Les serments pendant la Révolution
adhésions à Tavis d'Emery furent loin d'être isolées. « Plusieurs congrégations célèbres presque en entier, la congrégation de la Doctrine chrétienne, celles de Saint-Lazare, de l'Oratoire, de Saint- Sulpice, la maison de Sorbonne, celle de Navarre, les évêques restés en France, les curés fidèles de Paris, les vicaires généraux et presque tous les autres ecclésiastiques de cette grande commune V .. » prêtèrent avec Emeryle serment de liberté et d'égalité. Si j'en crois M. l'abbé Uzureau*, une partie des évêques émigrés jugèrent ce serment licite, les six évêques réfugiés à Constance, les évêques de Mâcon, Cavaillon, Troyes, les archevêques d'Aix et de Bordeaux. 11 y eut des grandes villes oii tous les prêtres réfractaires ou presque tous consentirent à jurer. Tours, Cambrai, Troyes, Nancy, Langres, Auxerre. Les prêtres détenus à la prison des Carmes à Paris, qui devaient bientôt périr dans les massacres de Septembre, se divisèrent eux-mêmes sur la question.
La conduite des soumissionnaires souleva aussitôt une violente tempête. Le clergé émigré en majorité s'empressa de blâmer le serment. Une grande partie des réfractaires résidant dans le royaume fit de môme. Certains allèrent jusqu'à traiter de schismatiques ceux qui l'avaient prêté. Le pape, enfin, fit entendre qu'il les désapprouvait.
L'abbé Maury, qui était alors â Rome le fondé de pouvoirs des princes, se distingua entre tous
i. Annales religieuses, polit, et littér., de Sicard, I, 479. 2. Les serments pendant la Révolution, 148, note.
par la vigueur de ses critiques. 11 fut « rame du parti de la résistance au serment* ». Ses raisons étaient toutes politiques. 11 craignait que la réconciliation des réfractaires avec la Révolution n'enlevât ses meilleurs soldats à la cause de la légitimité : « Les intrigants de la politique préféraient priver la France de religion afin de la maintenir dans le mécontentement et d'en tirer leur profita x> Naturellement, Maury se garda de dire la vraie raison de son attitude. Comme Emery, il chercha des. arguments dans l'arsenal de la théologie. Le second serment « lui paraît plus perfide et plus impie que le premier. Le premier n'était qu'hérétique, au lieu que celui-ci consacre la rébellion, délie les serments les plus sacrés, anéantit toute hiérarchie spirituelle et sociale autorise les principes et les actions les plus coupables. Quant à sa perfidie, elle n'est que trop bien prouvée, puisque cette formule a séduit tant de gens de bien et tant de bons esprits^ ». Il identifiait la cause de la religion avec celle de la royauté, montrait l'Europe entière coalisée pour renverser les usurpateurs d'aventure qui gouvernaient la France. Ces factieux sans autorité, sans titre légitime, n'avaient aucune mission pour exiger un serment quelconque et surtout contraire aux droits du roi. Les prêtres fidèles devaient donc attendre, ne pas s'engager.
Une polémique s'éleva entre soumissionnnaires et insoumissionnaires. Dans une réplique véhé-