‹ Contributions à l'histoire religieuse de la révolution françaiseChapitre 73 sur 116 · SUBVENTIONS DU DIRECTOIRE · texte numérisé non relu

SUBVENTIONS DU DIRECTOIRE

dépendant et trop jacobin \ Le même Siauve figure aussi dans Tétat, à la date du V^ pluviôse, pour 120 francs et avec la mention « abonnemen t de la Feuille villageoise ».

A la date du 18 nivôse, enfin un certain Decolange, qui ne m'est pas autrement connu, reçut trente francs avec la mention « culte théophilanthropique ».

Le document, où je puise ces détails, n'est pas seulement int,éressant à connaître pour l'histoire de la théophilanthropie. On y trouvera de nombreux témoignages de l'action permanente du Directoire dans les choses de la politique, de sa pression officielle, comme nous dirions aujourd'hui. C'est ainsi qu'en vendémiaire an VI, un certain Hennequin émarge pour 48 francs, prix d'une caricature, un certain Perrin pour 100 francs, prix d'une chanson, le 19 nivôse, un certain Mittié pour 400 francs, indemnité pour l'impression d'une pièce patriotique. Le même Perrin reçoit 12 francs pour « arrestation de moines à Auxon ». A la date du H nivôse, Léonard Bourdon touche 4 000 francs pour une a mission secrète à Hambourg ». Quelle mission ? Aux environs des élections de germinal les subventions accordées aux réunions politiques deviennent de plus en plus nombreuses et répétées, je transcris les principales :

1. A partir de son n» i9, VEcho des cercles patriotiques et des réunions des théophilanthropes avait pris ce sous-titre Feuille citadine et villageoise, voulant sans doute par là se donner comme la continuation de la célèbre Feuille villayeoise de Cerutti, Ginguené et Grouvelle, où Siauve avait autrefois collaboré.

tour des ministres du culte la Législative, la Convention, le Directoire et le Consulat; — VEglise insou77iissionnaire enfin, celle des réfractaires irréductibles, qui n'avaient pas voulu transiger avec les gouvernements usurpateurs, et dont quelquesuns, plus catholiques que le pape ou plus royalistes que catholiques, refuseront de se soumette au Concordat, comme ils avaient refusé de jurer la Constitution civile, et perpétueront jusqu'à nos jours le schisme de la Petite Eglise. Pour un homme d'Etat, dont la devise eût été : diviser pour régner, quelles circonstances plus heureuses?

Deux tendances se manifestèrent dès le principe parmi les réfractaires. Les uns, plus préoccupés du temporel de l'Eglise que du spirituel, avaient solidarisé leur cause avec celle de Tancien régime. La première émigration compta des ecclésiastiques qui n'avaient pas attendu la Constitution civile pour rompre avec la Révolution. La Constitution civile, qui achevait de dépouiller le clergé, fut le signal d'une nouvelle émigration de prélats et de prêtres, qui allèrent rejoindre à Fribourg, à Constance, à Londres, à Munster, enltalie, en Espagne, leurs confrères partis tout d'abord. C'est parmi ces expatriés que so rencontreront les plus fidèles amis du trône. Laissés presque sans direction par le vieux pape Pie YI, d'humeur assez indépendante d'ailleurs et gallicans à leur manière, ils ne comptent guère que sur le Roi et ses alliés J30ur rentrer dans le royaume, chasser les jurours et restaurer l'Eglise de France dans ses biens et privilèges. Pour eux, la Révolution est un bloc qu'on

ne peut et qu'on ne doit entamer que de front. Us ne distinfçuent pas entre les intérêts de la légitimité et les intérêts du catholicisme et il leur importe assez peu de laisser plus longtemps les fidèles qu'ils ont quittés entre les mains des mauvais pasteurs. Avec indignation ils refuseront les facilités qu'on leur offre de rentrer en France, si c'est au prix d'une reconnaissance même indirecte de la République. Ils forment le noyau du parti insoumissionnaire.

Mais tous les réfractaires n'ont pas passé la frontière. Quinze évêques * ont estimé que l'évangile, que leur conscience, à défaut du pape, leur commandait de rester à la tête de leur troupeau assailli par la tempête. Beaucoup de simples prêtres ont suivi leur exemple. La religion pour eux passe avant le Roi. Sans doute, au fond du cœur, ils restent royalistes et font des vœux pour une Restauration, dont ils s'efforcent même d'avancer l'heure. Mais, plus habiles ou plus sincères que les insoumissionnaires, ils sont prêts à transiger, au moins en apparence, avec le gouvernement usurpateur, pourvu qu'on les laisse vivre, qu'on leur permette d'exercer leur ministère. Restés en France, ils voient avec angoisse les progrès dos incrédules, les entreprises des jureurs, ilscraignent que le peuple ne leur échappe à tout jamais. l*our reconquérir ce peuple qui se dérobe, ils profitent de toutes les accalmies. La République leur

1. Les évêques de Saint-Brieuc, Orange, Vienne, Senez, Senlis, Alais, Saint-Fapoul, Lectoure, Màcon, Sarlat, Troyes, Clialon-snr- Sauno, MarseiUe, Angers, Séez. Annales de la Reliyion, numéro du 45 novembre 1797.

demande des serments, des promesses de fidélité. Ils se résignent à se soumettre au nouveau régime pour sauver la foi et l'Eglise. Ils sont le parti des soumissionnaires.

