IV PRÉFACE
révolutionnaires (1189-1192) et sur la Théophilanthropie et le culte décadaire, M. Mathiez avait rais en lumière le point de départ et le point d'arrivée de ces mouvements religieux. Le livre de M. Aulard, sur le Culte de la Raison et le Culte de l'Etre Suprême, fournissait le lien entre les deux étude& de M. Mathiez, en montrant Timportance et l'étendue de ces cultes qui, bien loin de se combattre, comme on l'avait toujours dit, se confondaient le plus souvent et n'avaient nullement le caractère scandaleux qu'on leur a attribué ^ M. Mathiez a dissipé des préjugés non moins répandus et non moins graves qui avaient couru sur la théophilanthropie. On n'y verra plus désormais une invention arbitraire de quelques hommes politiques, mais une tentative très sérieuse imaginée par des âmes nobles et candides pour créer une église spiritualiste, sans dogmes, ni miracles, ni sacerdoce, ni sacrements, une sorte de protestantisme libéral assez semblable à certaines églises unitaires d'Angleterie ou d'Amérique, aux Lichtfreunde d'Allemagne, ou aux sociétés éthiques qui fleurissent aujourd'hui aux Etats-Unis. La part prise par un homme tel que Valentin Haiiy à la fondation de la théophilanthropie suffit à en préciser le caractère.
On a contesté à M. Mathiez le droit de considé-
1. n y eut beaucoup de candeur parfois dans les fêtes de la Raison. Miclielet rappelle que souvent les jeunes filles des meilleures familles y représentaient la Raison ou la Liberté. Flaubert aimait à raconter qu'une de ses parentes avait figuré la Liberté dans je ne sais plus quelle ville normande. Elle portait un bonnet phrygien avec une banderolle sur laquelle était écrit : « Ne me tournez pas en licence. »