‹ Contributions à l'histoire religieuse de la révolution françaiseChapitre 95 sur 116 · Voir les Annales de Sicard, II, 2 et · texte numérisé non relu

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impies, des sacrilèges et des profanateurs. Nous aurait-on trompés sur leur compte dans les années précédentes, où voudrait-on nous abuser dans celle-ci? Cessons donc Texercice des augustes fonctions qui nous sont confiées, dans les lieux, bourgs et cantonnements occupés, envahis ou menacés par Tennemi. Ce moyen seul peut établir l'uniformité de conduite, sauver la religion, remplir les intentions du monarque et des chefs. Préservons le pays d'une ruine fatale, épargnons au clergé de la Vendée des reproches qu'aucun de ses membres ne voudrait mériter, et rappelons tous les habitants à l'accomplissement de leurs obligations comme sujets *. »

Ce n'était pas la première fois que cette grève du culte était conseillée et pratiquée parles réfractaires intransigeants. Ils l'avaient essayée, dans certaines régions, dès les premiers jours de la Constitution civile du clergé. Ainsi, en février 1791, obéissant sans doute à un mot d'ordre, les neuf curés de Nevers qui avaient refusé le serment (sur les onze que comptait la ville) cessèrent simullanément leurs fonctions dans l'intention évidente d'exciter des troubles par l'interruption subite et simultanée du service divin ^

Nous retrouvons les mêmes préoccupations plus dynastiques que religieuses dans un pamphlet' qui

1. Publié parGh.-L. Ghassin, les Pacifications de VOuest, H, 467,

2. Abbé Dasse. Guillaume Tollet, évêque constitutionnel de la Nièvre, 190o, p. 29.

3. Cet écrit a été reproduit dans le numéro du 1" novembre 1796 des Annales de la Religion ; il s'en trouve une copie manuscrite, datée du 23 septembre 1793, à la Bibliothèque nationale, Mss. fr. nouv. acq., 4523.

fut très répandu: (f Avertissement concetmant F acte de soumission aux lois de la République », œuvre d'Asseline, évèque réfractaire de Boulogne, réfugié à Hildesheim. Réfutant point par point la Question sur la soumission aux lois de la République de juin 95 \ Asseline disait rudement leur fait aux casuistes qui prétendaient distinguer entre une soumission active et une soumission passive et rester fidèles à la royauté en reconnaissant la République : « Il est de toute évidence, s'écriait-il, qu'on n'est pas véritablement soumis à une loi, lorsqu'on enseigne qu'elle est contraire à celle de Dieu, quand on défend au nom de Dieu de s'y conformer. » Puis il contestait que cette duplicité, peu digne des représentants de l'Evangile, fût utile à la bonne cause. (( Quelle sera l'autorité de leur ministère, s'ils se sont déclarés soumis aux lois de la République? Et quand, après avoir fait cette démarche, ils défendront au nom de Dieu de se conformer à des dispositions du code républicain réprouvées par la religion et la justice, qu'aurontils à répondre à ceux qui leur diraient qu'ils sont étonnés de leur entendre tenir un pareil langage, puisqu'ils se sont eux-mêmes fait donner acte de leur soumission aux lois de la République?... Quelles seraient d'ailleurs les suites d'un pareil exemple? Le peuple égaré par la conduite extérieure de ses guides n'en conclurait-il pas qu'il peut renoncer absolument à la monarchie, se déclarer pour la République et que les lois de l'Evangile n'ont rien de contraire à un pareil changement ? »

i. Voir plus haut, p. 227, note 1.

L'évêque de Boulogne accusait les soumissionnaires de manquer de sincérité, mais ceux-ci pouvaient à leur tour lui reprocher de faire passer les intérêts politiques avant le bien de la religion. Ils ne s'en firent pas faute. Témoin cette lettre d'Emery àTabbé deVillèle (1796): « Le parti qu'on a pris d'improuver la déclaration de soumission est un parti dans lequel je crains bien qu'il ne soit entré un peu à' aristocratie et d'une aristocratie très mal entendue... Vous frémiriez, si vous étiez témoin jusqu'à quel point est funeste à la religion la prévention de quelques personnes dominées par des vues de Contre-Révolution très mal entendues, et pour qui la religion au lieu à être une fin n'est qu'un moyen^,,. »

La polémique entre soumissionnaires et insoumissionnaires prit trop souvent un caractère de violence et de passion peu communes. En général pourtant, les soumissionnaires firent effort pour rester dans la modération. Désespérant de convaincre leurs contradicteurs, ils ne leur demandèrent bientôt plus qu'une neutralité bienveillante, jusqu'à ce que le pape eût prononcé*. Cette

1. Histoire de M. Emery, I, 470. Bausset écrivait de même avec amertume : « Serait-ce le moment que la religion commence à sortir avec tant d'efforts des liens de l'oppression sous laquelle elle gémissait que ses propres ministres la laisseraient s'éteindre et dépérir entièrement par attachement à des opinions purement politiques et problématiques en politique ? Ne leur appliqueraiton pas avec justice ces paroles de l'Ecriture : Peribit lex a sacerdote...1 y^ Delarc, III, 356.

2. (( La conduite de ceux qui ont fait l'acte de soumission aux lois ne peut être blâmée, puisqu'ils n'ont rien fait en cela qui soit contraire à ce que la religion prescrit et que, sans blesser leur conscience, ils ont satisfait au respect et à la soumission qu'ils

modération habile, autant que les circonstances d'ailleurs, valut au parti soumissionnaire de précieux concours dans le clergé émigré. Lesévèques réfugiés à l'étranger furent encore moins unanimes cette fois à condamner la déclaration de vendémiaire, qu'ils l'avaient été à interdire le serment de liberté et d'égalité. Beaucoup se lassaient de l'exil, voyaient que la République s'affermissait de jour en jour par les victoires de ses armées, et commençaient à comprendre qu'ils avaient eu tort peut-être d'identifier si complètement leur cause avec celle d'une royauté réduite de plus en plus à l'impuissance. L'archevêque de Paris, Juigné, réfugié à Constance, autorisait son clergé à satisfaire à la loi. La plupart des prêtres réfractaires de Paris, « dans le nombre desquels se trouvaient encore plus de cinquante docteurs de Sorbonno* », profilaient de la permission. L'évêque de Châlonssur-Marne, Clermont-Tonnerre, résidant à Altona, ne se bornait pas à autoriser, son clergé à agir selon sa conscience, il lui ordonnait formellement la soumission : « La nécessité le commande, le bien le veut, la règle le permet; je désapprouve ceux qui, le refusant, condamnent ceux qui le font*. » Et il n'hésitait pas à interdire expressément, et sous les peines canoniques, aux prêtres

ont cru devoir à la puissance temporelle... La conduite des prêtres qui ont refusé cet acte extérieur de soumission est aussi sans reproches, parce qu'ils n'ont fait qu'obéir à ce que leur dictait leur conscience... On peut donc indifféremment recourir aux uns et aux autres pour la réception aux successions et pour la participation aux saints mystères..., etc. » Annales de Sicard, 1, 374.

i. Annales de Sicard, 111, 479-480.

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