Soumissionnaires et insoumissionnaires ne tardent pas à entrer en lutte, les premiers reniés par les seconds, traités d'indignes, de renégats, de lapsi, tombés au niveau des jureurs. Plus d'une fois le schisme prit un caractère de réelle gravité. Les intransigeants refusaient de communiquer in divinis avec les insoumis, mettaient leurs églises en interdit, rebaptisaient et remariaient après eux comme après les constitutionnels. Le pape assistait impuissant à la querelle, n'osant intervenir de peur d'aggraver le mal, gêné d'ailleurs par sa politique séculière.

L'histoire de ces divisions du clergé réfractaire se trouve éparse dans les nombreux recueils et ouvrages qui ont trait aux affaires religieuses de la Révolution française ^ Nous voudrions recueil-

1. Voici les principaux: Les Annales de la Religion (organe do clergé assermenté, à partir du l^r mai 1795, 18 vol. in-8) ; — Le9 Annales religieuses, politiques et littéraires qui deviennent ensuite les Annales catholiques (journal des soumissionnaires); — A. Theiner, Documents inédits relatifs aux affaires religieuses en France, 1799-1800, 2 vol., 1857; — Mémoires de l'abbé de Salamon, internonce du pape en France, publiées par l'abbé Bridier, 1892 ; — Correspondance du même avecle cardinal Zelada, secrétaire d'Etat du pape, publiée par le vicomte de Richemont, 1898 ; — abbé Delarc, L'Eglise de Paris pendant la Révolution, 3 vol., 1896, 98, 99 ; — abbé Grente, Le culte catholique à Paris de la Terreur au Concordat, 1903; — abbé Méric, Histoire de M. Emery (5» édition, 1895) ; — A. Gazier, Etudes sur l'histoire religieuse de la Révolution, 1887; — A. Aulard, Etudes et leçons sur la Révolution française (surtout la seconde série); — P. Drochon, La petite Eglise; — A. Debidour, Histoire des rapports de l'Eglise et de l'Etat en France

lir ici les principaux traits de cette histoire et les grouper dans un tableau d'ensemble. L'ordre à suivre nous est imposé par le sujet même. Les diverses phases du conflit entre soumissionnaires et insouraissionnaires correspondent exactement aux variations de la politique religieuse des diflérents partis qui dirigèrent tour à tour la Révolution. Quand le parti dominant persécute les prêtres et fait la guerre à Tidée religieuse, les réfractaires oublient momentanément leurs divergences ou cessent de les montrer au grand jour. La commune soufl'rance les réunit. Si la persécution s'arrête, si la République ofl're au clergé une paix honorable, les divisions recommencent et d'autant plus aiguës que les conditions de la paix sont plus tentantes. Notre récit comprendra donc trois parties, séparées chacune par une période de persécution :

1° De la Constitution civile à la Terreur (1790- 1793). — Une première scission se produit dans les rangs du clergé réfractaire après la Révolution du 10 août 1792, quand la Législative prescrit aux prêtres le serment de liberté et d'égalité. Les réfractaires qui prêtent ce serment sont désavoués par la grande majorité des leurs et sont contraints à une sorte d'amende honorable.

2** Du 9 therjnidor an II au 18 fructidor an W — La réaction thermidorienne rend au culte les

au ra* siècle, 1898 ; — Gh.-L. Ghassin, Les Pacifications de l'Ouest; — Boulay de la Meurthe, Documents sur la négociation du Concordat, 5 vol., 1891-1904 ; — H. Grégoire, Mémoires publiés par H. Garnot, 2 vol., 1840; du même, Histoire de l'émigration ecclésiastique et Révolte du clergé dissident contre le Concordat (reproduit dans le tome H des Mémoires; — J. Meilloc, Les serments pendant la Révolution, publiés par Uzureau, 1904.

églises fermées pondant la Terreur, ouvre les prisons, permet aux prôtres le libre exercice de leur ministère moyennant une déclaration de somnis^ sion aux lois de la République. Très nombreux sont alors les réfractaires qui se soumettent, pour disputer aux constitutionnels l'usage des édifices religieux et ressaisir l'opinion publique. Les soumissionnaires cette fois sont une forte minorité des réfractaires. Ils sont soutenus, pendant les premières années du Directoire, par un parti de plus en plus puissant dans les Conseils. Le pape semble un moment les encourager. Les prélats émigrés eux-mêmes se divisent, les uns approuvant, les autres condamnant la soumission. Un schisme est à craindre. Mais la persécution contre les prêtres de toute opinion reprend avec une certaine intensité après la Révolution du 18 fructidor. Pendant la réaction anticléricale qui suivit* comme sous la Terreur, les réfractaires atténuent leurs querelles, qui pourtant ne cessent pas tout à fait. 3^* Du 18 brumaire au Concordat (1799-1802).

— Bonaparte rappelle les prêtres déportés ou émigrés, appuie de plus en plus sur l'idée religieuse son pouvoir naissant. An serment de haine à la royauté exigé des ministres du culte par l'ancien Directoire, il substitue une simple />romesse de fidélité à la Constitution. Plus nombreux encore cette fois qu'après la réaction thermidorienne sont les réfractaires qui prêtent la promesse. Les mêmes soumissionnaires — devenus maintenant la majorité des réfractaires — applau-

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