi lâchement, l'honneur guide toutes vos démarches, et, d'après cette assertion que la connaissance que j'ai de votre délicatesse dicte autant que mon attachement que j'ai pour vous, j'ose garantir que, fidèles aux devoirs de la maçonnerie, qu'appelés à cet état par la Providence, vous en remplirez la première loi, qui ordonne au maçon de travailler à s'instruire et de faire des progrès dans notre art sublime.
D'après cette persuasion, j'oserai donc vous demander, sans craindre de vous offenser, si jusqu'à présent vous avez réfléchi sur nos types sacrés, sur ces symboles instructifs qui vous environnent. C'est ici que les murs parlent, que tout l'Univers, représenté sous des hiéroglyphes, plus expressifs que ceux de Memphis, vous retrace le miracle de la formation et la loi primitive qui le dirige. Avez-vous fait attention à cette étoile flamboyante, dont les rayons remplissent toute la surface du cercle, sur cette lettre G placée au centre; on vous a dit en même temps qu'elle était l'initiale du premier architecte, elle était aussi l'initiale de la géométrie, de la quintessence des sciences dont l'étude devait faire l'occupation de tous les F.-. . Avez-vous médité un seul instant sur les principes de cette science divine, et ceux d'entre vous qui la cultivent, par état ou par goût, ont-ils cherché à l'appliquer à son véritable sujet ? Elle est, n'en doutez pas, mes F.*., la base de la saine théologie, le fondement de nos dogmes, de notre culte, de nos institutions et des phénomènes de nos arts : elle fut produite de toute éternité dans l'intellect divin; elle fut le premier instrument dont l'éternel se servit pour disposer tout ce qui existe. Spirituelle dans l'ordre intellectuel, puissante dans l'ordre moral, active dans l'ordre physiquef c'est par elle, c'est en conséquence de ses lois que tout vit, que tout agit et réagit dans la Nature. A l'aide de la science des nombres, elle combina tout, et, d'après l'impulsion du premier moteur, elle régla l'Univers de la manière la plus parfaite. Le point produisit
la ligne, la ligne engendra le carré, le carré forma le cube, el dans cette disposition, chaque point correspondant, recevant des émanations égales du point central, réagissait d'une manière uniforme ; l'attraction et la répulsion se contrebalançaient mutuellement. L'équilibre régnait, et tout cela demeurait stable dans la place qui lui avait été assignée ; — tout était lumineux ; — le bien régnait, le mal était ignoré : c'était là le siècle d'or tant chanté par les anciens poètes ; et cette position des êtres était le vrai temple de la sagesse, dont celui de Salomon était la représentation matérielle et dont nos loges sont le tableau emblématique- Dans le premier temple, on n'entendait aucun coup de marteau ; dans celui de Salomon, ils furent tous donnés au dehors, et dans le nôtre, qui est sensible et matériel, rien ne s'exécute qu'à l'aide de cet instrument mécanique.
Vous le savez, M .*. F.*. , la plus faible puissance peut déranger l'équilibre le mieux affermi et faire pencher l'un et l'autre des leviers de la balance. Malheur à l'être libre qui, s'accrochant à un autre point qu'à celui auquel il était fixé, s'éloigne volontairement de son centre ; il tombe et ne peut se relever, à moins qu'une autre force ne le pousse, ou qu'on ne charge l'autre bras du levier, à proportion de ce qu'il s'en est écarté, ou qu'enfin, trouvant dans sa chute un appui qui le soutienne, il fasse un généreux effort qui le rapproche de son premier poste.
L'homme, tandis qu'il ne connaissait d'autre père que l'Eternel et que, selon le texte de l'Evangile, sur lequel vous avez prêté votre obligation et sur lequel peu de maçons méditent, il pouvait se qualifier de Dieu. L'homme, dis-je, était pour lors immuable dans son centre, il ne tirait ses forces que du Créateur, tout l'Univers était soumis, la Mère des Vivants était à ses côtés pour l'aider, dans la culture du jardin de délices, mais leur principale nourriture, les principales émanations qu'ils devaient recevoir et communiquer à leur postérité, devaient partir de l'arbre de vie et du centre lumineux, actif et intelligent, il voulut créer de son propre fond, il diminua l'éclat de cette étincelle qui l'animait.
