La clef du livre des erreurs et de la vérité
CliAUMETTE FRANC-MAÇON 16i
autant qu'il ait pu s'arrêter à une doctrine, il ne nous semble pas qu'en 1793 du moins, Chaumette doive être classé comme déiste. 11 était alors Tami de Sylvain Maréchal, qu'il avait connu aux Révolutions de Paris, où ils collaboraient l'un et l'autre, et Sylvain Maréchal a peut-être été l'athée le plus constant et le plus résolu de tous les révolutionnaires. Cette amitié n'allait pas seulement à la personne, mais aussi aux idées. En effet, en septembre 1793, c'était à Chaumette, comparé pour la circonstance à Anaxagore, que Maréchal dédiait son poème Contre Dieu\ Une pareille dédicace est bien compromettante. Maréchal devait connaître son ami, et il ne se serait pas exposé à lui déplaire en mettant sous son patronage une philosophie qui ne fût pas la sienne.
Voici, au surplus quelques extraits du document oii je tire ces détails.
C'est une lettre écrite à Chaumette par son ami d'enfance, Doin fils. A cette date, Chaumette était à Nevers, où il concertait avec Fouché l'établissement du culte de la Raison :
Paris, le 21 sept. 1793, l'an 11 de la Rép. fr. une et indivisible.
J'ai reçu ta lettre, mon ami, et je ne puis t'exprimer tous les sentiments qu'elle a fait naître dans mon âme... Tous ceux (le tes amis que je vois et à qui je donne de tes nouvelles t'embrassent à leur tour. Maréchal surtout me charge de le rappeler d'une manière particulière à ton souvenir.
1. Probablement le même poème que celui intitulé : Dieu et les Prêtres, ouvrage dont le Conseil exécutif provisoire souscrivit 3 000 exemplaires, le 24 brumaire an 11 (14 novembre 1793). Voir Aulard, Actes du Comité du Salut public, VIII, 413.
Mathiez. 11
Nous sommes allés avant hier chez Patris', à qui il a lu quelques fragments de son poème Contre Dieu, et, sous Tauspice du titre et du nom de celui à qui il est dédié, Patris Ta accepté, et fait travailler maintenant à Timpression de Touvrage. Voici les vers que Maréchal se propose de placer à la tête de l'ouvrage en t'en faisant la dédicace :
Sur la tombe d'Anaxagore
Un double autel fut décrété,
L'un au bon sens, l'autre à la vérité.
Un jour sur ton cercueil (mais rien ne presse encore) On écrira ces mots : Ainsi que son patron
Ennemi de toute imposture.
Pour ses divinités il n'eut que la Raison,
L'Indépendance et la Nature.
11 vient aussi de me lire une nouvelle pièce qu'il achève et qui porte pour titre le Brutus Sans-Culotte. Elle te fera plaisir. 11 la destine aux Italiens.
Je me suis acquitté de ta commission auprès d'Henriette^ qui m'a chargé de te rendre la réciproque.
Tout est tranquille, excepté mon cœur.
Adieu. Ton ami, Doin.
P.-S . — Les gendarmes de ton parquet me chargent de te dire bien des choses de leur part, ainsi que le Portier, etc. (sic). Brûlé m'a fait la même prière, etc. (sic) 3.
II est donc probable que Chaumette, en 1793»
avait renié le déisme, qu'il se souciait fort peu du grand architecte et que le serment prêté sur les Evangiles ne lui pesait guère. Aussitôt de retour de Nevers, il demanda à la Commune d'adopter et d'observer le calendrier républicain de Sylvain Maréchal, ce qui fut décidé*.