il s'agit de la loge la Triple-Union, fondée en
Dès 1804, il y eut même deux loges en activité àReims, la Triple-Union, qui était la plus ancienne, et la Sincérité, L'une et Tautre comprenaient de bons et honnêtes bourgeois, médecins, hommes de loi, fonctionnaires, très attachés à TEmpire. Leurs banquets se terminaient régulièrement par des santés à Napoléon-le-Grand, qu'ils appellent «nos délices, notre gloire, notre F. *. et notre Protecteur ». Ils célébrèrent la paix de Presbourg par un cantique, qui se terminait ainsi :
Dans ce mystérieux Temple, Donnons un nouvel exemple ; Plaçons près de Salomon L'immortel Napoléon, Rendons-lui de purs hommages :
Soyons ses adorateurs, En tous lieux, dans tous les âges (bis) 11 doit régner sur les cœurs.
Non contents de donner des gages aussi éclatants de leur docilité politique, les francs-maçons rémois avaient à cœur de témoigner de leur docilité religieuse. Le jour de la Saint-Jean, leur « glorieux patron », ils ne manquaient pas de faire célébrer une messe à la cathédrale et ils s'y rendent en corps*.
Ce qui se passait à Reims n'était pas une exception. Dès la fin du Directoire, les maçons reprirent leurs séances dans toute la France. Le mouvement fut favorisé par Bonaparte, qui fera de la maçonnerie une institution presque officielle.
1. Ces détails ont été empruntés à l'article du D^ Pol Gosset, paru dans VAlmanach Matot-Braine^ 1902. Cet article est fait d'après les procès-verbaux inédits de la loge, la Sincérité.
LA FBANG-MAGONNERIE EN L'AN Vil ET EN L'AN IX 171
Peu au courant des intentions du gouvernement et craignant jusqu'à l'ombre de ces sociétés politiques qui avaient tant épouvanté la bourgeoisie en 1793 et 1794, le préfet du Mont-Blanc, Sausay, ancien franc-maçon lui-même, consulta le ministre de rintérieur dans la lettre suivante, où il dissimule maison embarras et où il étale sa méconnaissance de la langue française :
' Chambéry, le 11 thermidor an IX de la République française, une et indivisible.
Le préfet du département du Mont-Blanc au ministre de
Vlntérieur.
Citoyen ministre, permettez-moi de vous soumettre quelques questions. J'ai déjà eu l'honneur devons en entretenir et je n'ai point eu de réponse. J'y attache cependant un grand intérêt pour régler ma conduite.
Je veux parler des établissements qui se propagent dans mon département, des assemblées dites de francs maçons K La première qui eut lieu ici me donna de vives inquiétudes, il y a un an,, parce que véritablement elle était, et est encore, composée d'individus qui n'aiment point ce régime, l'un de vos prédécesseurs m'invita de (sic) les surveiller. Sans doute, très sûrement, je le fis avec exactitude, je lui rendis compte et au ministre delà police. Il me recommanda de renvoyer les employés de mes bureaux qui seraient ou feraient partie de ces sociétés. Depuis cette époque, dans de très bonnes vues, si j'en juge par les préalables (sic) qui sont de défendre le gouvernement, son premier consul et la religion, une autre société vient de s'établir ici : elle compte déjà 52 membres. A en excepter très peu, tous sont de braves gens sur lesquels je n'ai rien à dire. Plusieurs d'entre eux m'ont assuré que leur but est de faire un contre poids à la première, de ramener chez eux les gens honnêtes qui s'y trouvent et de chercher à la rendre nulle.
1. Souligné dans le texte ainsi que les mots suivants en italiques.
Ce motif sans doute est des plus louables ; mais, hors quelques-uns de ceux qui sont à excepter pour la véracité de leurs principes, y a-t-il à s'y fier? je ne crois guère. Cependant, celle-ci (sic) a tellement gagné que toutes les autorités civiles, judiciaires et militaires en font partie. Dans ce moment, on a grand soin de me dire que le Grand-Orient est rétabli à Paris, qu'il envoie dans toutes les loges secondaires les autorisations convenables ; que le gouvernement les voit sans craintes, que ce consentement tacite en est la preuve. Ils ajoutent même que plusieurs des membres du gouvernement en font partie. Que puis-je croire et penser de tout cela, citoyen ministre? Vous savez, je n'en doute pas, la pensée du gouvernement. Dites-moi, je vous prie, un mot qui puisse me servir de règle dans la série de mes devoirs. Je compte ceci pour beaucoup, puisque la tranquilité de mon département m'y semble attachée, je dirais même plus, celle du gouvernement. Je vous le répète, les deux tiers des membres sont ses amis, mais sa politique le veut-elle, le permet-elle ? Je crois que sur ce point j'ai dû vous consulter. Je vous ajouterai même qu'on serait fort aise de me compter dans la liste des membres, qu'on y attache même un certain intérêt. A cet égard, voici ma profession de foi : je suis et j'ai fait partie de cette société, il y a plus de trente ans. Par état (un mot illisible) je voyageais toute l'Europe (sic). Cette société était infiniment utile et même agréable. Mais, par ce que j'ai pli observer, un très petit nombre, infiniment petit, étaient dépositaires de vrais motifs de l'ordre.
J'ai l'honneur d'être avec respect, etc..
Sausay*.
Si nous résumons les indications contenues dans la lettre précédente nous voyons :
1® Qu'en Tan IX certaines sociétés maçonniques étaient encore suspectes au gouvernement, qui interdisait à ses fonctionnaires d'en faire partie ;
2° Mais que ces sociétés suspectes étaient vrai-