La matière à laquelle il s'unit en obscurcit la lumière, et ses descendants, issus d'une source impure, participèrent à sa peine.
GHAUMETTE FRANG-MAGON loi
La dégradation de ses facultés intellectuelles, de sa conduite morale et de ses forces physiques furent les trois assassins de l'architecte du temple.
Les malheurs de l'Adam de la Genèse n'étaient qu'une suite de ceux du premier Adam, de cet astre brillant, de cet ange rebelle, de ce Lucifer, qui pour avoir prostitué les émissions lumineuses à d'autres êtres" qu'à ceux qui devraient légitimement les recevoir, qui avait également sollicité l'encens, ce retour d'émanations dû au Créateur, et dont les erreurs avaient occasionné un mélange monstrueux de rayons primordiaux et secondaires des germes et de matrices d'esprit et de matière irrégulièrement attiré et repoussé (sic); il était déchu de sa place éminente; il avait été roulé et envoloppé tant dans ses propres émanations, que dans un chaos d'exhalaisons, enfoncé dans les ténèbres extérieures et précipité dans les Enfers, c'est-à-dire dans la partie inférieure de la progression matérielle (sic) et condamné à errer à la circonférence du lieu dont précédemment il occupait le centre.
C'est donc pour avoir cessé de suivre la loi que le mal a été connu dans l'Univers, que l'homme corporel, l'homme moral et l'homme intellectuel sont dégénérés : lorsqu'on a voulu introduire un second et un troisième centre, le mouvement en ligne droite a cessé, les corps ont voyagé en ligne courbe, le carré a fait place au parallélogramme et le cercle à l'ellipse. Les effets n'ont pu être produits par une seule cause et cette multiplicité d'agents et de réagents, d'actifs et de passifs, de mâles et de femelles pouvant produire une postérité simple et uniforme, n'engendre plus que des êtres mélangés et sujets à la destruction. La géométrie, simple dans son commencement, est devenue de plus en plus compliquée, et c'est à ces révolutions que toutes les formes, même les plus irrégulières, effets d'un nombre infini de réfictions combinées, toutes les théories les plus sublimes des mathématiques, et tous les phénomènes de la Nature et des Arts, durent leur origine: les fameuses règles de Kepler qui ont servi de base au système autant vrai qu'ingénieux de rilluslre Newton, le calcul de l'infini, chef-d'œuvre de l'esprit humain, n'ont pas eu d'autres causes occasionnelles, les découvertes étonnantes de l'alchimie dérivent du même
principe; et ce que dans le monde sensible on regarde comme un bien n'est effectivement que la su;te du dérangement d'un état antérieur plus simple et des mêmes lois qui dirigeaient cet état de perfection, tandis que la destruction des êtres, que nous regardons comme un mal, peut, lorsqu'elle est le résultat de certaines lois, délier l'esprit des chaînes qui l'attachaient à la matière et lui permettaient de retourner sur ses pas vers le principe dont il était émané.
C'est pour cela que vous êtes entrés en loge les yeux bandés et qu'en cet état on vous fait faire trois voyages par la voie du septentrion. L'esprit qui vous anime avait dégénéré en passant du point à la ligne, de la ligne à la surface, de la surface au cube. Il faut rétrograder du cube au point par trois voyages en sens contraire avant d'obtenir la lumière. Voilà le vrai grand œuvre, l'œuvre intellectuel. Le grand œuvre des alchimistes marche en sens opposé, il tend à corporiser l'esprit, il atteint à la perfection dans l'ordre sensible, et c'est dans cet ordre qu'il réalise cette pierre cubique, qui dans le matériel représente le sel, commun principe de la corporisation et emblème du cube intellectuel, principe de l'état fixe de l'homme dans son état de gloire. L'un est le salut, la gloire de ce monde ; l'autre est le bonheur de ceux dont a parlé Daniel qui, s'ils sont savants et justes, brilleront dans l'éternité comme le firmament. L'alchimiste brillera donc seul et dans son laboratoire, il voilera scrupuleusement ses opérations,* de crainte d'exciter la cupidité des autres hommes, tandis que le vrai maçon brillera à la face de tous les êtres et à la droite de l'Éternel.
