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Mathiez. 12
J'assistai un jour, avec ma femme et mes deux filles, à l'office des calvinistes dans l'église Saint-Thomas du Louvre ; elles étaient âgées l'une de neuf ans et l'autre de six; elles avaient souvent vu les cérémonies les plus brillantes et les plus pompeuses de la religion romaine, ces cérémonies n'avaient été pour elle qu'un simple amusement ; elles n'en avaient pas reçu la moindre impression, ici, elle fut profonde. La vue de cette nombreuse assistance, maintenue dans la plus grande décence, rangée dans un ordre exact, se levant et s'asseyant aux mêmes instants, ces touchantes prières, ce discours purement moral, ce chœur de mille ou douze cents voix répétant à l'unisson et avec un parfait ^ensemble les louanges du Seigneur ; quoique le temple fût entièrement nu, que le ministre eût pour tout habit de cérémonie une triste robe noire et que le chant et les vers ne fussent pas bien merveilleux, tout cela cependant produisit, sur ces deux enfants, un effet si attendrissant qu'elles fondirent en larmes ; leur mère et moi en fîmes autant K
Aussi n'est-il pas étonnant qu'en raison des affinités de leur culte avec le protestantisme, les théophilanthropes se soient imaginés qu'ils pouvaient compter sur la sympathie de leurs compatriotes de cette religion.
Après le 18 fructidor, un de leurs missionnaires, chef de division au Conseil des Mines, un certain Basse essaya d'implanter le nouveau culte en pays calviniste dans la région de Nîmes. Mais, à son grand étonnement. Basse rencontra plus de résistances chez les protestants que chez les catholiques. Voici comment il reconnaît son insuccès, dans une lettre au Directoire, datée de Paris, le 26 ventôse an V : « J'ai fait plusieurs tentatives pour établir dans ce pays la théophilanthropie et la prédication de la morale républicaine, mais ce qui paraît
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PROTESTANTS ET THÈOPHILANTHROPES 179
incroyable, c'est que j'ai éprouvé moins de difficultés de la part des catholiques que des protestants, qui cependant professent un culte bien moins absurde que le romain et qui a pour base principale la liberté de penser. On me fait espérer qu'après les élections, si elles sont vraiment républicaines, il sera plus facile de ramener les esprits non fanatiques au culte de la raison et des lois\ »
L'étonnement de Basse aurait cessé s'il avait pu lire le mémoire que M"® de Staël écrivait alors sous ce titre : « Des circonstances actuelles qui peuvent terminer la Révolution et des principes qui doivent fonder la République en France^. » M™® de Staël traitait là en effet une question qui était d'actualité et elle avait raison d'insérer le mot dans son titre: « Des circonstances actuelles ».
Délivrés du péril clichien par le coup d'Etat du 18 fructidor, les républicains voulaient profiter de leur victoire pour écarter à jamais la menace d'une restauration monarchique en extirpant le catholicisme des consciences. Nous avons peine aujourd'hui à nous représenter leur état d'esprit. Mais pourtant les faits et les textes sont là qui ne laissent aucun doute. Les républicains de ce temps, au sortir de la chouannerie, de la Vendée et de la Terreur blanche, en étaient venus à considérer