Je n'ai point encore parlé de la branche sociale de l'arbre maçonnique, de cette branche médiatrice entre les deux autres, dont la base consiste dans une juste bienfaisance et dont ce type est cette houppe dentelée qui lie tous les êtres avec une même chaîne, qui depuis ce sommet du temple descend jusqu'à ce pavé comparti de blanc et de noir, d'intellectuel et de terrestre et sur lequel, en foulant la terre, nous foulons également le corps du Respectable, mais sans l'offenser, puisqu'il est mort et insensible, qu'il est couvert de décombres et qu'il se décompose comme les autres êtres. Cultivez-la. M.*. C*. FF.., cette branche féconde en bienfaits, et dont la charité fait la base. Elle est la troisième
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des colonnes qui soutiennent Tédifice de votre loge. C*est par cette vertu que l'Univers s'entretient, que la société subsiste et que les êtres sont perpétuellement séparés pendant le cours de leur existence temporelle. Elle tire ses forces du règne intellectuel, elle les répand sur l'ordre sensible : les hommes isolés diffèrent peu de la brute, s'ils se communiquent (sic) entre eux, leur âme s'exalte, leurs sentiments s'élèvent, l'industrie se perfectionne et les arts, en prenant naissance, viennent nous consoler de la perle de notre bonheur primitif. Restez donc du moins, M.'.C.*. FF.*., assis au rang des maîtres dans cette chambre du milieu, gémissez de ce qu'elle est figurée en carré long, cherchez, je vous en conjure, à tirer le voile qui vous cache le Saint des Saints. Cette troisième chambre parfaitement carrée, dans laquelle reposa l'arche d'alliance et l'étoile flamboyante, recevez-en les émanations, n'en révoquez point en doute l'efficacité ; quand vous oseriez la nier, la nature entière la prouverait. Consultez les écrits des anciens sages,, méditez sur les livres sacrés, consultez même les savants de notre siècle, tout s'accorde à établir la puissance des émanations. Les affinités chimiques vous la peignent, la géométrie la démontre, votre miroir même vous la représente. Le (illisible), l'électricité, tout enfin la fait voir à l'homme le moins susceptible de préjugés. Si la lumière est réfléchie sur un angle égal à celui d'incidence. Newton prouve qu'elle ne touche pas le plan qui la réfléchit et quelle en est la cause ? Si ce n'est l'émission produite en sens contraire par ce corps réfléchissant ; ce même philosophe explique par les émanations du point les différentes flexions des lignes, et les équations des courbes expriment la loi des changements de direction. Si Leibniz explique les mêmes choses par la divisibilité de la matière, c'est qu'il procède en remontant des termes inférieurs de la progression aux termes supérieurs, tandis que Newton suit la marche opposée. Les différentielles et les monades de l'un sont dans les fonds, les fluxions et les fluentes de l'autre.
J'en ai dit assez pour vous faire connaître l'utilité de l'étude de la géométrie, et combien elle était nécessaire à tout vrai maçon.
Je vous ai fait entrevoir combien le scepticisme des athées
et des matérialistes était contraire aux vrais principes de notre ordre et aux obligations que nous avons prêtées ; j'ai cherché à vous faire concevoir de notre art des idées plus élevées que n'en ont la plupart des maçons, je vous ai parlé avec toute la candeur de la bonne foi et la fermeté d'un homme que vous avez jugé digne d'être élevé aux dignités de notre respectable association.
Entraîné par la force de la vérité, j'ai peut-être heurté vos opinions, je vous ai peut-être révolté par le ton de ce discours. Vous avez cru, sans doute, que j'avais des prétentions à la vanité d'éclairer mes F.*. F.*.
Peut-être même, dites-vous, n'est-ce pas là cet homme dont nous connaissons l'ignorance et les faiblesses. Il vit au milieu de nous et prétend nous donner des leçons. Veut-il passer pour prophète au milieu des siens ?
Non, M.'. F.-., je n'ai point cet orgueil ; si la vérité a bien voulu, pour prix de mes recherches, se manifestera mon intelligence, j'ai cru que je devais vous inviter à en partager les dons ; ce que je dis n'est point de moi, je n'y prétends aucune gloire; si, comme le sentiment intérieur mêle persuade, je n'ai rien avancé de faux, l'honneur en est dû à la vérité même qui agit par l'âme de tout homme de bien disposé à la recevoir. Dans ce cas, je désire ne pas prêcher dans le désert. Si je me trompe, c'est le propre de l'humanité, du moins devez-vous avouer que mon erreur ne peut avoir de suite funeste et que ma morale ne tend qu'à révérer le suprême architecte, à ne pas le confondre avec la matière, à rendre heureux mes semblables, à connaître les rapports entre tous les êtres de la Nature et à les lier tous avec une seule et même chaîne, à redonner enfin à notre ordre et à nos assemblées le lustre qu'on a eu pour objet lors de l'institution et de la première association du corps maçonnique. Nous sommes maçons et comme tels obligés, par état et pour notre propre intérêt, à étudier et dessiner les plans de l'architecte qui dispose nos travaux.
Pourriez-vous penser, en effet. M.*. F.*., qu'il fûtnécessaire pour engager les hommes à être bienfaisants de les rassembler, comme des enfants, de les amuser par des farces puériles, de faire brilltM' à leurs yeux des couleurs et des bijoux, de les contenir contraints par des gestes pantomimes dans
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le temps qu'on leur vante le désir d'être assemblés, de faire peur aux uns, d'applaudir les autres, de faire de bons repas avec le cérémonial le plus bizarre, et, pour mieux constater, de donner à ce ridicule assemblage les noms les plus pompeux, les titres les plus sacrés et le respect le plus rempli de vénération, de joindre enfin à tout ce persiflage le sacrilège d'un serment redoutable et la promesse d'un secret trop souvent mal gardé ?
Voilà cependant tout ce qu'un homme sensé trouvera dans nos formes extérieures, s'il ne voit pas sous cette écorce le centre de l'arbre de vie, s'il ne cherche pas le motif de l'institution, s'il ne découvre pas les vérités sacrées, cachées sous les hiéroglyphes mystérieux, s'il n'aperçoit pas la vraie difl'érence qui règne entre un vrai maçon et un profane, s'il ignore que l'on cherche à rétablir ce temple auguste, au centre duquel autrefois il était roi ; que l'autre, soit par ses vices, par son indolence, soit par sa nature, est exclu pour toujours de ce poste éclatant, s'il néglige enfin la signification des mots, la valeur des types, le but des pas, l'expression des signes et ce que voilent les cérémonies.
Ce discours vous a peut-être ennuyés, ce sera le dernier de ce genre que vous m'entendrez prononcer dans cette I.*. L.*. Je ne pourrais m'étendre davantage ni vous donner un développement plus complet des vérités qu'il renferme sans me rendre coupable, même conlre nos secrets. C'est par degrés que l'Eternel communique la science, telle est l'origine des différents grades de notre institution. Vous m'avez choisi pour vous présider, c'était me demander mes instructions, je m'acquitte aujourd'hui de ce devoir et la première lâche est remplie. Petite et accipietis. La seconde dépend entièrement de vous. Quœrite et invenietis, et ce ne sera que lorsque vous serez acquittés qu'il vous sera permis d'entreprendre la troisième partie de vos travaux. Pulsate et aperietur vobis. Ce sera pour lorsque, vous unissant à moi, nous augmenterons nos forces par une nouvelle réaction. Ni \ous ni moi ne pourrions seuls. « Lorsque deux ou trois sont assemblés en mon nom, dit le Christ, je me trouverai au milieu d'eux. » Votre gloire serait anéantie s'il ne vous restait rien à faire. Ce n'est point sans travail qu'on obtient le mot des Maîtres.
Je finis, M.*. C*. FF.*. Rassurez-vous sur mes vrais sentiments. Moi, j'ai cru devoir vous parler sans détour et quelque opinion que vous puissiez concevoir du discours que je viens de vous lire, vous avouerez du moins que ma résolution est fondée sur des motifs irrésistibles, puisqu'ils ont pour base la conviction intérieure que j'ai de la certitude de mes principes.
Nous allons maintenant procéder, si telle est votre intention, M.-. FF.-., à l'élection des officiers de cette I.\ L.*.. Je les installerai ensuite dans leurs fonctions et, en déposant le maillet, j'espère que, remis au niveau de mes frères, je jouirai avec eux du doux plaisir et de l'égalité et de la concorde.
Installation du F.', hospitalier.
C'est par votre canal. M.*. F.*., que les émanations bienfaisantes de la loge doivent se répandre sur l'indigent. Vous êtes le consolateur des malades et des affligés. Que dans ces louables fonctions le feu de la charité intellectuelle, dont vous êtes l'organe et le représentant, ne cesse d'animer vos actions et vos intentions !
Installation du F.', terrible.
Vous représentez ici le lien qui unit l'intellectuel et le matériel, c'est par vous que les maçons ont communication avec les profanes. Comme un cerbère vigilant, empêchez la dépravation de pénétrer parmi nous, n'oubliez pas, pour votre propre intérêt, de vous garantir de la contagion et ces épées sont le symbole de vos fonctions.
Installation de VArchitecte expert.
L'homme déchu et condamné au travail est, comme les autres animaux, sujet aux besoins corporels. Vous êtes chargé d'y pourvoir. M.*. F... Les fonctions matérielles de la L.*., les soins extérieurs sont de votre ressort, vous êtes le représentant des éléments qui sont les premiers matériaux que la nature emploie selon les lois dictées par la cause physique et intelligente qui la dirige.
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Installation du Maître des cérémonies.
Vous êtes le représentant de cette loi unique et invariable qui régit toute la nature dans la production des êtres sensibles, le maintien des formes extérieures du travail est de votre ressort, et ce bâton noir, dont les extrémités sont blanches, exprime que la loi, qui dirige ces formes, dérive du séjour de la lumière et doit faire rejaillir sur tous les êtres quelques rayons de la gloire de l'Eternel .
Installation du F.\ trésorier.
Exact dans la perception des revenus de la L.*. et fidèle dispensateur de ses biens, vous représentez la justice suprême qui récompense chacun selon son mérite et sa classe, qui exige de chacun le tribut d'hommage dû au souverain Etre.
Installation du F.', secrétaire.
C'est par vous que les volontés de la loge sont rendues sensibles et permanentes ; vous êtes le ferme moyen de la progression, c'est par l'être que vous représentez que les êtres sensibles reçoivent la vie et les sensations.
Installation du F.', orateur.
Vous représentez l'émanation lumineuse du verbe divin qui vivifie l'intelligence de l'homme. Soyez attentif, M.-. F.*., à ne lui connaître que le langage de la vérité et à bien sentir l'importance de vos fonctions. C'est par le verbe, c'est par la parole que les facultés humaines sont distinctes de celles de la brute. Prenez garde que les instigations du principe de la matière ne séduisent un être faible qui ne peut acquérir la force qui lui est nécessaire que par le secours des émanations divines.
Installation du Deuxième surveillant.
Dans l'ordre humain, vous représentez la femme placée au même rang que l'homme, mais après lui, vous ne dirigez que la colonne du Nord qui n'est point lumineuse ; c'est par la femme que le péché est entré dans ce monde, c'est par la
partie ténébreuse et matérielle. On donne à la femme la lune pour emblème qui ne réfléchit la lumière que médiatement. Elle est attachée à la terre qui la traîne partout avec elle, de même le mari doit instruire sa femme qui doit le suivre et lui obéir.
Installation du Premier surveillant.
Vous représentez l'homme capable dans son principe de communiquer la vie et la lumière, mais qui, déchu de ses privilèges, a besoin pour produire que la femme lui réagisse (sic) : vous recevez directement les ordres du Vénérable et vous dirigez la colonne du Midi. Cette colonne est lumineuse par elle-même ; mais son ardeur, produite par l'effervescence du soleil, est le symbole des passions qui agitent l'homme pendant sa vie temporaire.
Installation du Vénérable.
Vous êtes le représentant de la cause active et intelligente de cette émission divine qui régit tout l'Univers et par laquelle tout a été produit, informé et dirigé. Ayez soin de conduire celte loge selon les lois qu'elle a établies. Elle est une dans son tout. Elle est à votre égard ce que la cause première est à l'égard des émanations. N'oubliez pas que vous êtes sous l'œil du Grand Maître et que l'étoile flamboyante, qui le représente, est derrière vous pour régler vos démarches.
A tous les F.'.
Et vous, mes frères, vous représentez tous les êtres de la Nature selon leurs diverses classes par vos grades. Votre mot de passe Tubalcain, possesseur du nom du premier forgeron, désigne le règne minéral. Schibolet, épi de blé, prouve que le second grade représente le règne végétal. Le grade de Maître figure le règne sensible ou animal. Le quatrième grade signifie les quatre éléments et comme chaque être dans son ordre obéit à la loi qui le dirige, rien ne vous dispense d'obéir à vos chefs, chacun dans ses fonctions. Autrement, il résulterait un nouveau chaos. La lumière serait errante sur la surface des eaux et il faudrait pour bannir la confusion,
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pour renverser cette tour audacieuse, un nouvel ordre de choses, une nouvelle formation. Votre association enfin serait dissoute et ensevelie sous ses propres ruines. Connaissez vos devoirs et vos droits. Si de la classe sensible vous voulez passer à la classe intellectuelle, cultivez la morale, c'est Téchelon intermédiaire, et, sans les bonnes mœurs, il vous sera impossible de faire aucun progrès dans la science intellectuelle. Si vous ne régnez pas sur vous-même, comment régnerez-vous sur les autres êtres de la nature? comment cqltiverez-vous Part royal ?
Rien, à première vue, dans ce prône onctueux, ne fait pressentir le futur apôtre du culte de la Raison. Tout est inoffensif dans cette métaphysique nuageuse et burlesque, oii les vérités bibliques se trouvent associées à la plus extravagante théorie mécanique de TUnivers. Et vraiment Chaumette n'avait pas besoin de s'excuser d'avoir peut-être « heurté les opinions de ses frères », de les avoir peut-être « révoltés par le ton de son discours » ! On s'expliquerait plutôt pourquoi les méchantes langues, en 1793, firent courir le bruit qu'il avait eu l'intention d'entrer dans les ordres avant la Révolution, et même qu'il avait été moine !
La chose, en effet, pourrait ne pas sembler trop invraisemblable. Chaumette n'avait- il pas alors le genre d'éloquence qui convient pour réussir dans la prédication? Et ne défendait-il pas alors les saines doctrines?
11 réfute le matérialisme et l'athéisme par le mépris, proclame qu'il est des « vérités essentielles » , affiche le plus profond respect pour la parole divine consignée dans les livres saints, essaie du péché originel et de la déchéance de Lucifer une explication scientifique, invoque le prophète Daniel, et
termine congrûment par des citations latines : Petite et accipietis, Qnœrite et invenietis, Pulsate et aperieturvobis. Naturellement, il n'oublie pas de prendre la défense de la Diviiiité. « Ma morale ne tend qu'à révérer le suprême architecte et à ne pas le confondre avec la matière, etc. »
Sans doute, on serait tenté de croire que toute cette théologie n'était qu'une précaution oratoire, qu'un paravent derrière lequel il abritait sa véritable doctrine, son bizarre mécanisme inspiré, croit-il, de Newton ou de Leibniz. 11 se peut, et cela est même, jusqu'à un certain point, probable. Et cependant à la même époque, dans un traité resté manuscrit \ où il lui était loisible de dire toute sa pensée sans craindre d'éveiller les susceptibilités de ses « frères », notons que Chaumette parle de. Dieu en ces termes : « Il y a donc un être nécessaire, qui tient la vie de sa propre essence, qui la communique à tout, qui ne la tient pas de sa volonté ni de celle d'autrui, puisqu'il faut vivre avant de vouloir et que celui qui lui aurait donné la vie lui aurait préexisté et aurait été lui-même cet être nécessaire. »
En 1793, il pensait d'autre sorte. Qu'on nous permette à ce propos d'ouvrir une parenthèse.
Dans son livre : le Culte de la Raison et de l'Et?*e suprême, M. Aulard défend Chaumette du reproche d'athéisme : « C'est un mystique, dit-il, un attendri plein de la philosophie du vicaire savoyard, qui est pour lui la loi et les prophètes » (page 82). Ce jugement est vrai en général ; mais,